COMPARATIF. Coronavirus : quel est le meilleur masque alternatif à faire soi-même ?

Un masque "grand public" cousu maison. / © Leyla Vidal/MaxPPP
Un masque "grand public" cousu maison. / © Leyla Vidal/MaxPPP

Depuis le début du confinement, des centaines de tutoriels ont été mis en ligne par de bonnes âmes pour aider le grand public à réaliser ses propres masques de protection contre le Covid-19. Et parmi tout ce choix, il est parfois difficile de s'y retrouver...

Par Thomas Hermans

Masque ou pas masque ? Depuis le début du confinement, tout et son contraire a pu être dit sur l'utilité des masques pour l'intégralité de la population. Les instances médicales et l'Etat ont ainsi affirmé pendant plusieurs semaines que le port des masques pour la population était inutile, avant de faire volte-face il y a quelques jours.

Vendredi 3 avril, l'Académie de médecine a recommandé l'usage d'un masque "grand public" ou "alternatif" pour tous les personnels non-soignants. Alternatifs car ces masques ne sont pas des dispositifs médicaux, les masques FFP2 et chirurgicaux allant en priorité aux personnels soignants.

Ces masques alternatifs, le gouvernement en a établi deux catégories officielles. La première est réservée aux professionnels en contact avec le public, et doit pouvoir contenir 90% des particules de 3 micromètres (1000 micromètres = 1 millimètre) ; la deuxième est à visée collective et bloque 70% des particules de 3 micromètres. 

Et même si nombre d'entreprises, notamment dans le textile, convertissent leurs fabriques à la confection de tels masques homologués, la population risque d'attendre encore un peu avant d'en avoir en réserve.
 

Protéger les autres des postillons transmetteurs


La solution est alors toute trouvée pour ceux qui veulent augmenter leurs chances (ou diminuer leurs risques) de protéger les autres de leurs postillons : les masques "maison", fabriqués soi-même avec plus ou moins de tissu, de temps et de technique manuelle.

Ces masques artisanaux sont qualifiés par le site stop-postillons.fr (élaboré par plusieurs médecins des Hauts-de-France) d'"écrans anti-postillons". Car ce sont les postillons d'une personne infectée, même asymptômatique, qui diffusent le virus.

Il est important de rappeler que ces masques sont, comme l'expliquent les médecins de stop-postillons, "à défaut de masques certifiés, [...] mieux que rien".

Mais ce ne sont pas des dispositifs médicaux. Ils ne remplacent en aucun cas les gestes barrières recommandés par l'Etat et les instances médicales. A savoir en premier lieu rester chez soi, se tenir à plus d'un mètre des autres, éternuer et tousser dans son coude notamment, ne pas se toucher le visage et se laver les mains très régulièrement.

Alors en tissu, en papier, ou en plastique ; à faire en deux minutes ou en deux heures ; avec un matériel de couture ou avec ses mains et un peu de débrouillardise, voici quelques moyens de protéger les autres de ses postillons. 
 
  • Le plus efficace
C'est le masque qui répond à la norme fixée par l'Afnor, l'Agence française de normalisation. "Un bon masque doit nous permettre de respirer, tout en bloquant le maximum de particules. Le masque qui suit les critères de l'Afnor est celui qui concilie le mieux étanchéité et respiration", explique Caroline Bervas, pharmacienne hygiéniste au Centre d'appui pour la prévention des infections associées aux soins (CPias) de Nouvelle-Aquitaine.

Pour résumer, l'Afnor dicte dans sa norme trois grandes lignes de conduite pour ses deux types de masques :
- 2 ou 3 couches de tissu superposées (les possibilités de tissu sont listées dans le document, ce que tout le monde a sous la main c'est du coton aux alentours de 150g/m2, ce qui correspond à un drap un petit peu épais)
- pas de couture verticale au milieu
- faciliter l'englobement du menton et du nez, et laisser le moins d'espace entre le masque et les joues.

L'Afnor recommande également un lavage après chaque utilisation, lavage à 60°C, pendant au moins 30 minutes.

La réalisation de ce masque nécessite un peu de technique de couture, mais n'est pas le plus compliqué à concevoir avec ce qu'on peut trouver chez soi. Pour le réaliser, vous pouvez suivre le tutoriel ci-dessous :
 

L'Afnor met en ligne sur son site les patrons et les indications à suivre pour réaliser des masques conformes. Depuis leur mise en ligne, ces documents ont été téléchargés plus de 360 000 fois. Une plateforme de l'Afnor propose de mettre en relation fabricants (entreprises ou particuliers), de tels masques (donnés ou vendus à prix coutant) et demandeurs.
 
  • Le tout simple
C'est le plus facile à faire quand on a rien sous la main. Il a l'avantage de ne pas avoir de couture verticale, et d'être réalisable en deux temps trois mouvements avec un bout de tissu et deux élastiques.
Un modèle même recommandé par le chef de service médical des armées des Etats-Unis. Idéal pour faire la guerre au coronavirus ? Pas si sûr.

Sur la première vidéo, "le tissu a l'air très léger" et ne filtrera peut-être pas grand chose, note Caroline Bervas. L'ajustement semble laisser à désirer, le tissu ayant "l'air de bailler au niveau du menton". De plus, selon l'hygiéniste, le tissu risque de glisser, n'étant maintenu que par des élastiques.


En somme, un modèle de masque à éviter si vous avez le nécessaire de couture pour fabriquer un masque à la norme de l'Afnor.
 
  • Celui du CHU de Grenoble
Elaboré par le CHU de Grenoble, ce patron et tutoriel pour un masque en tissu a fait un beau voyage sur le web. Au 7 avril 2020, les cinq vidéos tutoriels les plus vues sur ce patron cumulent 3,5 millions de vues sur Youtube. Et c'est ce patron qu'ont choisi les bénévoles du massif de la Chartreuse. Pourtant, il n'est pas nécessairement la meilleure solution. 
 

"Ce masque englobe bien, note Caroline Bervas, mais la couture verticale du nez au menton est son point faible. Elle va être tirée par les élastiques, et devenir un point faible dans l'étanchéité du masque, alors que ça devrait être justement le point le plus étanche."

Mais alors comment expliquer le succès de ce masque sur internet ? "Le CHU de Grenoble a eu le mérite de rendre accessible ce masque quand il n'y avait encore aucune norme et pour répondre à une situation d'urgence", précise Caroline Bervas. La norme venue, peut-être faut-il désormais changer de modèle.
 
  • Celui qui n'est pas un masque
Non, ce dispositif n'est pas fait pour faire de la soudure, mais bien pour lutter contre l'épidémie de coronavirus. Il ne s'agit plus d'un masque mais d'un "écran facial", comme décrit dans la vidéo ci-dessous. Fait de plexiglass, il entoure le visage pour limiter le voyage du virus.

Simple mais pas forcément efficace selon Caroline Bervas :

L'écran de protection limite l'exposition aux projections venant de l'extérieur et protège les trois portes d'entrée du virus (oeil, nez, bouche), donc c'est une protection pour soi-même (pas la plus efficace non plus). Par contre, elle ne va pas protéger les autres puisque si la personne éternue, elle va émettre des projections dans l'environnement vers les personnes à proximité. 

De plus, l'hygiéniste suppose que cet écran "va rapidement devenir sale" et devra être "jeté dés qu'il a été utilisé car je ne pense pas que l'on puisse correctement l'entretenir en raison de l'élastique et des agrafes". Pour un équipement aux attaches plus adaptées, ceux qui le veulent peuvent se tourner vers le site SOSEquipements.
 
  • Le loufoque
Pour les moins manuels d'entre nous, il reste toujours cette option, proposée sur Twitter : avec un peu de dextérité, un beau caleçon se transforme en un masque/cagoule design et original. Encore plus que pour les autres masques, le lavage est fortement recommandé pour ce modèle.

Niveau efficacité, l'unique épaisseur d'un tissu non absorbant, et la potentielle élasticité des fibres rendra ce filtre très peu efficace. Pour vraiment fonctionner, "il faudrait que le caleçon soit en tissu adapté avec minimum deux couches et que ce soit respirable", note Caroline Brevas. A éviter donc si l'objectif est de protéger les autres, et à essayer s'il s'agit de les amuser.
 

D'autres tutoriels proposent de fabriquer un masque en papier (absorbant ou à nappe par exemple). Une mauvaise idée selon Caroline Bervas :

Le tissu complètement absorbant va se mouiller sur toutes les couches très rapidement et à mon sens se déchirer très vite. On essaye au contraire d'être le plus "étanche" possible tout en ayant une respirabilité correcte.

L'Afnor signale par ailleurs que la norme risque de varier au fur et à mesure de l'évolution de nos connaissances sur l'épidémie. En attendant, le masque proposé par l'agence semble être, pour le moment, le plus efficace à la portée du grand public.

 

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