Ain : la grève de la faim d'une boulangère pour la régularisation de son apprenti

Huit jours que Patricia Hyvernet, boulangère dans l'Ain, est en grève de la  faim. Son combat ?  Obtenir un titre de séjour pour son apprenti, sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français. Mamadou Yaya veut rester travailler, et la boulangère est prête à l'embaucher.

Patricia et Henry-Pierre veulent transmettre leur boulangerie à Mamadou Yaya, leur apprenti en situation irrégulière. Patricia Hyvernet (à droite) a entamé une grève de la faim.
Patricia et Henry-Pierre veulent transmettre leur boulangerie à Mamadou Yaya, leur apprenti en situation irrégulière. Patricia Hyvernet (à droite) a entamé une grève de la faim. © D.R.

Dans la Dombes, à la Chapelle-du-Châtelard, la boulangère a cessé de s'alimenter. Ce mardi 15 février 2021, cela fait huit jours que Patricia Hyvernet est en grève de la faim afin d'aider son protégé. Mamadou Yaya Bah est son apprenti depuis 2019. Aujourd'hui âgé de 20 ans, le jeune homme est sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français, alors que la boulangère ne jure que par lui pour reprendre l'entreprise

 "La préfecture, c'est la seule qui peut me donner la légitimité de rester. Moi j'ai fait ce qu'il fallait faire."

"J'imagine qu'un jour, j'aurai le droit d'être légalement dans cette boulangerie, travailler, et surtout devenir un bon boulanger", dit humblement Mamadou Yaya. Arrivé de Guinée Conakry il y a 4 ans, le mineur isolé à l'époque, passe par Grenoble, puis arrive dans l'Ain. Il est suivi par la Sauvegarde de l'enfance, va à l'école et en centre d'apprentissage à Ambérieu-en-Bugey. Ses 18 bougies à peine soufflées, il se retrouve à la rue, fait appel au 115 pour se trouver un hébergement d'urgence. En situation irrégulière, il reçoit en juillet 2018 l'OQTF, l'obligation de quitter le territoire français. Sans papier, il ne peut plus travailler, et il rejoint une communauté Emmaus. 

On m'a toujours dit qu'il ne fallait pas avoir de problèmes avec la police, la justice, qu'il faut s'intégrer en tissant des liens, avoir de bonnes notes à l'école. J'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir.

Mamadou Yaya Bah

"C'est avec lui que nous voulons continuer"

Le jeune Guinéen et le couple de "paysans boulangers" se sont trouvés un peu par hasard. Patricia Hyvernet raconte qu'un jour, en faisant les marchés, une cliente lui parle de ce jeune et de son envie de stage. Proposition acceptée, Mamadou Yaya rejoint la boulangerie, et ne déçoit pas.

"Il nous a expliqué, il nous a prouvé qu'il veut bien travailler avec nous la nuit. Qu'il comprend le sens de notre travail. Et c'est avec lui que nous voulons continuer", explique la boulangère. "Il nous apporte de la joie au travail. On a envie de tout lui transmettre, de tout partager avec lui", poursuit Patricia Hyvernet. C'est une promesse d'embauche.

"Il a désormais un très bon niveau. Il pourrait avoir le CAP en candidat libre s'il se présentait", assure-t-elle, indiquant même que des démarches de préinscription au CFA voisin d'Ambérieu-en-Bugey ont été entamées.

On a 2 ans pour le former et plus tard on va l'accompagner dans la démarche de reprendre notre boulangerie. Ça ne peut pas être quelqu'un d'autre.

Patricia Hyvernet

"On ne lâchera pas"

 À la ferme, chez Patricia et Henry-Pierre, Yaya a trouvé un foyer et sa voie professionnelle. Et toute la famille en est convaincue. "On est tous derrière Yaya, et l'objectif c'est qu'il puisse avoir ses papiers le plus rapidement possible, pour pouvoir vivre sereinement parmi nous", réagit Marie-Alice, la fille de Patricia. 

Une pétition a été mise en ligne, pour afficher encore plus de soutien au jeune homme, et au combat de toute la famille. Elle a déjà recueilli 11 000 signatures au 19 février. "Aujourd'hui, parce que je ne sais plus quoi faire, j'ai entamé cette grève de la faim. Et je ne lâcherai pas", rajoute Patricia. Mercredi 17 février, une rencontre avec le député de la circonscription est annoncée. Contactée, la Préfecture dit vouloir réexaminer son dossier au plus vite, compte-tenu de la promesse d'embauche. 
Le couple Hyvernet et le jeune homme ont également rencontré le député de la circonscription, Stéphane Trompille (LREM), qui s'est engagé à "donner un coup de pouce et faire remonter le dossier en préfecture", selon Mme Hyvernet.

En janvier 2021, à Besançon, un autre apprenti boulanger avait obtenu sa régularisation, son patron avait, lui aussi, fait grève de la faim. (voir article ci-dessous)

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