Coronavirus COVID 19 : les masques en tissu sont-ils vraiment efficaces ?

En raison de l'épidémie de coronavirus, certains citoyens se mettent à fabriquer des masques en tissu pour pallier le manque de masques chirurgicaux. / © Aurélie Lagain / Maxppp
En raison de l'épidémie de coronavirus, certains citoyens se mettent à fabriquer des masques en tissu pour pallier le manque de masques chirurgicaux. / © Aurélie Lagain / Maxppp

Entreprises, soignants, citoyens, etc. se mettent généreusement à fabriquer des masques en tissu depuis la semaine dernière. Et ce, pour proposer une solution palliative au manque de masques en France en cette période de crise sanitaire. Mais qu'en est-il de l'efficacité ? On fait le point. 

Par Flore Caron

Les soignants du CHU de Grenoble ont reçu vendredi 13 mars des patrons pour fabriquer des masques en tissu et l'hôpital a précisé que ces documents avaient été envoyés "en vue d'une éventuelle pénurie".

Mais bien qu'ils ne soient pas destinés à être utilisés tout de suite et maintenant, beaucoup de soignants et de citoyens bénévoles se sont empressés de fabriquer lesdits masques. Reste à présent à savoir si ces confections sont efficaces. Nous avons posé la question à plusieurs professionnels. 
 
 

"Une fausse bonne idée" 

"C'est une fausse bonne idée" pour Bruno Grandbastien, président de la Société française d'hygiène hospitalière. Les masques FFP2 et chirurgicaux répondent à des normes (EN 149), ce qui n'est pas le cas des masques en tissu. "Nous ne possédons aucune donnée sur ces masques", ajoute-t-il. Pour lui, "il est hors de question de proposer des masques en tissu aux soignants". 

D'après le professionnel, les masques doivent remplir deux fonctions : protéger le soignant de la projection de gouttelettes émises par autrui et protéger autrui lorsque l'on tousse soi-même, épargner les autres des postillons et des particules. Fonctions que, pour lui, les masques en tissus ne remplissent pas ou que partiellement. "On ne peut pas mettre en danger les soignants", martèle-t-il. 

"C'est mieux que rien du tout, mais pas pour les soignants, considère le professionnel. Il faut mettre l'énergie des pouvoirs publics sur la mise à disposition des masques chirurgicaux et FFP2 répondant aux normes des professions de santé", déclare-t-il. 
 

"Une question de bon sens"

"On a peu de données sur ces masques en tissu et en même temps avec une question de bon sens, des masques faits en tissu très résistants, triple épaisseur c'est évident qu'ils vont avoir un intérêt", estime quant à lui le professeur infectiologue du CHU de Grenoble Olivier Epaulard. En somme, des masques qui pourraient être "mieux que rien du tout," pour reprendre les mots de Bruno Grandbastien. Une réflexion probablement juste pour ce dernier mais applicable uniquement dans le cadre privé : pour des personnes qui seraient anxieuses d'attraper le virus quand elles sortent de chez elles par exemple. Même si, pour lui, la seule vraie solution reste la distanciation sociale. 

"S'il y a des professionnels qui sont en rupture pendant quelques jours, je pense qu'un masque en tissu peut avoir son intérêt", estime quant à lui Olivier Epaulard. Bruno Grandbastien estime de son côté que "les masques faits maison donneraient une fausse impression de sécurité". 
 

"On garde l'idée en tête"

"On a réfléchi au CHU de Grenoble à l'intérêt que pouvaient avoir ces masques parce que dans le cadre d'une anticipation qu'on essaye de faire, on imagine toutes les situations qu'il pourrait y avoir. Y compris les situations les plus dégradées", expliquait mercredi 18 mars Olivier Epaulard sur le plateau de France 3. 

Pour l'heure, le CHU de Grenoble assure ne demander à aucun professionnel de porter ces masques en tissu. Néanmoins, ils constituent "une solution alternative" pour la direction. "On garde l'idée en tête en suivant de très près les recommandations, précise l'hôpital. On ne ferme pas de porte."
 

L'exécutif reconnaît un manque de masques

Pour rappel, le gouvernement a reconnu mercredi 18 mars un manque de masques, selon nos confrères de l'AFP. "La France a connu des difficultés logistiques dans la fourniture de masques, alloués en priorité aux soignants", a consenti Sibeth Ndiaye à l'issue du Conseil des Ministres. "Nous avons mis sous tension, notre appareil de production qui n'a pas des capacités extensives, a-t-elle précisé. C'est pour cela que nous avons une gestion parcimonieuse de ces masques avec priorité absolue aux soignants."

De nombreux médecins, surtout en ville, mais aussi infirmières ou dentistes se plaignent en effet de ne pas recevoir de masques, indispensables pour se protéger. De son côté, le CHU de Grenoble rationne depuis vendredi 13 les masques chirurgicaux pour le personnel soignant qui ne prend pas en charge les patients atteints du coronavirus.

En effet, la direction recommande en ce moment à ces soignants, "en se basant sur les recommandations nationales", de n'utiliser qu'un à deux masques par jour pour éviter l'épuisement des stocks. La société française d'hygiène recommande, elle, de "ne pas dépasser 4 heures pour le port d'un masque", ce qui est possible avec deux masques par jour. En temps normal, ils doivent être changés toutes les deux ou trois heures.
 

"Toutes les livraisons sont en cours"

"La France a déjà déstocké 25 millions de masques sur ses stocks stratégiques et vient encore d'en déstocker pour 27 départements particulièrement touchés par la pénurie", avait expliqué Sibeth Ndiaye mercredi 18 mars. 

En outre, "plus d'une dizaine de millions de masques seront aussi livrés vers les hôpitaux. Toutes les livraisons sont en cours ou effectuées déjà", avait ajouté le directeur de la Santé Jérôme Salomon. Pour sa part, le CHU de Grenoble affirme avoir été livré "dans la semaine". 

 

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