Un père et son fils soupçonnés de traite d'êtres humains devant la justice à Aurillac

Un exploitant forestier et son fils, originaires du Maroc, comparaissent jeudi devant le tribunal correctionnel d'Aurillac (Cantal) pour avoir séquestré, extorqué et réduit quasiment en esclavage deux jeunes hommes venus de leur village natal.

L'affaire débute en mars 2014 lorsque les deux hommes font venir du Maroc deux jeunes désireux de travailler en France, moyennant la somme de 7 000 euros pour chacune des victimes. À leur arrivée dans le Cantal, à Saint-Paul-des-Landes, près d'Aurillac, les victimes, âgées de 21 et 22 ans, se voient confisquer leurs passeports.
           
Pendant plusieurs mois, elles travaillent "tous les jours sans exception", "dès cinq heures du matin", sans être payées. Leur tâche consiste principalement à arracher la gentiane, "une activité particulièrement dure et physique", selon le parquet d'Aurillac. Logés dans des conditions indignes, avec pour seul lit un matelas posé sur le sol, les jeunes travailleurs subissent par ailleurs violences, intimidations et chantage.
 
A la suite d'un signalement de l'hôpital de la cité cantalienne, auprès duquel les victimes se sont plaintes lors d'une consultation, une enquête est ouverte en août dernier, menée entre autres par les gendarmes de la communauté de brigades d'Aurillac et la brigade de recherche. Un autre signalement émanant de proches de l'une des familles marocaines alerte aussi les enquêteurs sur leur calvaire. Mais en septembre, les prévenus emmènent les deux jeunes au Maroc pour récupérer une partie des 7 000 euros, qui n'avait pas encore été réunie par la famille de l'une des victimes. Sur le trajet, en Espagne, l'un d'eux réussit à prendre la fuite tandis que son compagnon d'infortune est finalement relâché.
           
L'un des deux Marocains reviendra ensuite porter plainte à Aurillac. Le père et son fils ont été interpellés en décembre dernier. Les passeports confisqués, de même que des documents vierges (que les victimes avaient été obligées de signer après avoir été ligotées dans un bois) ont été retrouvés à leurs domiciles. Des véhicules, des téléphones et une corde, ayant probablement servi lors de la séquestration, ont également été saisis.
           
Poursuivis des chefs de traite d'être humains (uniquement le père), d'enlèvement, de séquestration et d'extorsion avec violences, ils encourent chacun  dix ans de prison, de même qu'une interdiction de territoire et la confiscation de tous leurs biens.
           
Craignant des représailles, les deux jeunes hommes ne seront pas présents à l'audience mais représentés par un avocat.