Coronavirus. La souffrance des familles privées de visite dans les hôpitaux ou autres établissements de santé

Hospitalisé pour un AVC, Pascal manque terriblement à Mireille, et vice versa. Le couple est séparé à cause des mesures de précaution. Polyhandicapée, Sonia manque à Christine, mère et fille ne se sont pas vues depuis le 6 mars. Chacun est prisonnier de l'épidémie, sans en avoir un symptôme. 

Les malades ne voient plus que le personnel soignant dans les hôpitaux.
Les malades ne voient plus que le personnel soignant dans les hôpitaux. © AFP

Mardi 26 mai, un reportage de France 3 Auvergne Rhône-Alpes a retenu l'attention de nombre de téléspectateurs. Il s'agissait du cri d'alerte de Géraud, soigné pour de graves brûlures à Lyon, qui disait souffrir plus encore de l'absence de visite. Le témoignage a ému et réveillé la peine d'autres victimes de cet éloignement forcé. 

Aucun n'a le covid, mais les mesures imposées pour s'en protéger font doucement glisser les malades et leurs proches vers la détresse. 

Il y a bien sûr les parents de personnes âgées en Ehpad, qui doivent se satisfaire de quelques minutes à travers une vitre ou d'un rendez-vous Skype. Mais il y a aussi ces hospitalisés qui ne voient personne ou ces handicapés pris en charge par des institutions où les retrouvailles sont impossibles. 
 

"Il doit penser que je l'ai abandonné"

Le 7 mai dernier, Pascal a été victime d'un 3e AVC. En plein confinement, son état a nécessité un transfert en urgence vers le Centre hospitalier de Bourg-en-Bresse (Ain). Depuis, Mireille, son épouse, ne l'a pas revu.
 

"Il doit penser que je l'ai abandonné. C'est inhumain ce qu'on nous impose. Je veux le voir. Depuis ses AVC, j'étais son pilier, il a besoin de moi pour le soutenir moralement. Il va être de plus en plus mal", lance Mireille Rolly dans un sanglot. 


De surcroît, Pascal souffre d'aphasie. Autant dire que ses difficultés de langage rendent les entretiens téléphoniques compliqués. "Tout à l'heure, je lui ai dit 'je t'aime mon chou', j'ai compris qu'il disait 'moi aussi', puis, plus rien. C'est terrible d'être loin de lui dans ces moments-là", ajoute Mireille. 

Pascal doit bientôt partir dans un centre de rééducation. Il sera de nouveau soumis à une quatorzaine de précaution. Son épouse redoute le pire avec ce nouvel isolement.
 

"Je suis habituée aux gestes barrières, je travaille dans une résidence pour personnes âgées. Et quand bien même, c'est mon mari, qu'on me laisse l'approcher."
 

"On nous prend en otage, c'est pas possible !"

Christine Chaillon est aussi très éprouvée par cette période. Sa fille est polyhandicapée et vit dans une Maison d'Accueil Spécialisée de Feyzin (Rhône) depuis une dizaine d'années. "Je ne l'ai vue par Skype que deux fois en 80 jours, et encore il a fallu que je mette en colère", explique la maman. D'habitude, elle rend visite à sa fille une fois par semaine et la prend parfois chez elle à la journée.
 

"Cette absence de contact, c'est violent vous savez. On nous avait enfin promis de la voir à travers une fenêtre la semaine prochaine, mais on vient d'apprendre que les personnels ont décidé de se mettre en grève en raison d'un manque de moyens. On nous prend en otage, c'est pas possible !", ajoute Christine, dépitée. 

   
 
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