Coronavirus Covid 19 : nos élus ruraux sont sur le front... de l'arrière

En zone rurale, la mairie est devenue la boussole de citoyens souvent perdus dans les tourments de la crise sanitaire liée du Covid 19. Portage des repas, livraison des courses, appels quotidiens aux personnes âgées isolées, couvre-feu, réorganisation des marchés locaux, elle gère tout.
Le maire devient le pivot de toute l'organisation de la vie de la commune. Portage des repas, livraison des courses, appels quotidiens aux personnes âgées isolées, couvre-feu, réorganisation des marchés locaux, il gère tout.
Le maire devient le pivot de toute l'organisation de la vie de la commune. Portage des repas, livraison des courses, appels quotidiens aux personnes âgées isolées, couvre-feu, réorganisation des marchés locaux, il gère tout. © Yannick Bohn / MaxPPP
En zone rurale, la mairie est plus que jamais devenue la boussole, le recours ultime de citoyens souvent perdus dans les tourments de la crise sanitaire liée du Covid-19.
Les élus locaux doivent amortir les effets d’une crise mondiale en organisant la solidarité dans leur commune. Portage des repas, livraison des courses, appels quotidiens aux personnes âgées isolées, couvre-feu, réorganisation des marchés locaux etc… Les initiatives se multiplient pour maintenir le lien en temps de confinement et pour faire vivre ce "service public universel" comme le qualifie aujourd’hui l’association des maires de France.

Comme un réflexe conditionné…

Dès la mise en place du confinement, les conseils municipaux des communes rurales ont toutes pris la même initiative. Elles ont établi une liste des personnes âgées isolées pour identifier leur besoins et "garder un contact afin de rompre l’isolement qui va peser de plus en plus lourd au fil des jours" comme le craint Simon Chapus, le maire de Saint-Martin de Valamas.

A l’image de la plupart de ces collègues, le maire de St-Martin de Valamas, en Ardèche (une commune de 1100 habitants) a du fermer sa mairie mais il a maintenu une permanence téléphonique de jour et même une astreinte qui fonctionne 24 heures sur 24.

On gère l’indispensable comme les actes d’état civil, les urgences mais surtout on reste à l’écoute de nos concitoyens les plus vulnérable - Simon Chapus, maire de Saint-Martin-de-Valamas.

En fait, les communes et leur CCAS, les centre communaux d'action sociale, ont du prendre le relais des services classiques de maintien à domicile qui ne peuvent plus assurer leur mission habituelle en raison des règles de confinement. Les EHPAD et les maisons des retraites sont également surveillés de très près. Le maire est de droit président du conseil d'administration de ces établissements.
Des réunions de suivi sont organisées quasiment chaque semaine. "Pour l’instant, nous n’avons eu aucun décès à déplorer mais on doit y penser malgré tout. Une salle communale a même été réservée au cas ou" avoue un peu gêné Simon Chapus.
 

L'entraide s'organise

Aux confins des Baronnies provençales, la mairie de Séderon, dans la Drôme, une commune de 280 habitants,  a mis en place des livraisons de repas à domicile. Chaque jour, un restaurateur local prépare une cinquantaine de plateaux froids. Ils sont ensuite livrés aux personnes isolées par des agents municipaux.
Dans de nombreuses communes, les commerçants et les pharmacies ont également lancé des systèmes de livraison de courses à domicile supervisés par les communes afin de soulager les personnes fragiles et de limiter les déplacements. A Civrieux d’Azergues, une commune de 500 habitants située dans l'Ain, la cantine fonctionne toujours mais au ralenti, juste  pour assurer en priorité les repas de midi des enfants des personnels médicaux accueillis dans l’école primaire. Leur nombre varie chaque jour mais ils peuvent être une douzaine provenant de la commune mais aussi de cinq villages alentours.

La solidarité intercommunale s’organise, on sait faire - constate la maire Marie-Jeanne Béguet - en plus, on s’attend à en recevoir beaucoup plus avec la vague de malades prévue pour les prochains jours. 

La commune a également mis a disposition un service par courriel qui permet aux habitants de pouvoir bénéficier de l’imprimante de la mairie.

Dans sa commune de Moras-en-Valloire dans la Drôme, abritant 650 habitants. Son maire, Aurélien Ferlay, a installé très tôt une cellule de veille. Elle est régulièrement sollicitée par les TPE , les très petites entreprises et les agriculteurs.
En novembre dernier, la neige avait provoqué de gros dégâts dans les vergers. Depuis quelques jours, c’est le retour du froid qui menace la récolte de l’année. "Nous délivrons des autorisations de déplacements aux producteurs pour qu’ils puissent travailler de nuit. Ils doivent absolument installer des bougies de protection des arbres contre le gel de printemps. Nous devons tout faire pour ne pas rompre la chaîne de l’alimentation."

Les petites entreprises également sollicitent la mairie et la communauté de commune pour savoir comment elles peuvent bénéficier des aides de l’Etat ou de la région. Dans ce secteur du nord Drôme, des avances sur subventions vont être versées et la perception des loyers des sociétés occupant la pépinière d’entreprises seront suspendus pour aider les petites et les moyennes entreprises locales à amortir un peu le choc.
Pour Aurélien Ferlay, le rôle des élus locaux, c’est aussi de "boucher les trous dans la raquette."
 

Bon sens, système D et solidarité 

Le bons sens, le système D et la solidarité  sont les maîtres-mots de ces communes rurales qui se retrouvent souvent seules face à l’épidémie. Au Pouzin en Ardèche, commune de 2800 habitants, des masques et des flacons gel hydroalcoolique ont été redistribués aux infirmières libérales de la commune.

Nous avions fait des commandes pour le premier tour des élections. Il nous en restait. Il était naturel de les donner à ceux qui sont au front. En fait, on ne s’est pas même posé la question" - déclare Christophe Vignal, le probable futur maire de la commune.

Même chose à Grignan dans la Drôme, commune de 1550 habitants. Dans ce village de la Drôme provençale comme ailleurs, des entreprises du BTP ont spontanément fait don de leurs masques et de leur tenues de chantier à la mairie.

Chez nous en zone rurale, il se passe quelque chose de fort. Tout le monde joue le jeu et se serre les coudes. Je suis frappé par l’intelligence des gens ! - clame le maire Bruno Durieux.

L’ancien ministre de Santé du gouvernement Rocard (1990-1992) refuse par ailleurs de critiquer le gouvernement sur la gestion de la crise sanitaire. Il reconnait néanmoins que les choix stratégiques sur les stocks de masques de protection et leur réapprovisionnement ont sans doute été "une grave erreur". 

Le maire de Grignan, tout juste réélu pour un cinquième mandat, est en revanche plus critique sur la décision du Premier ministre d’interdire les marchés de plein air. L’annonce est tombée la veille de celui organisé dans son village.
Bruno Durieux a du solliciter en urgence une dérogation auprès de la préfecture de la Drôme pour obtenir son maintien. En Drôme-Ardèche, la plupart des communes ont fait de même tout en imposant des mesures assez draconiennes destinées à faire respecter les gestes barrières contre le virus.
A St Martin de Valamas (Ardèche) la mairie va espacer les stands.
Dix mètres minimum à Sederon (Drôme) où un couloir de barrières de sécurité sera également installé dès ce dimanche 29 mars, pour organiser le flux à sens unique des clients et pour les empêcher de mettre leurs mains sur les fruits et les légumes. Le lavage des mains au gel hydroalcoolique sera en plus obligatoire à l’entrée du couloir.
 

UN FAQ créée en un temps record

Dans toutes les communes rurales de notre région, les initiatives innovantes se multiplient pour concilier les contraintes de la lutte contre le coronavirus et le maintien de la vie locale. Des "bonnes idées" que l’association des maires ruraux dont le siège national est situé à Lyon a collectées dans une plateforme numérique montée en moins d’une semaine.
Ce site propose également des réponses très concrètes aux questions les plus fréquemment posées aux élus locaux notamment sur les règles de confinement et sur la loi d’urgence sanitaire votée par l’Assemblée nationale. "Notre force de frappe, c’est notre réseau et tout ce savoir-faire de terrain " affirme Cédric Szabo, le directeur de l’AMRF, l'association des maires de France "à travers cette crise sans précédent, notre pays va une fois encore découvrir la formidable plus-value de l’élu de proximité!"



 
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