"La vraie vie c'est la quête de soi", un coach sportif pour des collégiens en quête du bonheur

Cinéastes, écrivains ou encore journalistes interviennent régulièrement dans les établissements scolaires. Plus rares sont les coachs sportifs qui viennent échanger avec les élèves. C’est le cas de Mohamed Benyahia qui à Prévessin dans l’Ain rencontre les collégiens pour évoquer son vécu et, plus insolite, la quête du bonheur.

Aux dires de leur professeur de sport, ces élèves-là sont plutôt du genre à avoir la bougeotte. Mais ce jour-là, dans cette classe de 4e du collège de Prévessin, c’est l’attention qui prime. Il ont 13 ou 14 ans et n’ont d’yeux et d’oreilles que pour l’intervenant qui leur fait face. Mohamed Benyahia était à leur place il y a 10 ans, dans ce même établissement. Il a traversé quelques périodes difficiles à l’adolescence avant de se prendre en main. Il était en surpoids, souvent triste et puis il y a eu, comme il le dit lui-même, un déclic. La volonté de changer de cap, une course à pied en plein hiver, le désir de devenir soi. Le voilà aujourd’hui coach sportif et devant ces collégiens il raconte son parcours :

«On se moquait de moi, au foot. On me disait, tu ne sais pas courir, va faire autre chose… Je n'avais aucune vision, je m’enfermais dans ma chambre et je pleurai, je pleurai tout le temps… un matin en hiver au réveil, j’ai traversé le salon, il y avait de la neige dehors, j’ai mis mes baskets, je suis allé courir et à la fin de la course assis sur un banc j’ai pleuré. Pour la première fois de ma vie, je me rencontrais moi-même... Je me suis demandé qui es-tu ? Quels sont tes rêves, tes objectifs, tes ambitions ?»

Un grand frère auquel les élèves peuvent s'identifier

Une musique zen accompagne ses mots contrastant avec le rythme effréné du discours. Inspiré par Tony Robbins et la méthode PNL ou programmation neurolinguistique, Mohamed parle haut et fort. Le débit est soutenu. Pendant 1h30, face à ce jeune public captivé, il insiste sur la notion de bonheur et les leurres qui l’accompagnent :

«Il y a beaucoup de pression de la société, sur les réseaux sociaux. La vraie vie c’est la quête de soi… Sur les réseaux, des gens montrent qu’ils ont des villas, des belles maisons. Les jeunes pensent qu’ils ont réussi et qu’ils sont heureux alors qu’une fois qu’ils ont coupé leur téléphone, il n’y a plus grand-chose de positif. C’est le monde d’apparences dans lequel on vit. C’est montrer ce que l’on a pour cacher ce que l’on est».

Ne pas avoir peur du jugement, d’être moqué, ne pas faire semblant, faire face à la solitude, entretenir son mental et son physique, Mohamed concède que le cheminement pour percevoir le bonheur est difficile. Mais parce qu’il a été assis à leur place, qu’il a le rôle du grand frère, alors le message passe plus facilement. C’est ce que constate Hinde Seridah la conseillère principale d'éducation du collège :

«Les élèves sont plus réceptifs à la parole d’une personne qui a été à leur place quelques années auparavant. Ça change des autres intervenants qu’on peut avoir et qui sont plus institutionnels. Là, c’est une personne à laquelle ils peuvent s’identifier».

A l’issue de l’intervention, les collégiens restent encore sans voix. La leçon du jour et cette ambition d’accéder au bonheur peuvent paraître une montagne. C’est d’ailleurs comme cela que le coach illustre cette quête : une montagne à gravir. C’est haut une montagne quand on a 13 ans.