"Y en a que ça démange de tirer du loup", en Ardèche, l'autorisation de tirs de protection divise éleveurs et défenseurs

Les attaques de loups se multiplient. En Ardèche, la préfecture devrait prochainement autoriser les tirs de défense contre l'animal. Plusieurs communes du plateau du Coiron sont concernées.

Protéger les éleveurs et leurs troupeaux. C'est ce que souhaite la préfecture de l'Ardèche suite à la multiplication d'attaques sur le plateau du Coiron. Des solutions sont proposées et vont être mises en place. Mais certaines font débat entre éleveurs et défenseurs des animaux.

Vers une autorisation du tir de défense

Pour lutter contre les attaques, éleveurs et institutions se mobilisent. Les premiers mettent en place des actions de protection pour éviter d’exposer inutilement leurs troupeaux comme par exemple rentrer les bêtes qui pâturent.

Mais il ne s’agit que de premiers éléments de réponse selon le préfet de l’Ardèche, Thierry Devimeux. "Le deuxième élément de réponse rapide c’est de permettre aux éleveurs de faire des tirs d’éffarouchement, voire des tirs de protection, de défense, uniquement pour protéger son troupeau.

Il ne s’agit pas d’ouvrir la chasse aux loups mais de protéger ses bêtes en cas d’attaque d’un animal.

Thierry Devimeaux, préfet de l'Ardèche

Un système de surveillance par appareil photo auto est aussi mis en place. Le Conseil départemental a accepté d’acheter cinq appareils photo supplémentaires pour quadriller la zone du Coiron.

Autre solution : l'aide de l'Etat, qui finance également aux éleveurs qui le souhaitent des clôtures électriques. Mais le préfet de l'Ardèche souligne que cette mesure est plus compliquée à mettre en place depuis que les troupeaux se déplacent dans des zones plus ou moins boisées. 

Du côté des éleveurs, un très fort émoi se fait sentir.

Découvrir le matin dans son champ des brebis égorgées, ce n’est absolument pas agréable.

Thierry Devimeux, préfet de l'Ardèche

Il ajoute : "Les éleveurs sont en train de s’organiser pour protéger leurs troupeaux. Nous devons nous saisir collectivement du sujet pour apporter une réponse rapide et efficace".

"Y en a que ça démange de tirer du loup"

Les défenseurs des animaux comprennent l'urgence de la situation et le désarroi de certains éleveurs mais ils se méfient des abus que pourrait entraîner une telle dérogation. 

"Que les attaques soient perpétrées par des chiens errants ou des loups, il faut protéger les troupeaux donc il y a une partie des mesures du préfet qui est  bonne : mettre des caméras pour étudier les choses c’est quand même ce qu’il y a de plus intelligent à faire et on aurait pu y penser il y a des années. Toutes les mesures de protection, les barrières électriques c’est très bien aussi".

En revanche, ce qui nous inquiète, c’est cette autorisation de tirs de défense à des gens qui ne sont pas contrôlés et dans des endroits où il n’y aura pas personne pour le faire. Y en a que ça démange de tirer du loup.

de Marc Giraud, porte-parole de l’Aspas, Association pour la protection des animaux sauvages.

Pour l'instant seul les tirs d’effarouchement sont permis. L'autorisation des tirs de défense n’est pas officielle. Elle ne le sera que dans les prochains jours et uniquement pour les éleveurs qui auront appliqué toutes les mesures de protection y compris les clôtures électriques.

 

De plus en plus d'attaques

L’histoire commence en mai 2021 où un automobiliste prend en photo un loup sur le bord de la route à Bourg-Saint-Andeol. Depuis, les attaques de troupeaux se sont multipliées sur le massif du Coiron. 9 depuis le début du mois de mai dont 5 qui pourraient être imputables aux loups selon le préfet Thierry Devimeux. En Ardèche, il n'y pas eu d’attaque de loups depuis 2014. "Et encore c’était sur le plateau ardéchois, à proximité de la Lozère", rappelle le préfet avant d'ajouter "Dans cette partie du territoire, sur le plateau du Coiron, c’est la première fois que ça arrive, ça surprend. Je comprends et je partage cet émoi".

Concernant la dernière attaque, Thierry Devimeux rappelle qu'il n'y a pas de certitude qu'un loup en soit à l’origine même si certains indices le laissent supposer. Pour le moment, il n’y a pas eu de confirmations visuelles ou de traces. Des féces ont toutefois été relevées.

J’espère que les analyses génétiques de ces féces nous permettront de savoir s’il s’agit d’un loup ou d’un chien.

Thierry Devimeux

Si la mise en place des tirs de protection est fortement envisagée, le préfet de l'Ardèche appelle à réfléchir à moyen terme, et à regarder comment mieux appréhender les systèmes d’élevage pour que l’activité pastorale puisse continuer de se développer. "Nous devons réfléchir à comment concilier les impératifs de protection d’un animal qui est protégé au niveau européen avec le maintien d’une activité d’élevage", affirme-t-il.


Faire cohabiter le loup et l'homme, un objectif qui pose problème depuis plusieurs années.

On sait que le loup est à nos portes. Il va falloir vivre avec cette idée-là. Et vivre avec, ça ne veut pas dire baisser la garde, ça veut dire mettre en place tous les moyens pour que les activités d’élevage puisse continuer à se développer dans un cadre partagé.

Thierry Devimeux, préfet de l'Ardèche

 

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