Agressions sexuelles dans le patinage : l'entraîneur d'Annecy, Didier Lucine, avait lancé l'alerte il y a 20 ans

L'entraîneur d'Annecy patinage, Didier Lucine, avait alerté la Fédération française des sports de glace en 2000 au sujet des comportements supposés de Gilles Beyer. / © Aris MESSINIS / AFP
L'entraîneur d'Annecy patinage, Didier Lucine, avait alerté la Fédération française des sports de glace en 2000 au sujet des comportements supposés de Gilles Beyer. / © Aris MESSINIS / AFP

Dans son livre paru le 30 janvier, la patineuse Sarah Abitbol accuse son ex-entraîneur Gilles Beyer de viol. L'entraîneur haut-savoyard Didier Lucine avait lancé l'alerte il y a 20 ans pour des soupçons d'attouchements sexuels commis sur d'autres jeunes femmes. Il s'exprime sur cette affaire.

Par France 3 Alpes

L'entraîneur d'Annecy, Didier Lucine, a été l'une des premières voix à s'élever pour dénoncer des attouchements sexuels dans le monde du patinage. L'affaire remonte à une vingtaine d'années, quand le coach se fait l'écho du témoignage glaçant de l'une de ses élèves, Vanessa Gusmeroli.

"(Elle) m'a dit que Gilles Beyer passait dans les chambres, tripotait un peu tout le monde et qu'il fallait que j'agisse auprès de lui pour qu'il cesse", nous rapporte l'entraîneur Annécien. Gilles Beyer est aujourd'hui mis en cause par la patineuse Sarah Abitbol dans son livre "Un si long silence", paru jeudi 30 janvier. La jeune femme accuse son ancien entraîneur d’agressions sexuelles et de viols entre 1990 et 1992, alors qu'elle était encore adolescente. Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris pour viols et agressions sexuelles sur mineurs.

"Au-delà des faits évoqués dans ce livre, les investigations, confiées à la brigade de protection des mineurs de la direction régionale de la police judiciaire de Paris, s’attacheront à identifier toutes autres victimes ayant pu subir, dans le contexte décrit, des infractions de même nature", a écrit le procureur de la République de Paris Rémy Heitz dans un communiqué.
 

"Ce que raconte Sarah, ça nous a surpris, reconnaît Didier Lucine. C'est des viols, ça va loin. Quand Vanessa m'en a parlé (...) c'était des attouchements mais on ne pensait pas que c'était aussi grave." Le coach avait toutefois pris l'affaire en main. Au début de l'année 2000, il a écrit un courrier à la Fédération française des sports de glace (FFSG) pour rapporter les faits dénoncés par Vanessa Gusmeroli, médaillée de bronze des Championnats du monde à Lausanne en 1997.

"J'ai demandé qu'il y ait une enquête interne pour vérifier les dires des patineuses", explique-t-il. Par la suite, il affirme avoir été convoqué par une inspectrice dans le cadre de l'enquête ouverte pour préciser son propos. "Et je n'ai plus eu de nouvelle après", ajoute M. Lucine. Les investigations ont conduit à la suspension de l'entraîneur mis en cause, Gilles Beyer. Une mesure temporaire prise par le président de la fédération en accord avec le ministère des Sports "pour laisser passer l'orage", selon l'Annécien.

 

"On m'a dit de m'occuper de mes oignons"


Quelques années après ses agissements supposés, Beyer a été réinvesti de ses fonctions. "Je suis intervenu et on m'a dit de m'occuper de mes oignons parce qu'il n'y avait pas de plainte", reprend Didier Lucine qui dit avoir demandé aux patineuses si elles souhaitaient intenter une action en justice. "Mais elles ne voulaient pas, donc on ne pouvait pas les aider plus que ça."

Selon lui, remettre Gilles Beyer "dans le circuit" était "une grosse erreur" pour le président de la FFSG, Didier Gailhaguet. "Didier c'était le patron, il savait tout ce qu'il se passait dans le patinage, il devait être au courant", dit l'entraîneur au sujet des soupçons d'agressions sexuelles qui pesaient sur Beyer. La ministre des Sports Roxana Maracineanu a demandé au présient de la fédération de démissionner.
 

"La ministre a été extraordinaire de courage. Elle est allée jusqu'au bout des choses, elle a mis le paquet. Ça fait du bien pour les entraîneurs, pour les victimes et pour les dirigeants qui n’ont pas pu parler par peur de représailles", a estimé Didier Lucine auprès de nos confrères de franceinfo.

Le patron du patinage a, lui, qualifié la ministre de "moralisatrice" ce mercredi, refusant de démissionner. "Pour être démissionnaire, il faudrait que j'ai commis une faute. Je n'estime pas en avoir commis", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. Maintenant, l'Annécien espère l'arrivée de "quelques jeunes" à la tête de la FFSG pour "réorganiser la fédération, assainir le tout".

 

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