Après les suicides de Varces, l'Observatoire International des Prisons rappelle "le caractère exceptionnel de la détention provisoire"

Début avril, deux personnes détenues signalées comme suicidaires se sont donné la mort à la maison d'arrêt de Varces. L'OIP rappelle "le caractère exceptionnel de la détention provisoire: Toute personne mise en examen, présumée innocente, demeure libre."

Après les avocats qui ont interpellé la Chancellerie, c'est l'Observatoire International des Prisons qui monte au créneau. L'OIP pointe surtout la détention provisoire et précise que "les prévenus se suicident aujourd'hui plus que les condamnés". 

A Varces, l'un des deux détenus décédés avait 74 ans. Il se serait auto-strangulé dans son lit à l'aide de sa ceinture, le jour-même de son placement en détention provisoire. Mis en examen pour une affaires de moeurs sur mineurs, il avait déjà tenté de mettre fin à ses jours au tribunal, en déchirant une partie de sa chemise pour en faire une corde. "Ce qui n'avait pas empêché le juge d'instruction, avisé de cette tentative de suicide, de requérir un placement en détention provisoire et le juge des libertés et de la détention de la prononcer. Il semble que l'incarcération ait même été décidée pour prévenir tout risque de suicide alors que plusieurs études ont montré que l'incarcération est un moment à risque élevé", note l'OIP.

Les magistrats avaient néanmoins alerté du risque suicidaire important de ce prévenu dans la notice individuelle remise à l'administration pénitentiaire. Il a néanmoins mis fin à ses jours quelques heures après sa mise sous-écrou, à l’aide d'une ceinture.

Une semaine plus tard, le 17 avril, un jeune homme de 24 ans était retrouvé pendu en cellule dans la même maison d’arrêt. En détention provisoire depuis bientôt deux ans, il avait récemment été signalé "comme souffrant psychologiquement" et faisait l'objet d'une surveillance particulière.

Sursuicidité carcérale

"Alors que la France est régulièrement pointée du doigt pour sa sursuicidité carcérale, la prévention du suicide en prison reste pilotée par l'administration pénitentiaire, tandis qu'elle est dirigée par les autorités sanitaires dans d'autres pays européens", explique encore l'OIP, "or l'administration pénitentiaire privilégie des méthodes visant à empêcher le passage à l'acte suicidaire, dont certaines aggravent nécessairement l'état de santé mentale des personnes, comme le fait d'être réveillé au moins toutes les deux heures chaque nuit." 

Ces deux décès survenus en l'espace d’une semaine à la maison d’arrêt de Varces font suite à une série de cinq autres suicides enregistrés dans des prisons de Rhône-Alpes en un mois. 

L'OIP insiste donc sur "le caractère exceptionnel de la détention provisoire. "Toute personne mise en examen, présumée innocente, demeure libre. […] A titre exceptionnel, si les obligations du contrôle judiciaire ou de l'assignation à résidence avec surveillance électronique ne permettent pas d'atteindre ces objectifs, elle peut être placée en détention provisoire" justifie l'article 137 du code de procédure pénale.

Et l'organisation de souligner qu'une "politique de prévention du suicide n'est légitime et efficace que dans la mesure où elle cherche, non à contraindre le détenu à ne pas mourir, mais à le restaurer dans sa dimension de sujet et d’acteur de sa vie", circulaire du 29 mai 1998.