Crimes de Montluçon : les accusés devant la cour d'assises de l'Allier

La police scientifique et technique lors de la découverte de cadavre de Jeanine Ponce dans son appartement de l'avenue de la République, à Montluçon, le 13 mars 2017 / © Florian Salesse /MAXPPP
La police scientifique et technique lors de la découverte de cadavre de Jeanine Ponce dans son appartement de l'avenue de la République, à Montluçon, le 13 mars 2017 / © Florian Salesse /MAXPPP

La ville de Montluçon avait été sous le choc pendant plusieurs semaines. Lundi 18 novembre, deux jeunes hommes de 20 et 21 ans seront jugés par la cours d’assises de l'Allier pour avoir tué 3 retraités et commis un viol en réunion. Des actes tous commis avec une violence extrême en mars 2017.

Par Valérie Riffard

C’est le vendredi 3 mars 2017 que l’affaire a débuté, aux alentours de 3h du matin. Surprise de ne pas voir son collègue arriver au dépôt, une livreuse de journaux se rend chez lui, à quelques pas de là, dans le quartier de la Ville-Gozet, à Montluçon. Elle frappe à la porte et se retrouve face à un jeune qui lui ouvre, puis referme aussitôt, sans un mot. Inquiète, elle appelle la police. Une patrouille se met alors en route, direction l’appartement situé rue Raquin, juste au-dessus du Café de la Place.

Arrivés sur place et après avoir constaté que la voiture du couple avait été fouillée, les policiers entrent et, dans un appartement sens dessus dessous, découvrent le corps sans vie de Ginette Del’Innocenti, 77 ans, gisant dans son lit médicalisé et portant des traces de violence particulièrement importantes, notamment sur le visage.
Mais l’horreur ne s’arrête pas là : dans une autre chambre, git au sol et dans une mare de sang, le corps de son mari. Lui aussi porte des traces de coups conséquentes.
Saisi de l’affaire, le Service régional de police judiciaire de Clermont-Ferrand procède aux relevés d’usage, et se lance à la recherche du jeune homme aperçu par la collègue du défunt.

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Onze jours plus tard, le mardi 14 mars 2017, toujours dans le quartier de la Ville-Gozet, ce sont les pompiers cette fois qui reçoivent un coup de fil inquiétant : celui d’une femme qui n’a plus de nouvelles de sa mère, une retraitée qui vit dans un appartement de l’avenue de la République.
Arrivés sur place, c’est à leur tour de découvrir une scène tout aussi violente que la précédente : dans un appartement dévasté, gît, dans une mare de sang, le corps de Jeannine Ponce, 74 ans. Rapidement, les enquêteurs de la police les rejoignent pour constater que la retraitée porte elle aussi de nombreuses traces de coups et blessures.
Trois meurtres de retraités, particulièrement violents, commis en dix jours dans un périmètre de moins de 100 mètres : dans ce quartier de Montluçon la psychose s’installe et on fait le lien entre les deux affaires. La terreur se propage dans toute la ville.  


Du côté des enquêteurs, le travail avance : le jour de la découverte du cadavre de Jeannine Ponce, ils ont arrêté un jeune homme soupçonné d’un viol en réunion particulièrement violent lui aussi, commis dans la nuit du 11 au 12 mars, boulevard de Courtais, en plein centre-ville de Montluçon. Un jeune homme de 18 ans qu’ils pensent également être mêlé aux trois homicides qui ont plongé la ville dans l’effroi.
 
 

« Je suis le tueur de Montluçon »


Des soupçons confirmés par des éléments matériels mais aussi une vidéo filmée par les agents de sécurité d’une boîte de nuit. Une vidéo où un jeune homme éméché leur lance avec provocation « Je suis le tueur de Montluçon, si tu ne sais pas qui je suis. Imbécile ! » alors qu’il  venait de se voir refuser l’entrée dans l’établissement.
Mis en examen pour viol en réunion et séquestration le 15 mars, le jeune homme se retrouve également poursuivi pour le double homicide des époux Del Innoncenti trois jours plus tard, puis pour celui de Jeanine Ponce, le 12 avril.



Un deuxième suspect, identifié par la victime du viol, est alors toujours recherché. Un suspect identifié qui ne serait âgé que de 17 ans et qui finira par être arrêté le vendredi 24 mars à Clermont-Ferrand, après dix jours de traque et mis en examen lui aussi pour les trois meurtres et le viol.
 



Au cours des auditions, cinq autres jeunes avaient été mis en cause par les deux mis en examen. Des jeunes qui ont depuis bénéficié de non-lieux. Ils ne seront donc que deux à devoir répondre de ces actes, tous assortis de tortures ou de barbarie, du lundi 18 novembre au 23 novembre, devant la cour d’assises de l’Allier, où ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

 


Un procès qui pourrait se tenir à huis-clos, de façon totale ou partielle,  puisque l’un des deux accusés était mineur au moment des faits.
 

Le profil des accusés

Les deux jeunes hommes mis en examen sont issus de la communauté mahorais. Tous les deux ont été envoyés de Mayotte en Métropole par leur famille alors qu'ils étaient adolescents.
Le plus âgé, arrivé en 2013, était hébergé par son grand frère à Montluçon. Consommateur d'alcool et de stupéfiants, il était pris en charge par la mission locale et effectuait des stages en restauration.
Le plus jeune était en errance entre Clermont-Ferrand et Montluçon au moment des faits. En mars 2018, il a été condamné à huit mois d'emprisonnement, dont quatre ferme, par le tribunal pour enfants de Clermont-Ferrand pour avoir agressé un chef d'escale de la SNCF qui venait de prendre son service le 9 octobre 2016 au petit matin. Frappé à la tête et roué de coups, il avait été laissé pour mort, gisant dans une marre de sang. Au moment des faits, les empruntes papillaires relevées sur les lieux n'avaient pas permis son identification car il n'était pas enregistré dans le fichier des empruntes génétiques.

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