Désert médical : "Je suis au bout", un pharmacien du Cantal en grève de la faim

Publié le Mis à jour le
Écrit par C. L avec L.Théodore

Fin janvier, un pharmacien du Cantal a entamé une grève de la faim. Il veut dénoncer les "règles obsolètes" des organismes de sécurité sociale qui refuseraient les remboursements liés à des ordonnances qui ne seraient pas renouvelées à temps, faute de médecins spécialistes, dans le département. Pour assurer la continuité des soins, il se dit obligé d'être dans l'illégalité.

Depuis le mardi 25 janvier, Fabrice Mathieu, pharmacien à Neuvéglise-sur-Truyère dans le Cantal fait une grève de la faim. Affaibli après 4 jours de combat, il est déterminé à se faire entendre coûte que coûte. Il explique : « Je suis au bout. Après on verra. Je ne vois pas d’autre solution car personne n’a voulu m’entendre jusque-là. Avec la réalité démographique, il y a certaines règles obsolètes qui ne sont plus tenables ».    

Un casse-tête pour le pharmacien

Dans sa pharmacie, des ordonnances pour des prescriptions vitales ne seraient pas renouvelées dans les temps et seraient incomplètes, ce qui forcerait le pharmacien à outrepasser certaines règles, dans l'intérêt des patients. Un vrai casse-tête pour le pharmacien. Fabrice Mathieu indique : « Je dois délivrer un lit anti-escarres. Je ne vais pas laisser le patient qui a besoin d’être alité sur le sommier métallique. Là, la caisse me retoque le matelas et me réclame le montant du matelas au titre qu’il n’était pas prescrit initialement sur l’ordonnance. J’ai plein de cas comme cela ».               

Le problème du désert médical

La Caisse Primaire d’Assurance Maladie et la Mutualité Sociale Agricole lui réclameraient plusieurs dizaines de milliers d'euros. Pour Fabrice, il s'agirait surtout d'assurer la continuité des soins en plein désert médical. Solange Chauliac est l'une de ses clientes. Depuis 2015, elle a besoin d'une machine pour l'aider à respirer la nuit. Solange Chauliac souligne : « Déjà, les rendez-vous ne sont pas faciles à prendre, les délais sont très longs. Pour le cardiologue, je dois être suivie régulièrement, ça fait un an que j’ai pris rendez-vous ». Fabrice Mathieu ajoute : « Je me vois mal lui enlever le matériel sous prétexte qu’il y a un trou d’air de quatre mois ou cinq mois entre les deux consultations chez le spécialiste. Moi j’y suis pour rien. Je ne devrais pas être embêté pour cela ».  

durée de la vidéo: 02 min 01
Un pharmacien du Cantal en grève de la faim ©L. Théodore / L. Ribes

Un dossier en cours d'instruction

La démarche de Fabrice Mathieu sera-t-elle jugée hors des clous ? Son dossier est en cours instruction par les organismes de sécurité sociale qui se refusent, pour l'heure, à tout commentaire.