Coronavirus - vente de masques : Les stocks de la grande distribution donnent "la nausée" aux pharmaciens

Dans un communiqué, 7 ordres de praticiens de santé dont les pharmaciens, disent leur «écœurement» d’apprendre que la grande distribution dispose de stocks de masques chirurgicaux alors qu’eux en manquent cruellement.

Les masques sont en vente depuis le 2 mai dans la grande distribution. Les pharmaciens, rationnés depuis des semaines, s'interrogent sur l'origine de ces stocks.
Les masques sont en vente depuis le 2 mai dans la grande distribution. Les pharmaciens, rationnés depuis des semaines, s'interrogent sur l'origine de ces stocks. © Clement Tiberghien / MaxPPP
Hugues Videlier ne décolère pas. Quand le président de l’ordre des pharmaciens de la région découvre la semaine dernière que les enseignes de la grande distribution (Carrefour, Leclerc, Casino, Lidl, etc…) s’apprêtent à commercialiser des centaines de millions de masques chirurgicaux, son sang ne fait qu’un tour. 

«Cela fait des semaines que les professionnels de santé partent au front sans rien et d’autres vont se faire de l’argent et de la publicité pas cher sur les masques ? Le voile doit se lever sur cette honte».


"On veut savoir si on a été berné»

Les 7 ordres de professionnels de santé signataires du communiqué au vitriol  (pharmaciens, médecins, infirmiers, chirurgiens-dentistes, sage-femmes, pédicures –podologues, kinés..) ne remettent pas en cause l’autorisation donnée  par le gouvernement à la grande distribution car dit-il «On ne sera jamais assez nombreux pour les mettre à disposition du public» mais ils veulent savoir si les grandes enseignes ont constitué des stocks, comment et depuis quand ?

Depuis le début de la crise, les pharmacies distribuent les masques chirurgicaux au compte-gouttes. 500 masques hebdomadaires pour chacune de 22.000 officines de France. A titre d’exemple, chaque semaine, un médecin libéral a droit à 18 masques : 12 chirurgicaux et 6 FFP2. Une aide à domicile, c’est 3 masques. «Depuis des semaines, on refuse les masques aux clients malades, à des gens qui ont des cancers ou à des immunodéprimés qui en auraient besoin. Et on peine à fournir aux professionnels de santé. Et il faut justifier chaque don à la caisse d’assurance maladie» déplore Bernard Montreuil, pharmacien à Bron. 
Dans cette pharmacie, un appel téléphonique sur 2 émane d’un client qui cherche des masques. Juste à côté de la pharmacie, le supermarché Casino en vend depuis ce matin. Ici, chaque client peut acquérir jusqu’à 50 masques par semaine. C’est en caisse que se fait la vente : 95 centimes d’euros, le tarif est encadré. L’enseigne, comme toutes les autres, affirme ne pas se faire de marge sur le masque, ou alors une marge très restreinte. Mais sur le stock disponible, le groupe stéphanois ne répond pas.
 

«Il n’y a pas de pas de stock caché ! »

Les masques ont été acheminés dans les grandes surfaces du groupe dans la nuit de vendredi à samedi. Samedi matin, premier jour de la commercialisation, l’enseigne stéphanoise se voulait rassurante. Il y  aura des masques pour tout le monde ! Mais en fin d’après-midi, force est de constater qu’il y a déjà rupture d'approvisionnement. Sur la polémique concernant les stocks de masques que la grande distribution aurait anticipé et stocké alors que les officines et les soignants peinent à s’approvisionner au péril de leur santé, Casino se veut clair : "Nous n’avons rien caché. Nous avons des approvisionnements qui vont monter en puissance dans les prochains jours. Les commandes sont déversées au fil de leur arrivée, au fil des jours".
 

De 10 cents en janvier, un masque coûte aujourd'hui 77 cents

Le collectif d’ordre des praticiens de santé signataire du communiqué ne croit pas dans cette explication.  Il a le sentiment d’avoir été floué sur toute la ligne. Longtemps confinées dans l’impossibilité de de s’approvisionner par leurs propres moyens faute de réseaux et pour cause de pénurie mondiale, les pharmacies se retrouvent à présent également soumises aux lois du marché.
« En janvier, on achetait un masque chirurgical 10 à 20 centimes d’euros pièces. Aujourd’hui, il est à 77 centimes d’euros. On n’a pas les capacités d’achat des grandes surfaces» explique Bernard Montreuil.
 

Pas de traitement de faveur

Et de pointer du doigt, le ministère de l’économie. Bercy qui travaille main dans la main avec les grandes enseignes, leur donne l’autorisation de vendre des masques alors que médecins libéraux, infirmiers, kiné, aide-soignants, pharmaciens doivent se contenter de la faible dotation d’Etat et de celle, bienvenue, de la région.
Un traitement de faveur  qui aurait permis de constituer des stocks au détriment des professionnels de santé mais que dément Bercy. Le secrétariat d’Etat auprès du ministère des finances rectifie. «C’est un partenariat mis en place fin avril avec les grandes enseignes dans l’optique du dé confinement. On travaille avec tout le monde de la même manière».
Et de rappeler que le ministère peut réquisitionner toute commande supérieure à 5 millions de masques en cas de besoin.

Depuis ce week-end, des politiques se sont joints à la demande d’explication lancée par la fédération de praticiens de santé. Ensemble, ils exigent la plus grande transparence sur ce dossier. Le ministère démine le terrain très sensible de l’approvisionnement en masques. La grande distribution, très présente dans les media et sur les réseaux sociaux la semaine dernière, regrette une  «polémique insensée» mais se fait beaucoup plus discrète.

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