Ce petit poisson qui inquiète les pêcheurs du Cantal

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Écrit par Solenne Barlot .

Il fait à peine quelques centimètres et pourtant, ce petit poisson pourrait bien faire des ravages s'il colonisait les cours d’eau du Cantal : le pseudorasbora parva, une espèce exotique venue d’Asie, a été découverte dans un étang à Aurillac.

C’est à l’étang de la Fraternité, à Aurillac, que la menace a été découverte : il mesure à peine quelques centimètres et pourtant, il met en alerte tout le Cantal : “Au moment de l'organisation de la fête de la pêche à Aurillac le 16 octobre, on avait mis en place des ateliers de pêche pour les enfants et les adultes. Ce plan d'eau n’est pas pêché normalement. Au fil de la journée, on a découvert la présence de ces poissons-là, de ce fameux goujon asiatique. Par chance, nos bénévoles connaissent un petit peu ces espèces. On l'a signalé à la Fédération de pêche qui, après une pêche électrique, qui est une méthode plus scientifique, a permis effectivement de repérer ces poissons”, explique Laurent Decadi, président de l’AAPPMA, l’Association de pêche d’Aurillac.

Une espèce "invasive et dangereuse"

Des mesures drastiques ont été prises pour éradiquer cette espèce, car malgré son air inoffensif, ce poisson peut être porteur sain d’un virus qui pourrait bien décimer la biodiversité, selon Laurent Decadi. “C’est une espèce invasive, dangereuse, qui est réglementée. Le risque de ce poisson, c'est de transmettre un virus qui pourrait anéantir les populations piscicoles du Cantal et notamment des cours d'eau qui seraient reliés à ce bassin.” Il est notamment inquiet pour la rivière La Jordanne.

L’association a donc alerté la municipalité, qui a pris les devants : “Il y a d'autres espèces, notamment des carpes Koï. On ne sait pas si elles sont infestées. On travaille un peu dans l'urgence alors on va éradiquer toute la faune piscicole, on part du principe que les autres espèces sont infestées. On ne va pas prendre de risque pour la sécurité des cours d'eau en aval”, indique Dominique Payrot, référent environnement et développement durable. Pour lui, le risque de contamination est faible, même s’il existe bel et bien : “On part du principe que les eaux, bien qu'elles ne soient pas complètement closes, n’ont pas pu se répandre via l'exutoire qui existe sur les autres cours d'eau, faute de pluies importantes. On n'a pas fait de recherche ailleurs, en espérant que l’espèce soit restée cantonnée à cet étang. On ne peut pas exclure qu'il y ait un pêcheur par exemple, qui vienne prélever, et qui s'en serve, je ne sais pas, pour le prendre chez lui ou pêcher autre chose. On ne peut pas exclure ce genre de dissémination. C'est relativement inquiétant, mais on a répondu le plus vite possible.” 

Des mesures radicales

La seule solution sera une vidange complète du bassin et la récupération des poissons potentiellement infectés pour une euthanasie, non seulement de l’espèce invasive mais aussi des poissons qu’elle côtoie. Une fois que le bassin sera sec, on va mettre de la chaux vive sur l'étang pour finir de désinfecter des parasites qui resteraient”, ajoute Dominique Payrot. Laurent Decadi est très inquiet : “C'est une première dans le Cantal. C’est préoccupant parce qu'on a peur de contaminer nos plans d'eau. Ce petit étang, c'est un peu comme un bassin de rétention des eaux pluviales de toute la commune d'Aurillac. Le risque, c’est le débordement. On a pris la chose très au sérieux.” 

"On peut provoquer de grands dégâts si on n'y prend pas garde"

Il ignore l’origine de la contamination : “On est incapable de dire comment c'est arrivé puisque la pêche n'était pas pratiquée dans ce plan d’eau. On ne sait pas si ça fait des mois ou des années qu’ils sont là. On ne sait pas du tout. On veut faire prendre conscience du risque encouru pour les autres populations piscicoles de nos cours d'eau. Le but n’est pas d'exterminer ces poissons mais le risque est trop fort". Pour Dominique Payrot, la contamination vient probablement de la main de l’homme : “Sur le plan d'eau, les gens se débarrassent parfois de ce qu'ils ont en trop chez eux ou quand cela ne convient plus, comme on peut le faire avec d'autres espèces. C’est bien malheureux mais que ce soit les tortues de Floride ou le goujon asiatique, ce sont 2 espèces envahissantes qui ont un statut particulier et dont il faut se débarrasser. Des fois, on ne se rend pas compte mais on peut provoquer de grands dégâts si on n'y prend pas garde”. Pour l’heure, aucune trace du nuisible n’a été relevée dans d’autres cours d’eau du Cantal.  

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