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Une histoire incroyable. Tant la légende que la vérité historique et scientifique.
Une histoire faite de meurtres, d’inceste et de trésor...



La légende raconte qu'Ernest aurait été tué alors qu’il revenait d’Amérique au temps de la Ruée vers l’or. Arthur son frère cadet serait le meurtrier. Il aurait été jaloux de la relation incestueuse qu’Ernest entretenait avec leur plus jeune sœur Ernestine, partie elle aussi aux Etats-Unis.

Quelle est l'histoire, entre la légende et la science, qui contient la vérité ?


Le dernier voyage du squelette "Ernest"

Depuis plus d'un siècle, son squelette habite la tour du Château de Montcigoux en Dordogne.

Le 15 février 2016, le petit cercueil de verre d’Ernest a été mis sous scellés, sous le contrôle de la gendarmerie. Il a quitté le village de Saint-Pierre-la-Frugie pour Cergy-Pontoise où il a passé des examens, à la recherche de son identité.

Opération Ernest

Le Colonel Chabrol, chargé d'accompagner le squelette à Cergy

 

Découvrir la vérité sur Ernest

Gilbert Chabaud est l’actuel propriétaire de la chartreuse de Montcigoux et le maire de St-Pierre-de-Frugie. Le colonel de gendarmerie Patrick Chabrol, originaire du pays de Châlus a accompagné le cercueil pendant son voyage.

C’est grâce à eux que le squelette est parti à l’Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale pour découvrir l’identité du cadavre et les circonstances de sa mort.



Les examens scientifiques

Deux mois plus tard, le squelette parti dans la région parisienne pour être analysé revient au pays. Le 12 avril 2016, le petit cercueil de bois retrouve sa place dans la tour du château de Monticigoux. 

Les os ont changé de place, certains sont désormais dans des pochettes en plastique. Le cerceuil a été réorganisé après manipulation des experts. 
La lieutenante Anne Coulombeix, anthropologue forensique, a été en charge des examens pratiqués sur le squelette de Montcigoux.



C'est la fin de l'aventure scientifique pour Ernest. Une conférence de presse a été organisée pour dévoiler les conclusions des médecins du pôle judiciaire de la gendarmerie nationale. 

Quelles révélations..?

Sans surprise, le squelette qui repose dans la tour du manoir de Montcigoux depuis 1913 n’est pas celui d’Ernest Pagnon de Fontaubert !

L’état du squelette est très mauvais et ne permet pas d’éclaircir complétement son origine.

Des pièces manquent comme les dents, des morceaux du crâne ou du bassin, des morceaux essentiels pour les analyses.
Ces parties ont pu être prélevées ou dérobées par des habitants du village après la découverte du cadavre en 1913. 

Examens d'Ernest à Cergy

Le squelette de Montcigoux est parti au Pôle judiciaire de la gendarmerie nationale à Cergy pour subir une batterie d'examens.(source : Cinémathèque du Limousin - Avril 2016)


Impossible de savoir à quoi ressemblait le visage du cadavre, sa reconstruction numérique est impossible. 

Il semble pourtant que ce soit un homme, mais sans l’arrière du bassin, c'est impossible de le dire avec certitude. Selon le pôle judiciaire, il serait plutôt agé et mesurerait entre 1m60 et 1m65. Ernest, quant à lui, mesurait 1m58.
Examens d'Ernest à Cergy

Le squelette de Montcigoux est parti au Pôle judiciaire de la gendarmerie nationale à Cergy pour subir une batterie d'examens.(source : Cinémathèque du Limousin - Avril 2016)


Seule certitude : sa mort n’est pas criminelle. Aucune trace de coup ni de traumatisme.
Examens d'Ernest

Le squelette de Montcigoux est parti au Pôle judiciaire de la gendarmerie nationale à Cergy pour subir une batterie d'examens.(source : Cinémathèque du Limousin - Avril 2016)



A-t-il au moins vécu du temps d'Ernest ? Sans les dents, et compte tenu de l’état du cadavre, difficile de déterminer son époque...

Mais les médecins ont le sentiment qu’il pourrait être vieux… très vieux. Il est probable que le corps ait été enterré avant même la construction de la maison. 

Le corps est resté trop longtemps au contact de la terre. Tous les examens possibles des moyens technologiques actuels ont été réalisés sur le cadavre (radiographie, scanner, microscope sur les fractures, analyses chimiques).

De ses restes dégradés, les résultats de ses analyses sont faussés.

Les conclusions médicales laissent demeurer beaucoup d'incertitudes sur l'identité du personnage.

© Colonel Patrick Chabrol

 

Il était une fois...

En 1913, deux maçons effectuent des travaux dans une maison, ancienne dépendance du Château de Montcigoux. D’un coup de pioche au plancher, ils révèlent la présence d’un cadavre enterré là.

Très vite, la rumeur se répand dans le village. Il s’agirait de l’ancien maître du château, François Pagnon de Fontaubert dit « Ernest ». Il vivait dans le château avec une de ses sœurs, Ernestine. Et son frère Arthur, vivait auparavant dans la maison.

L'histoire raconte qu'Arthur est le meurtrier...


Le début de la légende d’Ernest

Le récit des crimes du Château de Montcigoux se transmet pendant plusieurs décennies. La légende du château maudit et des crimes de la fratrie Fontaubert est née.

Cette histoire incroyable a déjà intéressé France 3. En 1987 Marc Wilmart, journaliste, et Michel Follin, réalisateur, créent le film "Histoires d’un crime". Ils recueillent les mémoires et les rumeurs des habitants de Montcigoux. Le film a été salué par la critique et a obtenu le prix du ministère de la culture et de la communication. 


Histoires d'un crime
Extrait du film "Histoires d'un crime" par Marc Wilmart et Michel Follin, 1987. France 3.


En 1958, le journaliste et écrivain limousin Robert Margerit s’inspire de ce fait divers pour son roman "La Terre aux loups" (Ed. Gallimard).

Le récit complet a été raconté par Le Courrier du Centre en avril 1933, 20 ans après la découverte du corps. L’auteur, Antoine Valérie publie « La sombre tragédie du Château de Monsignal », un feuilleton de sept épisodes « d’une indiscutable authenticité ».

"La sombre tragédie du château de Monisgnal", Le Courrier du Centre, 23-29 avril 1933

 

Ernest, Arthur et Ernestine

L’histoire raconte que deux frères, Ernest et Arthur, et leur sœur, Ernestine, vivaient tous les trois à Montcigoux.

Ernest vivait une relation incestueuse avec sa sœur Ernestine. Ils avaient eu ensemble cinq enfants. Le couple criminel enterrait les nouveaux nés au pied d'un cyprès du domaine. 

Histoires d'un crime

Georgette-Céline Brouillaud raconte la relation entre Ernest, Arthur et Ernestine



Arthur, le plus jeune frère était un homme rustre. Aigri et jaloux, il supportait mal la relation entre son frère et sa jeune sœur. Mis à l’écart par le couple, il ne vivait pas dans le château, mais dans la maison d'à côté.

Histoires d'un crime

Alain Vignol raconte l'histoire de la fratrie Fontaubert



Au temps de la Ruée vers l’or, le couple incestueux décide faire le voyage jusqu'en Amérique pour faire fortune. Ernest et Ernestine partent sept ans, laissant Arthur tout seul à Montcigoux.

A leur retour, Arthur assassine son frère Ernest d’un coup de hache. Il enterre le corps sous le plancher de la dépendance du château et dissimule son crime.

Histoires d'un Crime

Marc Wilmart décrit la mise en scène d'Arthur pour dissimuler le meurtre de son frère Ernest



Ernestine constate la disparition de son frère Ernest. Elle sombre dans la folie et Arthur l’enferme dans une tour du château. Un soir elle s’enfuie et meurt dans la forêt du domaine. 

Histoires d'un Crime

Alain Vignol raconte la mort de Céline

 

Où est le trésor d’Ernest ?

Les habitants de Montcigoux racontent en 1987 qu’il existerait un trésor. Ernest l’aurait ramené d’Amérique où il a trouvé de l’or. Arthur, après avoir tué son frère l’aurait peut-être enterré comme il a enterré le corps de son frère… Le trésor n’a jamais été retrouvé.

Histoires d'un Crime

Marcel Fouilleul et son frère Francis habitent l'ancienne maison d'Arthur à coté du château, là où le corps a été retrouvé en 1913.


Quand le corps est déterré par deux maçons venus faire des travaux dans la maison, un des serviteurs du château a reconnu Ernest, le maître de la maison.


La légende mise à mal


Déjà en 1987, quand Marc Wilmart et Michel Follin réalisent le film Histoires d’un Crime pour France 3, les rumeurs de Montcigoux en prennent un coup.

Marc Wilmart retrouve les actes de décès d’Ernestine et Arthur dans les archives de la Mairie de Saint-Pierre-de-Frugie. Ernestine ou Céline selon les habitants de Montcigoux, s’appelait en réalité Catherine. Arthur s’appelait quant à lui François.

Quant au meurtre d’Ernest et à l’identité du squelette, rien ne prouve que la légende soit fondée.

Marc Wilmart

Marc Wilmart, auteur du film Histoires d'un Crime en 1987 pour France 3



Quand la réalité rattrape la fiction

L’histoire est relancée en 2011, quand le maire de Saint-Pierre-de-Frugie organise une projection du film un dimanche dans le village. Bernard Aumasson était présent. Ça va déclencher chez lui le désir d’enquêter. Il va apporter tout un tas de chose.


Marc Wilmart

Jean Bernard Aumasson, généalogiste et historien s’intéresse à cette histoire extraordinaire et décide d’enquêter en 2013. Il rassemble plusieurs documents issus des archives du Limousin Périgord et des Etats-Unis. Pendant un an et demi, il retrace la vie de la famille Fontaubert.

Ses découvertes portent un coup aux rumeurs de Montcigoux, mais sont tout aussi passionnantes. 

Je me suis intéressé au récit publié par le Courrier du Centre.
Le texte m’a inspiré de nombreux doutes. Il y avait beaucoup de détails, beaucoup de rebondissements, mais aucune preuve ni aucune source. Aujourd’hui, je replonge dedans.

Bernard Jean Aumasson




Le cadavre n’est pas celui d’Ernest

Jean-Bernard Aumasson obtient la preuve que le squelette de Montcigoux n’appartient pas à Ernest de Fontaubert. Il retrouve son acte de décès aux Etats-Unis.

Ernest et sa sœur sont partis en Californie en 1850.

En réalité, Ernest est bel et bien victime d’un meurtre, mais de l’autre côté de l’Atlantique.
Il meurt en 1862 près du village de chercheurs d’or de Cave City en Californie. Il est enterré par ses amis au cimetière. Il ne reste aujourd’hui ni trace du village de Cave City, ni sépulture.

Bernard Jean Aumasson a trouvé plusieurs documents qui attestent la mort d'Ernest, grâce à une correspondante locale qui a fouillé les archives du comté de Calaveras. 


Ernest Fontaubert a été assassiné le 26 février 1862 près du village de Cave City en Californie. Il transportait 2,6 kg de poudre d’or et des vivres destinés aux mineurs. Ernest est mort à 800 m de son domicile, c’est une voisine qui a découvert le corps. Un juge a mené l’enquête.

Bernard Jean Aumasson


© Jean Bernard Aumasson



Ernest était marié

Ernest était l'époux de Thérèse de Teyssière. Ils se sont mariés en 1840. 
Avant de partir en Californie, Ernest et Ernestine rédigent un acte chez leur notaire. Ils confient l'ensemble de leur domaine à Thérèse. 

Par ailleurs, Ernestine a entretenu une correspondance épistolaire avec sa belle-soeur pendant son voyage. Une lettre a été retrouvée datant de 1855. Elle est très affectueuse. 


La relation incestueuse entre Ernest et sa sœur, je n’y crois pas.
Quant aux cinq corps d'enfants qui ont été retrouvés au pied d’un cyprès du domaine… En fouillant dans la généalogie des Fontaubert, je découvre que cinq enfants sont morts en bas âge dans la famille. Il est possible que ce soit eux.

Bernard Jean Aumasson 

Et le trésor...

Ernest n’a pas pu ramener de trésor puisqu’il est resté en Amérique. 
Ernestine a mené un grand train de vie quand elle est rentrée en France. Elle a dépensé son argent dans les voyages et dans les fêtes. 

Ernestine était en possession d’une certaine richesse qu’elle a dépensé très vite. On sait qu'elle disposait de 600 francs quand elle est revenue, une grosse somme.
Elle a également fait transmettre 2000 francs en France. C'est Me Baju, le notaire de la famille qui a perçu l'argent.

Bernard Jean Aumasson 

Une ombre plane sur la folie d'Ernestine

Ernestine est revenue en France en 1965. Elle est accueilli à Paris chez sa soeur Hortense. C'est elle qui constate sa folie.
Elle était fugueuse. Un jour, elle s'enfuit de Montcigoux pour partir à Paris. Elle ne réussit pas à prendre un train à Limoges, et décide de faire la route à pied. Elle a été retrouvée à Châteauroux. 
En 1866, à Montcigoux, le Conseil de la famille Fontaubert obtient sa mise sous tutelle. Le notaire de la famille Me Baju la prend en charge.
Elle meurt l’année d’après.

Ernestine a vécu en Californie presque trois ans après la mort de son frère. Elle s’est occupée de sa succession et l’a très bien gérée. Elle n’était pas folle à ce moment-là.
Quoiqu'il en soit, à son retour sa sœur s’emploie très vite à la mettre sous tutelle. Hortense était son héritière pour les 3/4 .

Bernard Jean Aumasson 

 

Qui est donc le squelette de Montcigoux ?

Ce n’est pas un corps que l’on a exhumé en 1913, mais un squelette, peut-être un très vieux squelette. Il reposait sous 25 cm de terre. Il était allongé près de la cheminée. On y a retrouvé des morceaux de charbon, mais pas d’objets ni de vêtement. La terre ne montrait aucune de trace de décomposition.

Bernard Jean Aumasson 

Le mystère reste entier sur ce squelette du château de Montcigoux. 

Le peu de resultats des récents examens médicaux sont frustrants pour ceux qui désiraient trouver la vérité. D'autant que l'histoire peut s'arrêter définitivement si les actuels propriétaires de Montigoux décident d'enterrer leur habitant mystérieux... 

La légende d'Ernest et de la famille Fontaubert continue à vivre et à se transmettre dans les histoires des habitants du village de Saint-Pierre-de-Frugie.