Séisme en Ardèche : la piste de l'origine humaine relancée

Le chercheur au CNRS, Jean-François Ritz, relance la polémique sur une possible origine humaine du tremblement de terre qui a touché l'Ardèche, la Drôme et une partie du Rhône le 11 novembre dernier. Dans une interview ce mardi 24 décembre, il révèle de nouveaux éléments troublants.

Le chercheur remarque le caractère très atypique du séisme qui a touché Le Teil, qui a notamment "cassé la surface (...) Et ça, dans les 100 dernières années, ça ne s'était jamais vu en France."
Le chercheur remarque le caractère très atypique du séisme qui a touché Le Teil, qui a notamment "cassé la surface (...) Et ça, dans les 100 dernières années, ça ne s'était jamais vu en France." © Michael Esdourrubailh / Maxppp
Dans une interview réalisée ce mardi 24 décembre, le chercheur au CNRS Jean-François Ritz relance l'hypothèse d'une origine liée à l'activité humaine du tremblement de terre qui a touché l'Ardèche, la Drôme et une partie du Rhône le 11 novembre dernier. Alors que cette piste avait été écartée 7 jours plus tôt notamment par une étude du CNRS, il révèle de nouveaux éléments troublants susceptibles de relancer la polémique.

Jean-François Ritz est chercheur CNRS au laboratoire Géosciences Montpellier et membre du groupe de travail sur le sujet. 


Ce séisme, de magnitude 5,4 sur l'échelle de Richter, est considéré comme modéré. Il a pourtant fait de nombreux dégâts, notamment dans la ville du Teil en Ardèche, pourquoi ?

J.F. Ritz : Ce séisme est atypique en France parce qu'il s'est produit à une très faible profondeur pour une magnitude 5, inférieure à un kilomètre. La deuxième chose, c'est qu'il a produit extrêmement peu de répliques, moins d'une dizaine, alors qu'on aurait pu s'attendre à une centaine de répliques de magnitude 3. La troisième chose c'est qu'il a cassé la surface - sur une longueur de 4,5 km - et ça, dans la période instrumentale, c'est-à-dire dans les 100 dernières années, ça ne s'était jamais vu en France. La dernière rupture de surface connue a été constatée lors du séisme de Lambesc (Bouches-du-Rhône) en 1909 (mesuré à l'époque à 6,2).

Une étude du CNRS a établi que son origine est "naturelle et causée par la pression entre les plaques" tectoniques. La thèse d'une influence de l'activité humaine est-elle à écarter totalement ?

J.F. Ritz : Non, on ne peut pas écarter totalement cette hypothèse. Il y a certaines données qui peuvent suggérer une corroboration entre la nucléation du séisme et la présence d'une carrière au-dessus de la faille. Il y a d'autres données qui suggèrent que l'épicentre n'est pas exactement cet endroit là, donc c'est quelque chose qui est encore en débat, qui devrait être pouvoir être précisé prochainement avec des mesures supplémentaires. 

Mais l'étude écarte l'impact des tirs de mines de la carrière de calcaire, propriété du groupe cimentier Lafarge, dans le séisme...

J.F. Ritz : L'effet anthropique qui interroge les géologues et sismologues, ce n'est pas celui des tirs de mines mais celui de la décharge, c'est-à-dire le déficit de masse dû à l'extraction du matériel de la carrière qui allège finalement la montagne et qui aurait permis à la contrainte tectonique qui s'accumule depuis longtemps de finalement s'exprimer au niveau de la faille. Ne serait-ce pas la petite pichenette
qui a permis à la force tectonique de devenir plus forte et de faire partir la faille ? C'est la question.

 

La faille ou Lafarge ?

Les questions soulevées par ce chercheur, selon les réponses que pourront y apporter les mesures étudiées, pourraient donc accréditer une plus grande part de responsabilité à l'activité humaine, bien qu'une précédente étude constatait que le séisme "s'est produit sur une faille préexistante". Cette étude estimait par ailleurs "possible que la couche marneuse épaisse puisse expliquer le nombre inhabituellement faible de répliques."  Elle concluait donc à "un rôle (...) négligeable" de la carrière du Teil, propriété du groupe cimentier Lafarge. 

Des scientifiques avaient à un moment émis l'hypothèse d'un "séisme déclenché", c'est-à-dire ayant pour origine une activité humaine, en l'espèce l'exploitation de cette carrière de calcaire.  Ce type de problème est connu. Ainsi, un séisme de magnitude 3,9, lié selon des experts à des forages de géothermie, avait ébranlé la région de Strasbourg le 12 novembre avant quatre secousses très légères, dont trois au moins causées par une activité humaine, début décembre, également en Alsace, selon le Réseau national de surveillance sismique.
 

Séisme atypique... Et dévastateur

Dans la Drôme et en Ardèche, le séisme du 11 novembre dernier, qui n'a duré que quelques secondes à la mi-journée, a provoqué de nombreux dégâts, en particulier au Teil, où près de 2 000 sinistrés sont toujours sans toits plus d'un mois après l'évènement. Il "s'est produit à faible profondeur, essentiellement à moins de 1 000 mètres, avec un mouvement de type montant/descendant sur un plan de faille". Mais il a touché de nombreuses communes environnantes, et a été ressenti jusque dans le Rhône. De nombreux bâtiments ayant été fragilisés dans cette ville de 8 500 habitants, le préfet de l'Ardèche a souhaité, par mesure de précaution, adapter l'arrêté autorisant les tirs de mine dans la carrière en limitant la vibration à 2 millimètres/seconde, soit 5 fois moins que la réglementation actuelle. La reprise des tirs doit se faire début janvier après information des élus, indiquait la préfecture à la mi-décembre.
 
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