VIDEO. "Mythomane, et pervers narcissique" 30 ans après l'assassinat de sa famille, JC Romand décrit par son beau-frère

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Il y a 30 ans l'invraisemblable secouait Prévessin-Moëns dans l'Ain et la France entière. Une famille retrouvée morte dont le père, Jean-Claude Romand, accusé de les avoir tués s'est révélé être un des plus grands manipulateurs de l'histoire criminelle. Son beau frère témoigne.

Pendant 18 ans Jean-Claude Romand a fait croire qu'il était médecin à l'OMS menant une vie de mensonges et de manipulation. Le 09 janvier 1993, il tue sa femme, sa fille de 7 ans et son fils de 5 ans à Prévessin-Moëns dans l'Ain avant de tuer ses parents, dans le Jura. 

Une folie meurtrière issue d'une mécanique de manipulation à l'échelle d'une vie entière que décrypte son beau frère Emmanuel Crolet, 30 ans après les faits. 

Comment vous sentez-vous 30 ans jour pour jour après ce drame?  

10 ans, 20 ans ? On les a entre guillemets commémorés, pas fêtés, j'allais dire, mais commémorés. Caroline, Antoine, avec 20, 30 ans de plus, en imaginant ce qu'ils feraient aujourd'hui. Ce sont des images qui me viennent régulièrement en me disant, tiens, maintenant, ils auraient tel âge, ils feraient quoi ? Ils auraient connu mes enfants ?

Ensuite. Bien évidemment, ce qui m'est insupportable, c'est surtout le fait de le savoir, pouvoir faire ce qu'il veut, être libre. Alors qu'il demeure pour moi un mythomane et un malade. 

Le 11 janvier, vous avez tout appris, tout découvert. Vous vous souvenez de ce moment ? 

Je l'apprends à 4h du matin. On m'appelle à la maison, on me réveille et c'est un ami de ma sœur, Jacques Cottin, qui était l'un des premiers sur les lieux. Un pharmacien qui avait fait ses études avec elle, qui m'appelle et qui me dit voilà y a un drame qui s'est passé chez les Romand. Florence et les petits sont morts. Il y a eu un incendie, mais fort heureusement, Jean-Claude n'est pas mort. Voilà les premiers mots que l'on me dit au téléphone. Donc effectivement, sur le coup on n'arrive pas à y croire. C'est trop brutal pour pouvoir y croire, sachant que nous les avions vus le Noël avant, donc une semaine avant, donc c'est tellement proche le moment où nous avions rencontré qu'il est très difficile d'imaginer que ce drame est arrivé. Et puis ensuite je me raccroche et à une chose, c'est que Jean-Claude est en vie. Fort heureusement. Et tout de suite, je me dis, ça va être un désastre quand il va l'apprendre, que sa femme et ses enfants sont morts. Immédiatement, je décide de remonter dans la région, j'étais dans les Pyrénées à ce moment-là et je l'apprends sur Franceinfo puisqu'il y avait un spot toutes les heures qui expliquaient  ce drame. Et puis à un moment donné, on apprend qu'en fait, ce n'est pas un drame accidentel. Que ce serait Jean-Claude Romand qui a tué sa famille et que c'est un imposteur et qu'il n'est pas médecin. Là je me dis : "ils se trompent  complètement, ce n’est pas possible, y a une erreur quelque part quoi". 

 

On se demande toujours comment, vous n'avez rien soupçonné ? 

Il est vrai que de l'extérieur, on peut nous penser naïf, on peut nous penser superficiels. Mais Roman est un est quelqu'un d'intelligent, qui pendant 18 ans a menti, C'est pas mentir pour une semaine ou 3 semaines ou un mois, c'est 18 ans de mensonge avec en plus un contexte familial tel que c'était un cousin par alliance qu'on connaissait depuis toujours. Donc à des fêtes de famille, à 12 ans, 14 ans, il était présent, donc c'est quelqu'un qu'on connaissait depuis très longtemps. Ses parents aussi, donc il y a un contexte historique qui ne pouvait pas nous pousser à mettre en doute ce que faisait Romand avec ensuite un personnage qu'il s'est construit du fait de sa mythomanie, excessivement bien ficelé. 

 

Au niveau financier comment arrivait-il à s'en sortir? 

 

C'était une partie du scénario de son film. Pour vivre, il faut de l'argent. Comment faire pour avoir de l'argent ? Soit je travaille et à ce moment-là, j'ai un salaire, soit je ne travaille pas. Ben j'essaye d'en trouver là où y en a. Donc, il en a trouvé là où il y en avait, en l'occurrence auprès de ses parents, puisqu'il avait la main sur les comptes de ses parents, des coupes de bois et puis ensuite il a usé de stratagèmes pour notamment auprès d'un oncle qui avait un cancer lui faire croire qu'il pouvait lui trouver un médicament plus ou moins miracle moyennant finance. Donc on voit le côté machiavélique de la personne, mais qui est jusqu'au-boutiste pour arriver à ses fins, avoir de l'argent, proposer des placements comme son job était en Suisse, Ben en disant, compte tenu de mon de mon statut de travailleur à l'O MS, je peux permettre d'avoir des placements intéressants à 16%, donc avec son paraître un peu bonhomme comme ça, inspirant une confiance totale. Comme à la pêche, il mettait un, il mettait un j'allais dire un appât au bout de l'hameçon, il attendait que les poissons arrivent, donc le fait de dire, je peux placer de l'argent en Suisse si ça vous intéresse même pas si ça vous intéresse, il nous il laissait les gens un petit peu attendre, réfléchir et puis ensuite par l'intermédiaire de ma sœur à qui on allait en discuter avec elle, on aboutissait forcément à ce que lui voulait, c'est à dire placer de l'argent en Suisse, dans des faux comptes bien sûr, et à ce moment-là, cet argent-là, il le récupérait Quand je dis que ma sœur, elle était manipulée, forcément, parce qu'elle était, elle en premier lieu et en première place dans ce système là, dans ce scénario-là, du fait de ce côté narcissique pervers, il l'a totalement modelée, ce qui fait qu'elle était totalement acquise à sa cause et que dès qu'il émettait la moindre idée où il disait tiens, je pourrais avoir des placements en Suisse, c'était un bon canal je pense, ma sœur, pour pouvoir, entre guillemets, lui faire de la pub.

 

Est-ce que vous pensez que votre sœur avait compris qui était Jean-Claude Romand juste avant de mourir ? 

En décembre 92, ma sœur savait qui était Jean-Claude Romand, qu'il n'était pas l'homme qu'elle pensait aimer. Je pense que ça a été un effondrement qui s'est vu lors du Noël 1992, qu'on a passé ensemble chez eux, puisqu'elle était triste, elle n'avait pas le même le même entrain que d'habitude. De toute façon, le geste de Romand et l'assassinat de ma sœur avec 6 coups de rouleau à pâtisserie et ma sœur qui semble-t-il s'est protégée à la tête parce que ses doigts ont été en partie écrasés, prouve que il y a eu un fait déclencheur ce vendredi soir. Le regard de ma sœur a dû lui renvoyer le fait qu'il n'était rien. Et que sa coquille était vide. Et un mythomane n'aime pas ça. Un mythomane ne se détruira pas, mais il n'aime pas du tout être découvert. 

 

Jean-Claude Roman a été condamné en 96 à la prison à perpétuité. Au bout de la peine de sûreté de 22 ans, un petit peu plus, même 23 ans, et il a pu être relâché. Ça a été une période particulièrement douloureuse pour vous ? 

Quelque part, j'ai un peu honte de la justice française alors que le dossier est lourd quand même, c'est 5 assassinats. Plus un personnage mythomane, pervers narcissique dont la personnalité a très peu évolué. C'est écrit noir sur blanc. Sur le rapport qui est donné par la Cour d'appel de Bourges et c'est cette phrase-là qui m'a choquée et qui me fait un peu quand même douter de la crédibilité de cette Cour d'appel qui a écrit noir sur blanc, que le projet ainsi présenté paraît viable. Je trouve ça un peu léger. Et j'espère que le président de l'époque et son procureur, l'avocat général qui est siège à ce moment-là, vont m'entendre et que l'écho de ma voix réveillera peut-être chez eux un certain sentiment d'avoir un petit peu expédié rapidement cette ce jugement là parce que en 3 mois inverser totalement la tendance avec très peu d'éléments explicatifs. Nous, parties civiles et victimes, ça nous laisse quand même un goût amer dans la bouche. 

 

Est-ce que vous pensez que Jean-Claude Romand est toujours dangereux ? 

Pour moi, il reste dangereux. Oui tant qu'on lui renverra l'image qu'il veut bien, qu'il apprécie avoir de lui, je pense que tout baigne, c'est à dire, c'est ce qu'il a reconstruit en prison, ce qu'il a reconstruit à Fontgombault. En plus, elle permet de vivre correctement, mais personne ne peut dire si ça ne va pas exploser, si ça ne va pas éclater puisque ce n'est pas moi qui le dit, ce sont les rapports d'expertise, qu'il n'a pas changé. Il n'a pas eu de de décompensation alors que certains experts, psychiatriques annonçaient qu'il serait salvateur pour lui d'avoir cette décompensation.

Comment on arrive à se construire pendant 30 ans avec cette affaire sur les épaules ? 

Premièrement, on n'a pas le choix. Deuxièmement, nous avons une vie qui continue sans les défunts mais elle continue. Fort heureusement. Mais ce n’est pas pour autant qu'on oublie et c'est présent tout le temps. Y a un réel manque permanent avec lequel il faut apprendre à vivre. Alors je ne vous parle même pas de ma maman qui a perdu non seulement son mari mais sa fille et ses petits-enfants, et qui ne s'en est jamais remis. Ça c'est clair. Elle a toujours été plus tournée vers ce manque permanent que vers une vie qui aurait pu être un petit peu moins triste quoi, c'était toujours tournée vers ces départs vers ses défunts ? Et 30 ans c'est long, hein ? Dans ces conditions-là ? 

 

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