"Si j'avais parlé plus tôt, cela aurait épargné ma sœur". Un homme condamné à 12 ans de prison par les Assises de l'Ain pour viols incestueux sur 2 de ses belles-filles

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Écrit par Dolores Mazzola (avec Y.Marie et M.Zammit)

Le procès s'est déroulé les 27 et 28 juin devant les assises de l'Ain, à Bourg-en-Bresse. Un père d'une famille recomposée de l'Ain s'est retrouvé devant la justice, accusé de viols par deux de ses jeunes belles-filles. Il avait lui-même été agressé sexuellement par un prêtre lors de son adolescence. Il a été reconnu coupable et condamné.

"Ce que j'attends de cette audience ? qu'il ne puisse pas recommencer à faire du mal, récidiver. Je m'attends pas à une peine de prison particulière, je ne m'attends pas à ce qu'il reste en prison. J'attends juste qu'il ne fasse plus de mal", a expliqué l'une des victimes lundi peu avant le procès. Deux jeunes femmes, aujourd'hui âgées de 19 et 27 ans, accusent leur beau-père de viols. Des faits commis durant leur adolescence. 

L'accusé risquait jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle. Mardi soir, il a été condamné par les Assises de l'Ain à une peine de 12 années de prison. Cette peine assortie d'un suivi socio-judiciaire. Son avocat Me Thomas Fourrey a déclaré que son client ne ferait pas appel.

Sortir du silence

Lors de cette première journée du procès, la confrontation avec leur beau-père a été douloureuse. Parties civiles dans cette affaire, les deux sœurs ont mis longtemps à sortir du silence et à parler des agissements de leur beau-père. "Il voulait que l'on garde le secret. Mais quand mes copines parlaient de leur père, ce n'était pas pareil," explique l'aînée. Et elle ajoute : "Il faut parler, il faut le faire. Si je l'avais fait plus tôt, cela aurait épargné ma sœur". Ces viols incestueux étaient réguliers.

"Elle a gardé le silence pour ne pas faire exploser la cellule familiale", a expliqué son avocate. "Il y a eu de la culpabilité, de la honte, la volonté de protéger ses frères et sœurs, et de ne pas faire éclater cette famille recomposée".

L'homme est jugé pour viols incestueux commis sur mineurs. Les deux jeunes filles étaient âgées d'environ 13 ou 14 ans lorsque les faits ont débuté. 

Agressé par un prêtre

L'homme, ex-éducateur sportif, a reconnu des câlins qui dérapent en caresses, des agressions et des viols répétés en l'absence de la mère des jeunes filles. Selon les experts psychiatres, il n'a cependant pas le profil d'un prédateur pédophile. Mais plutôt celui d'un homme immature, fragilisé par l'abandon de son père et une agression sexuelle. Lors de l'instruction, l'accusé a en effet révélé avoir été abusé par un prêtre lorsqu'il était enfant de chœur. Le père de famille s'est d'ailleurs déclaré auprès de la Ciase et attend d'être reconnu comme victime.

"Alors qu'il avait 14 ans et qu'il vivait en Guadeloupe, il a été agressé sexuellement. Il n'en avait parlé à personne, il a gardé ça pour lui, il avait un sentiment de honte. On a voulu alerter la commission. Cette démarche a été plutôt saine et bénéfique. La Ciase nous a recontactés et nous a indiqué qu'une autre personne avait dénoncé les agissements de ce prêtre", a déclaré Me Thomas Fourrey, l'avocat de la défense.

Une plainte a d'ailleurs été déposée pour dénoncer ces faits auprès du parquet de Bourg-en-Bresse. Elle a été transmise auprès du parquet de Basse-Terre.

Mais cette démarche ne doit pas dédouaner l'accusé selon les avocats des parties civiles. "C'était important pour celle que je défend d'entendre que l'accusé ne pouvait se cacher derrière ça pour excuser son geste, même si cela apporte un éclairage (...) Pour une victime c'est important de comprendre pourquoi elle a été victime", ajoute Me Marie Audineau, avocate d'une partie civile.

Le procès est prévu sur deux jours. Le verdict est attendu mardi soir.