Coronavirus COVID 19. Dans le Cantal : "Certaines boulangeries ne vont pas survivre"

Pendant cette crise liée à l'épidémie de coronavirus, il y a deux poids, deux mesures. Les boulangers des champs et les boulangers des villes. Dans le Cantal, par exemple, les habitudes de consommation ont changé. Certaines boulangeries des zones périurbaines sont en grande difficulté.

A cause de l'épidémie, les habitudes des consommateurs ont changées. Les boulangeries des zones périurbaines sont particulièrement impactées.
A cause de l'épidémie, les habitudes des consommateurs ont changées. Les boulangeries des zones périurbaines sont particulièrement impactées. © Rémy PERRIN/MaxPPP
C'est une période difficile pour les commerçants. A cause du confinement lié à l'épidémie de coronavirus, les consommateurs ont changé leurs habitudes, même les plus ancrées. Certains ont cessé d'aller chercher leur pain tous les jours par exemple. Dans le Cantal, certaines boulangeries proches des grandes villes sont même désertées au profit des grandes surfaces.


En moyenne, entre 50 et 80% de pertes dans une boulangerie 

"C'est une catastrophe !" lance Christian Vabret, le président de la fédération des boulangers du Cantal. "Certaines boulangeries ne vont pas survivre à cette période. Surtout celles qui sont dans les villes ou juste à côté. Maintenant, les gens ne vont plus que dans un magasin : la grande surface ! Et ils achètent tout là bas ! Ils ne se déplacent plus dans les boulangeries." se désole Christian Vabret. "D'habitude, en plus des clients habituels ou de passage, il y a les livraisons aux restaurants, les commandes pour les mariages, les communions, les baptêmes,... mais là, c'est terminé."  
Le président de la fédération des boulangers du Cantal a interrogé les artisans : "Ils ont entre 50 et 80% de pertes chaque jour. On estime que 20% d'entres eux sont en très grande difficulté. Ils risquent de mettre la clé sous la porte." 

Si certains commerces bénéficient d'aides pendant cette période, ça n'est pas le cas des boulangeries car elles ont le droit de rester ouvertes. "Les patrons payent les mêmes charges pour leurs employés. Ils doivent, pour beaucoup, continuer de payer leur loyer, leurs emprunts... tout ça avec un chiffre d'affaires catastrophique" explique Christian Vabret.

Boulangeries des villes, boulangeries des champs

Daniel Gladines est boulanger dans le Cantal. Il possède deux établissements ; un à Saint-Martin-Valmeroux, en zone très rurale, qu'il a hérité de ses parents. Et l'autre à Naucelles, une cité-dortoir proche d'Aurillac, dans une zone périurbaine. Il a investi dans cet établissement, construit au bord d'une route nationale très passante, il y a trois ans et y a installé ses deux fils boulangers. Il a 16 employés au total.

"Nous, on a choisi de conserver les mêmes horaires d'ouverture, on est juste fermé le dimanche parce qu'on n'avait que des promeneurs ce jour-là. Maintenant c'est désert" explique Daniel Gladines.  

Depuis le début du confinement le boulanger remarque que les habitudes des consommateurs ont changé :"Déjà, il y a de grosses différences entre mes deux boulangeries. On garde pratiquement le même chiffre d'affaires dans celle de Saint-Martin-Valmeroux, en pleine campagne. Nos clients ont juste opté pour des pains qui se conservent longtemps mais ils continuent de venir régulièrement". En revanche, celle de Naucelles va mal : "Entre le crédit, le loyer, les charges, on doit sortir entre 10 000 et 12 000 euros par mois. Et en ce moment la fréquentation est en chute libre, on a perdu presque la moitié de nos clients. Les gens vont dans les grandes surfaces où ils ont tout sous la main. Ils préfèrent acheter du pain surgelé et réchauffé..." se désole Daniel Gladines.

S'il a décidé de ne plus se verser de salaire pendant quelques mois, le boulanger n'a pas changé les habitudes de ses salariés. "Au début de la crise je leur ai demandé s'ils avaient peur, s'ils souhaitaient rester chez eux. Mais tout le monde a voulu continuer. Pour ça, je leur tire mon chapeau ! J'ai acheté pour 2 000€ de produits pour les protéger ; des visières, des masques, des gants, du gel hydroalcoolique...".

La peur de l'après

Est-ce que les consommateurs vont reprendre leurs habitudes ? C'est la question qui travaille Daniel Gladines. "Je suis presque plus inquiet pour la reprise que pour la période actuelle. J'ai peur que les clients ne reviennent pas. Et puis, l'été risque d'être difficile, on ne sait toujours pas si les gens vont pouvoir partir en vacances. Et nous, pendant cette saison, on fait 30% de notre chiffre d'affaires annuel grâce aux touristes."

Le président de la fédération des boulangers du Cantal lance un appel : "Il va falloir que les consommateurs fassent des achats citoyens. Qu'ils réfléchissent à la qualité des produits qu'ils achètent. Qu'ils pensent à la traçabilité. C'est la survie de leurs petits artisans qui est en jeu."

 







 
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