Coronavirus Covid-19 et radioactivité : des ennemis invisibles

Image extraite du documentaire "Retour à la normale", réalisé par Christina Firmino.
Image extraite du documentaire "Retour à la normale", réalisé par Christina Firmino.

REPLAY. "Retour à la normale" est un documentaire fiction sur le conséquences d’une catastrophe nucléaire en France. Et si ce film trouvait une résonnance dans la crise d’aujourd’hui ? Paroles de l'auteure, Christina Firmino, alors que le film est disponible en streaming sur France 3.

Par Françoise Boissonnat

"L’idée du film m’est venue une nuit de camping sauvage, près du Bugey. Une sirène a retenti au petit matin et comme on était peu de temps après Fukushima, on a pensé d’emblée à la centrale mais... ce n’était pas du tout ça ». N’empêche que c’est à partir de là que le projet militant de Christina Firmino prend forme. Ce sera un documentaire-fiction... presque un film d’anticipation.
Quand tout devient anormal…

Octobre 2021, premier accident nucléaire en France… Suite aux retombées radioactives, la population est évacuée dans un rayon de vingt kilomètres et la zone autour de la Centrale interdite d’accès. Huit mois plus tard,  les autorités veulent tourner la page et faire de cet accident une opportunité pour développer les EPR. "Pourquoi stopper le programme nucléaire ? La fabrication d’avions et les vols s’arrêtent-ils tous après un crash ?  Profitons de cet incident pour réfléchir à la construction de centrales plus sécurisées" dit le Ministre de l’écologie du film.
"Ce film porte un double regard sur les risques nucléaires : l’un ancré dans le présent et l’autre tourné vers un futur probable dans lequel tout devient anormal", explique la réalisatrice Christina Firmino. Une réflexion argumentée sur ce à quoi pourraient ressembler nos vies après une catastrophe.

Avec le Covid-19, on se trouve, comme avec la radioactivité, devant un danger invisible. On a un rapport étrange avec l’intérieur, avec l’extérieur. Il faut se méfier de tout. C’est très angoissant. - Christina Firmino

"Si l’on parle de résonnances entre mon film et le Covid-19,  ce qui aujourd’hui me vient en premier c’est la situation de crise. Une situation très compliquée notamment pour les garants de la sécurité sanitaire. A voir ce que l’on vit, ça pose la question de la responsabilité et celle de l’après. Comme à Tchernobyl, comme à Fukushima... Qui est responsable ? Peut-être nous tous... Peut-être chacun de nous... Dans mon film, on parle de - Retour à la normale -. Après le confinement, un retour à la normale est-il possible ? Je ne sais pas... Dans mon film, on voit qu’après une catastrophe nucléaire c’est quasi impossible. Après le Covid-19, je me dis qu’un retour à la normale serait le pire car il empêcherait tout questionnement sur ce qui ne fonctionne pas, sur nos modes de vie actuels, sur les effets de la mondialisation".
Christina Firmino, réalisatrice de "Retour à la normale". / © Franck Boutonnet
Christina Firmino, réalisatrice de "Retour à la normale". / © Franck Boutonnet
Ennemis invisibles 

"Avec le Covid 19, on se trouve, comme avec la radioactivité, devant un danger invisible. On a un rapport étrange avec l’intérieur, avec l’extérieur. Il faut se méfier de tout. C’est très angoissant. La radioactivité, c’est le crime parfait : on ne voit pas les victimes et comme le dit un des intervenants du documentaire, la norme n’est qu’un compromis entre un dommage sanitaire et un intérêt économique. C’est peut-être un autre point de résonnance ? Comment un virus peut-il menacer la planète ? J’essaie de ne pas tomber dans la folie ! Mais si on reste tous enfermés, on va aller vers quoi ? Oui, je m’interroge sur l’avenir, le nôtre et surtout celui de nos enfants. Je ne sais pas encore si je ferai un film sur le Covid-19, sur le confinement... Ça germe dans ma tête... On verra !"

La norme n’est qu’un compromis entre un dommage sanitaire et un intérêt économique.

Difficile en regardant ce documentaire-fiction de ne pas trouver de points communs entre l’accident nucléaire fictif en France (point de départ du film) et la réelle crise sanitaire que nous traversons. Tout y est exprimé : l’angoisse, la communication et la gestion de crise du gouvernement avec son lot de pirouettes, le confinement… et puis tout y est analysé par des scientifiques, des sociologues, des militants et des salariés du nucléaire qui apportent leurs éclairages sur ce scénario... plausible.

Pour aller plus loin :

  • "La Supplication" de Svetlana Alexievitch,  prix nobel de littérature 2015 : Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse. L’auteure, journaliste-écrivaine, a recueilli les témoignages des survivants de la catastrophe. Ils sont livrés bruts (Essai en Poche).
 
  • "Fukushima, récit d’un désastre" de Michaël Ferrier. L’écrivain et essayiste français qui vit à Tokyo raconte quasi en temps réel la triple catastrophe (séisme, tusnami et accident nucléaire) du 11 mars 2011 (Ed. Gallimard)

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