Industrie de la laine : en Ardèche, la douce sérénité des fondateurs d'Ardelaine, une aventure de longue haleine

A Saint-Pierreville, en Ardèche, l'entreprise Ardelaine file son destin en toute sérénité. Cette entreprise coopérative a relancé, il y a 40 ans, la production de laine en plein effondrement de ce secteur industriel. Aujourd'hui, c'est un modèle de réussite vertueuse.

40 ans après sa création, Ardelaine est une entreprise qui fait toujours figure d’exception. Vertueuse et autogérée par ses salariés, cette Scop, qui fabrique des matelas, couettes, vêtements en pure laine locale et bio depuis 1982, a été cofondée –avec 6 autres partenaires- par Béatrice Barras, à Saint-Pierreville en Ardèche.

Et pourtant, cela n’était pas gagné d’avance, comme se souvient Béatrice : « Vers 1975, on est tombés sur une ancienne filature de laine, qui était arrêtée depuis les années 60. Ensemble, on a fait le pari de restructurer une filière locale sur ce lieu, ce patrimoine. » Cette industrie était justement sur le point de s’effondrer. A l’époque, le bâtiment était en ruine et le matériel datait de l’époque préindustrielle. Les producteurs du coin avaient du mal à vendre leur laine, qu’ils étaient obligés de jeter.

Tous ces amis s’étaient installés dans ce beau département, avec la ferme intention de rénover cette friche industrielle, avant d’en relancer l’activité. « A l’époque, notre démarche un peu utopiste nous valaient des regards plutôt dubitatifs, et c’est bien normal » reconnaît Béatrice. Vouloir retravailler la laine des moutons d’Ardèche, à cette période, faisait plutôt sourire.

Et pourtant, l’aventure a trouvé sa voie, sous la forme d’une véritable entreprise coopérative. Tout le monde percevant à peu près le même salaire, à des niveaux modestes. « On savait bien qu’on ne pourrait pas, en travaillant cette matière de façon très artisanale, nous offrir des marges très conséquentes. Nous, on croyait à la laine… mais on croyait aussi au collectif. Se mettre ensemble et se lancer ce défi nous donnaient le sentiment de pouvoir bouger des montagnes » rappelle la cofondatrice, persuadée que c’est bien avant tout la force du collectif qui a permis de s’en sortir.

Pionniers du bio et de la responsabilité sociale

Ironie du temps et des évolutions : Ardelaine est aujourd’hui à la mode. C’est une entreprise bio, respectueuse de l’environnement et socialement responsable. De quoi faire pâlir d’envie les dirigeants des plus grandes marques. Une prise de conscience précoce et très salutaire : « Dans cette génération des années 70, on se posait déjà ces questions. On se demandait où on allait. Déjà on mangeait bio, on veillait à préserver des savoir-faire. Déjà on observait l’évolution de la société, et on critiquait l’agriculture industrielle. »

De modestes coopérateurs, sans lesquels la commune de Pierreville ne serait pas, aujourd’hui, aussi florissante de nos jours. « On a sans doute un peu contribué à sa notoriété » reconnaît-elle. Le site a développé le tourisme industriel dans ce département. Résultat : on compte environ 16 000 visiteurs par an dans ce village. La Scop compte désormais une cinquantaine de salariés, et un atelier supplémentaire à Valence, et un autre à Charlieu.

De véritables pionniers, qui ont aussi décidé de raconter, en créant une maison d’édition, les histoires de ces initiatives bien inspirées, qui ont su perdurer jusqu’à aujourd’hui. « Il reste encore pas mal d’exemples de réussite de ces entreprises pionnières dans le social, le bio » insiste Béatrice Barras.

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Béatrice Barras, cofondatrice de la scop Ardelaine

Une vie très satisfaisante

Cette année, la scop Ardelaine évolue. L’équipe historique est en train de céder sa place à une nouvelle génération. « A vrai dire, nous avons toujours connu ces changements. De nouveaux associés se sont joints à nous au fil des années. Actuellement, la direction est assurée par des trentenaires. Ils sont peut-être plus outillés que nous, les fondateurs, mais ils gardent exactement le même esprit. On leur fait vraiment confiance » se réjouit Béatrice Barras qui regarde le passé sans aucune amertume. « Nous avons eu vraiment la chance d’avoir une vie satisfaisante, avec un projet qui a constamment évolué, quelque soient les difficultés »

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