Il y a 30 ans : Klaus barbie était expulsé de Bolivie

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Écrit par AFP

Il y a 30 ans, "le boucher de Lyon" était extradé de Bolivie où il séjournait depuis de nombreuses années. Un événement qui ouvrira la voie à son procès en 1987 et sa condamnation à la perpétuité.


Klaus Barbie à Lyon par ina
"Oui, oui", répondait l'ancien chef de la Gestapo de Lyon Klaus Barbie au journaliste lui demandant s'il avait "la conscience tranquille" le 4 février 1983 dans l'avion l'expulsant de Bolivie où il avait mené une vie tranquille pendant plus de 30 ans sous le nom de Klaus Altmann.
Barbie (1913-1991), surnommé le "Boucher de Lyon" a été condamné en 1987 en France à la prison à perpétuité pour crimes contre l'humanité durant la Seconde Guerre mondiale.
Carlos Soria Galvarro est le dernier journaliste à avoir interviewé Barbie - qui se croyait en route pour l'Allemagne - avant qu'il ne soit remis à la France, via la Guyane.
"Au cours de l'interview, il n'a montré aucun remord, aucun regret", raconte à l'AFP Galvarro Soria, alors directeur de l'information de la télévision bolivienne, qui a passé 80 minutes avec l'ancien officier nazi.
Il m'a dit qu'il "n'avait pas peur de la mort et a nié toute responsabilité avant d'utiliser l'interview pour se plaindre de l'illégalité de son expulsion de Bolivie".
Dans son livre, "Barbie-Altmann, de la Gestapo à la CIA", le journaliste, aujourd'hui à la retraite, détaille l'histoire de l'ancien officier des services secrets du IIIe Reich: chef de la Gestapo de la région lyonnaise (sous ses ordres, ont été torturés et exécutés de nombreux résistants, dont Jean Moulin), recruté ensuite par les services secrets américains pour lutter contre le communisme, passant ensuite au service de plusieurs dictatures en Bolivie.
Selon Soria Galvarro, "Barbie a continué à travailler pour les services secrets allemands" après la guerre, un fait confirmé par hebdomadaire allemand Der Spiegel en 2011.
Fin 1971, Barbie, sous la fausse identité de Klaus Altmann, quitte la Bolivie pour le Pérou, où il a des contacts avec un compatriote, Friedrich Schwend. La suspicion grandit sur sa véritable identité.
A Lima, il est interviewé par le directeur du bureau de l'AFP dans la capitale péruvienne, Albert Brun, qui lui demande s'il est le "boucher de Lyon", ce qu'il nie.
"Mon père a parlé avec Altmann (Barbie) dans le bar de l'hôtel Bolivar à Lima et lui a ensuite demandé de poser pour une photo prise sur la Plaza San Martin", précise à l'AFP à Lima, Alexandra Brun, fille de l'ancien correspondant au Pérou et en Bolivie.
"Ces photos de Barbie sur la Plaza San Martin, publiées en janvier 1972, ont fait le tour du monde, et ont servi à dissiper les doutes: Altmann était bien Barbie", ajoute Alexandra Brun, qui est photographe.
Les célèbres chasseurs de nazis Serge et Beate Klarsfeld suivent les traces de Barbie et apprennent ses voyages entre Lima et La Paz.
Beate Klarsfeld se rend alors à Lima mais peu avant son arrivée, Barbie regagne
la Bolivie, où elle le poursuit.
Elle a le courage de s'asseoir le 6 mars 1972 sur un banc public de l'avenue principale au coeur de La Paz, munie d'une pancarte dénonçant Barbie, protégé alors par le régime militaire en place, se souvient Soria Galvarro.
La France, qui avait condamné Barbie par contumace en 1954, demande son extradition à la Bolivie, mais le régime militaire de Hugo Banzer refuse.
Il faut attendre un changement de gouvernement en Bolivie pour changer la donne. En août 1982, un candidat de gauche, Hernan Siles Suazo, est élu président de Bolivie. Son vice-ministre de l'Intérieur, le journaliste Gustavo Sanchez Salazar avait eu des contacts en 1972 avec les époux Klarsfeld, qui lui avaient confirmé
que Barbie vivait en Bolivie sous le nom de Klaus Altmann.
"L'expulsion de la Bolivie (le 4 Février 1983) a été la bonne décision", explique aujourd'hui Soria Galvarro, indiquant que le retour de la démocratie en Bolivie, après 20 ans de dictatures féroces, a permis de rétablir la justice de l'histoire.
Le procès de Barbie à Lyon durera de janvier à juillet 1987. Il mourra en prison d'une leucémie le 25 septembre 1991.