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Bayard, les scientifiques naviguent entre légende et réalité

Chevalier sans peur et sans reproche adulé pour ses actes de bravoure, Bayard a été élevé au rang de modèle national après sa mort. Mais, 500 après la bataille de Marignan qui a fait sa gloire, les chercheurs s'interrogent sur l'authenticité des histoires qui circulent à son sujet.
© France 3 Alpes
Les restes du chevalier Bayard sont-ils vraiment conservés dans la collégiale Saint-André de Grenoble? En 1822, date à laquelle le corps du héros est transféré d'une abbaye vers la collégiale, cela ne fait aucun doute. Mais les historiens n'ont aucune preuve que le corps soit vraiment là, malgré des fouilles entreprises en 1937.

D'après eux, ce mausolée à la gloire des exploits du soldat a été dressé par le régime de l'époque pour récupérer le mythe, et redorer son blason. Devant la collégiale, Bayard regarde le ciel, épée au poing. Une statue érigée, elle aussi, au 19e siècle. "Ici on voit exaltées les vertus de courage, de force, de foi et de loyauté à l'égard du régime, du roi. C'est une statue qui date de l'époque de la Restauration, donc d'un retour à certaines valeurs de la monarchie", indique Stéphane Gal, enseignant chercheur en Histoire à l'Université de Grenoble (Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes)

Un petit noble devenu héros

Petit noble du Grésivaudan, natif de Pontcharra, Pierre Terrail de Bayard est devenu héros national sous François 1er, au début du XVIe siècle. Neveu de l'évêque de Grenoble, il s'engage dans l'armée à l'âge de 14 ans, et il forge sa légende en servant le roi; notamment en 1515, à Marignan, près de Milan, une victoire dont on commémore les 500 ans. Connu pour un être un fin stratège, il est surnommé "chevalier sans peur et sans reproche" par ses contemporains.


La fin de la chevalerie

En 1524, il est mortellement blessé par un coup d'arquebuse, une des premières armes à feu portative sur la bataille de Pavie. Le fait qu'il soit tué à distance sur un champ de bataille sonne symboliquement la fin de la chevalerie au profit de l'artillerie.

Moins d'un an plus tard, la défaite de Pavie est un désastre que la royauté tente d'occulter: François 1er est fait prisonnier par les troupes de l'empereur Habsbourg, Charles Quint, et l'armée française doit quitter l'Italie. Le pays manque de modèle: le régime s'empare alors de l'histoire de Bayard pour en faire un héros national.

"On va réécrire la vie de Bayard en exaltant ses vertus"

Quelques années après sa mort, les faits d'armes du héros sont racontés dans des chroniques par un de ses compagnons. La légende commence à prendre le pas sur la réalité. "On va réécrire la vie de Bayard en exaltant ses vertus, en augmentant un peu sans doute l'histoire le gloire du personnage de manière à donner un modèle à la France qui n'en a plus après cette défaite de Pavie", explique Stéphane Gal. 

D'après des récits de l'époque, Bayard aurait adoubé lui-même François 1er. Cette thèse est remise en cause par de nombreux historiens.

Le mythe posthume a traversé les siècles, célébré sous tous les régimes politiques: les royalistes, les révolutionnaires et, plus tard, le régime de Vichy et les réseaux de résistants. Dans les années 1960, le mythe s'essouffle. Il est récupéré par les publicitaires qui utilisent son image d'homme fort. Le Chevalier Bayard devient un personnage romanesque et de bande dessinée.

Reportage de Xavier Schmitt et Jean-Pierre Rivet
durée de la vidéo: 03 min 20
Chevalier Bayard

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