Coronavirus : en Ardèche, les difficultés d'une maire en zone rurale pour faire vacciner ses habitants âgés

Au 21 janvier 2021, en Ardèche, 3974 personnes ont été vaccinées contre la Covid19. Ce chiffre atteignait 823 567 au niveau national le 21 janvier (90 883 en région Auvergne Rhône-Alpes). Dans les zones rurales reculées, l'accès à la vaccination est très compliqué. Exemple à Saint-Julien d'Intres. 

Après la Saône-et-Loire, c'est la Nièvre qui suspend la prise de nouveaux rendez-vous dans ses centres de vaccination.
Après la Saône-et-Loire, c'est la Nièvre qui suspend la prise de nouveaux rendez-vous dans ses centres de vaccination. © Felix Kästle/dpa/picture-alliance/Newscom/MaxPPP

La commune de Saint-Julien d'Intres compte 318 habitants. En l'absence de la secrétaire, la permanence à la mairie est assurée directement par Catherine Faure, madame le maire, le vendredi en fin de journée. Parmi les administrés, 49 habitants ont plus de 75 ans. Des sujets à priori tout indiqués pour faire partie du début de la campagne de vaccination contre la Covid19 sauf que... le centre le plus proche est à Lamastre, à 40 minutes par les petites routes départementales. C'est l'un des 5 centres vaccinaux qui ont ouvert dans le département de l'Ardèche, avec Privas, Annonay, Aubenas, et Guilherand-Granges. La préfecture assure faire le maximum : "L’objectif fixé par le Gouvernement étant d’un centre pour 100 000 habitants à la fin du mois, il est déjà atteint dans l’Ardèche avec 1 centre pour 48 000 habitants, pour répondre aux caractéristiques d’éloignement de certains habitants."

Il faut y aller à Lamastre, c'est pas facile"

Catherine Faure, Maire de Saint-Julien d'Intres

Pour Catherine Faure, on est loin du compte. "J'ai appelé la Préfecture au début des inscriptions. On m'a confirmé qu'aucun autre centre n'est prévu. Mais que les services sont en train de réfléchir à un bus itinérant, pour les jours où on aura un peu plus de doses. Pas de solution immédiate." Impossible, de toute façon, de joindre le centre de Lamastre par téléphone, sachant que les rendez-vous sont déjà saturés. A Saint-Julien d'Intres, toutes les personnes âgées n'ont pas internet. "Et puis la plupart n'ont pas de voiture. On est en pleine période hivernale. Il faut y aller à Lamastre, ce n'est pas facile" explique l'élue.

Au plus près de ses habitants

Des maires de communes voisines sont tout de même intervenus auprès de la Préfecture pour alerter, et demander l'ouverture de centres moins éloignés. Pas de réponse dans l'immédiat. En attendant des résultats, Catherine Faure s'organise comme elle peut : "J'ai appelé mes habitants, pour recenser déjà ceux qui souhaitent se faire vacciner. Je leur dis d'attendre un peu. Ils me font confiance." raconte-t-elle. "J'ai vu que la préfète a annoncé ces jours-ci qu'il y aurait peut-être, ultérieurement, une vaccination à domicile pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer. Donc je pense que c'est en train de bouger."

On a environ 90 % de volontaires. Je leur ai promis de les tenir au courant

Catherine Faure

Madame le maire temporise. Dans ce secteur fortement ruralisé, on a l'habitude : "Tous mes collègues sont dans le même cas. On a une population qui est vielilissante. Ma doyenne a 99 ans. Comment voulez-vous qu'elle aille à Lamastre se faire vacciner ?". Les habitants, eux, sont apparemment plutôt partants. "Quand je leur téléphone, je leur demande s'ils veulent se faire vacciner ou pas. On a environ 90 % de volontaires. Je leur ai promis de les tenir au courant, et que j'essayais d'obtenir quelque chose de plus proche. Ils ne sont pas à 5 minutes près non plus. A la campagne, les gens sont raisonnables".

Des français comme les autres

A 65 ans, Catherine Faure est à la retraite. Elle se définit elle-même comme "un élu de terrain" : "On vit avec nos habitants. Je suis passionnée par ma fonction. Qu'ils viennent nous voir, quoi. Les gens de la campagne ne sont pas exigeants. Mais à un moment donné, ils ont envie d'avoir les mêmes droits que tout le monde. Mais ils ne vont pas faire des manifestations, c'est sûr." Catherine redoute qu'à moyen terme, si cela devient trop compliqué, tout le monde ne lâche prise. "Si le maire, qui est à côté d'eux ne s'occupe pas d'eux, ils laisseront tomber. Moi, je refuse de les abandonner. C'est des français comme les autres. Ils ont des droits". Dans la difficulté, madame le maire ne perd son humour. "Dans mes habitants très âgés, une grosse vingtaine ont bien plus que 85 ans. Remarquez c'est bon signe : ça veut dire que chez nous on vit bien... et que l'on vit vieux" dit-elle en riant.

 

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