Agressions sexuelles dans le patinage : “Je refuse de donner mon corps pour réussir”, assure Nadjma Mahamoud

Nadjma Mahamoud, à Annecy, jeudi 6 février 2020. / © Cécile Mathy - France 3 Alpes
Nadjma Mahamoud, à Annecy, jeudi 6 février 2020. / © Cécile Mathy - France 3 Alpes

Après les accusations de sa mère à l'encontre de l'entraîneur Gilles Beyer, l'ancienne championne de France juniors de patinage artistique, Nadjma Mahamoud, prend à son tour la parole pour dénoncer harcèlement sexuel et chantage subit insidieusement entre 2017 et 2018. 

Par SMl avec Cécile Mathy

Sa mère, Sabina Mahamoud, s'est exprimée dans l'Equipe, jeudi 6 février. A son tour, l'ancienne championne de France juniors de patinage artistique et ancienne licenciée du club d'Annecy, Nadjma Mahamoud, prend la parole pour dénoncer le harcèlement sexuel et le chantage auxquels son ancien entraîneur, Gilles Beyer, les auraient soumises, entre 2017 et 2018.

Une enquête pour viol est déjà en cours à l'encontre de l'entraîneur du club des Français Volants suite aux accusations de la patineuse Sarah Abitbol. Sabina Mahamoud ne souhaite pas porter plainte, d'après sa fille.
 

Comment avez-vous rencontré Gilles Beyer ?

N.M. : "Je m'entraînais sur Annecy, puis je suis montée à Paris. J’ai fait un an à Courbevoie puis je suis partie au club des Français Volants. C’est là où j’ai rencontré Gilles Beyer. Il m'a paru gentil, ouvert d’esprit. C’était un rapport normal entre nous."

Comment avez-vous découvert ce qu'il se passait avec votre mère ? 
 

N.M. : "Un soir, j’étais chez ma grande sœur avec ma mère. Vers 22 heures, je vois un message de Gilles Beyer sur son téléphone. Je me suis dit que c’était bizarre, parce qu'il était tard. Alors j’ai ouvert les messages... J’ai du mal à en parler. Un texto disait "Quel string vous portez ?" C’était très cru. Ca m’a stoppée net. Ils parlaient de moi aussi. Gilles Bayer demandait à ma mère si je dormais à côté d'elle..." 

En avez-vous discuté avec elle ?

N.M. : "Ma mère ne savait pas que je m'en étais aperçu. Mais depuis les révélations de Sarah Abitbol, nous en avons parlé. Les révélations de Sarah ont fait tilt. J’ai vite appelé ma mère pour lui demander si elle se souvenait des messages envoyés tard le soir... Ca m’a choquée. Je lui ai dit que c’était à cause de ça que j’avais quitté les Français Volants. Elle voulait me protéger en ne m'en parlant pas. Alors j’ai préféré partir et faire comme si rien ne s’était passé. Au départ, je ne pensais pas qu’il était vraiment sincère, je ne l'avais pas trop pris au sérieux..."

Et avec vous directement, Gilles Beyer a-t-il eu des comportements déplacés ?

N.M. : "Il y avait des regards qui ne trompaient pas. Mais je n’y prêtais pas attention. Je me disais que c’était juste un coach. Moi, je patinais. J'avais été très proche de mon entraîneur d'Annecy, Didier Lucine. Depuis, j'ai toujours eu du mal à faire confiance à d'autres coaches, y compris à Beyer."
 

Cela a-t-il changé votre vision du patinage ? Pensez-vous reprendre un jour ?

N.M."Ca m’a refroidi niveau patinage. S’il faut donner son corps pour réussir dans ce milieu, je refuse. Au début, le problème, c’était le manque d’argent. Ensuite, il faut se donner ! C’est trop. Je ne pouvais pas. J’ai donc mis ma carrière entre parenthèses depuis deux ans. Ca me manque un peu, mais je fais des spectacles à droite et à gauche. Je vais peut-être passer mon brevet pour devenir coach, mais émotionnellement et financièrement, c’est encore difficile. J’espère que le milieu va changer. Car j'ai ma petite sœur qui veut faire du patin, et puis pour toutes les autres qui continuent... Ce n'est pas normal ce qu’il se passe." 

Aujourd'hui, comment vous sentez-vous ?

N.M. : "Pour l’instant je travaille beaucoup et j’essaie d’ouvrir une autre parenthèse de ma vie. S’il y a d'autres mamans qui ont vécu ça, il faudrait vraiment en parler. J’espère que j’ai aidé des personnes à se dévoiler. Il y a une emprise des coaches sur les patineuses. Et les mamans sont à fond derrière les enfants. Surtout, il ne faut pas se donner pour que votre enfant réussisse."

 

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