Coronavirus : ni "in", ni "off", le festival d’Avignon annulé, une tragédie pour le monde du spectacle

Après le "in", le festival "off" d'Avignon, considéré comme la plus grande manifestation de théâtre au monde, a rejoint jeudi la longue liste de festivals d'été annulés en raison de la crise sanitaire. Une catastrophe pour un millier de compagnies et plus de 6.000 intermittents.

Le Festival d'Avignon est une vitrine pour les artistes. L'annulation est une tragédie.
Le Festival d'Avignon est une vitrine pour les artistes. L'annulation est une tragédie. © Raphaël PUEYO / MaxPPP
Le président du Off, Pierre Beffeyte, a annoncé jeudi l'annulation du festival et de ses 1.500 spectacles, au millier de compagnies, réparties dans 200 salles de théâtres.

Le "off" est également le plus grand marché du spectacle vivant en France et près de 20% des achats de spectacles dans l'Hexagone y sont réalisés.
 
L'annulation va entraîner entre "15 et 20 millions d'euros de pertes", a indiqué Pierre Beffeyte. Elle pourrait également provoquer un casse-tête juridique.
 
"Les théâtres ont déjà encaissé les chèques. Si l'Etat confirme qu'il s'agit d'un cas de force majeure, ils doivent rembourser les compagnies. S'il ne le fait pas, ça sera une situation juridique ingérable", prévient-il.

Déjà lundi, Olivier Py et Paul Rondin avaient annoncé l’annulation du "in" du festival d’Avignon.

"Les conditions ne sont plus aujourd’hui réunies pour que se déroule la 74e édition qui devait se tenir du 3 au 23 juillet", indiquaient les organisateurs.

Les deux festivals attirent chaque année plus de 700.000 visiteurs.​​​​​​​

Une tragédie pour les intermittents

45 spectacles de création pour le "in", plus de 1.500 pour le "off", qui ne seront pas joués cette année, c’est une tragédie pour les artistes, les techniciens, les compagnies et les théâtres.

Chrystelle Canal dirige la Compagnie de l'éclair. Son spectacle "Les maux bleus", qui traite le sujet des violences faites aux femmes, devait être joué tous les soirs à 20h40, au théâtre de la Luna, à Avignon.

"C'est terrible pour nous, c'était une première, un rêve, de jouer au Festival d'Avignon. Même si on s'y attendait, c'est vraiment une grande déception", affirme-t-elle.

"C'est un énorme investissement financier et humain qui s'écroule, on travaillait depuis plusieurs mois sur cette pièce".

Chrystelle explique qu'elle avait déjà payé la salle et la location des logements pour son personnel. "Heureusement, on n'avait pas encore commandé les flyers" et elle ajoute que le théâtre lui a garanti que sa compagnie serait maintenue l'année prochaine.
Spectacle "Les maux bleus" de la Compagnie de l'Eclair.
Spectacle "Les maux bleus" de la Compagnie de l'Eclair. © Hervé Lavigne

La plus grande vitrine du théâtre vivant

La plupart des compagnies s'endettent à l'occasion du Festival d'Avignon. Elles y investissent entre 20 et 60.000 euros, mais c'est un pari sur l'avenir.

"Le Festival d'Avignon, il faut y être, c'est le salon de l'auto des compagnies de théâtre, tous les professionnels sont présents pendant un mois", indique Chrystelle Canal, "c'est pendant le Festival que l'on signe des contrats, que l'on vend nos spectacles pour toute l'année".

Le Festival annulé, c'est des contrats en moins : "Notre crainte, c'est de faire une année blanche, on se demande comment on va rebondir, mais on reste positif..."

Charlotte Clément est comédienne et responsable d'une compagnie émergente "Les Vagabonds des Étoiles". Elle a remporté le Prix de la jeune création 2019, de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Cette année, elle était programmée au théâtre "Au coin de la Lune" et espérait vendre son spectacle.

"Nous sommes indépendants et sans subvention, pour nous, le Festival d'Avignon, c'est l'opportunité de vendre des spectacles pour la saison 2021-2022, voir 2022-2023", explique Charlotte. "On risque de ressentir les effets du confinement pendant deux ans".

"En même temps, c'est un soulagement, le public n'aurait probablement pas été au rendez-vous", ajoute la comédienne.
Le spectacle "Semeurs de rêves", de la Compagnie Les Vagabonds des Etoiles.
Le spectacle "Semeurs de rêves", de la Compagnie Les Vagabonds des Etoiles. © Les Vagabonds des Etoiles

Des risques pour le statut d'intermittents du spectacle

Pour obtenir le statut d'intermittent du spectacle, il faut justifier un minimum de 507 heures de travail sur 12 mois. Le ministère de la Culture a indiqué que la période de confinement ne serait pas comptabilisé et donc, ne serait pas déduit de la période d'acquisition des droits au chômage.

"Moi, mes contrats sont surtout sur la période de mars à août et non de septembre à novembre", explique Rémi Pradier, comédien et intermittent du spectacle. "Mes contrats ne seront pas reportés, ils seront annulés et ils le sont déjà pour la plupart", insiste-t-il.

Pour venir en aide aux artistes et aux compagnies, des aides ont été proposées par le ministère de la Culture.

"Ces aides sont importantes et nécessaires, mais ce sont des aides de solidarité, d'urgence", précise Rémi Pradier, "mais en ce qui nous concerne, c'est mal connaître notre métier", insiste-t-il.

"Le report de la durée de confinement ne suffit pas, nous souhaitons un report d'un an du maintien de nos droits".

Dans le cadre des mesures de soutien durant la crise sanitaire, Avignon Festival & Compagnie propose un accompagnement juridique aux structures du spectacle vivant. Le gouvernement présentera "un plan complet de sortie" du confinement "largement avant la date du 11 mai", a indiqué mardi le Premier ministre, Edouard Philippe.

Plan qui devra "mettre en place les instruments, les méthodes, la doctrine d'emploi, la coordination nécessaire", pour sortir d'une mesure totalement inédite et qui aura duré huit semaines, si cette date est tenue.

Côté musiques actuelles, les Eurockéennes de Belfort, les Francofolies de La Rochelle ou le Main Square d'Arras ont jeté l'éponge mardi, alors que le festival breton des Vieilles Charrues, le plus important de France, est en suspens. Que va-t-il se passer pour le Tour de France? Et le Festival de Cannes ?
 
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