Couac dans la distribution des plis électoraux en Auvergne : « Si on ne reçoit rien, on ne va pas voter »

L’acheminement des plis électoraux n’a pas été complet dans plusieurs communes du Puy-de-Dôme, de l’Allier, de Haute-Loire et du Cantal, avant le 1er tour des élections départementales et régionales. Pour certains maires, cette défaillance a peut-être participé à l’abstention.

En Auvergne, des maires réagissent à la non-réception des plis électoraux dans certaines communes.
En Auvergne, des maires réagissent à la non-réception des plis électoraux dans certaines communes. © S.Barlot/FTV

Les plis électoraux contenant les professions de foi des candidats aux élections départementales et régionales ne sont pas parvenus dans certaines boîtes aux lettres avant le 1er tour, dimanche 20 juin. C’est en tout cas ce qu’ont constaté les présidents des associations de maires ruraux (AMR) du Cantal, de l’Allier, de la Haute-Loire et du Puy-de-Dôme. Leurs électeurs les ont alertés : « C’est le cas un peu partout dans le Cantal. Beaucoup d’électeurs se sont plaint de n’avoir rien reçu ou de n’avoir reçu les professions de foi que d’une seule élection », raconte Jean-Pierre Soulier, président de l’AMR du Cantal. Il craint que cette absence n’ait eu des conséquences sur le scrutin : « Ca a peut-être donné lieu à plus d’abstention. Moi, on m’a appelé pour me dire : « Si on ne reçoit rien, on ne va pas voter ». Je pense que ça a joué mais c’est difficile de savoir dans quelles proportions. »

Un "manque de sérieux" dénoncé

Pour Jean-Pierre Soulier, ces électeurs se sont senti lésés : « Il y en a qui ne savent pas vraiment comment ça fonctionne et qui attendaient les professions de foi pour faire leur choix. D’autres pensent que c’est le candidat qui gère les plis électoraux et ça a été ressenti comme un manque de respect. » Dans sa commune, certains ont reçu les plis, d’autres non.  Lui-même n’a reçu son matériel de vote que le samedi matin. Il juge cette distribution « mal organisée » et explique en avoir été témoin : « A Mauriac, j’ai croisé un jeune homme chargé de distribuer les professions de foi. Il m’a demandé de lui indiquer une rue. Il avait l’air perdu, comme si on l’avait abandonné en pleine campagne sans lui donner de consignes. Pour moi, il y a un manque de sérieux de la part de ceux qui ont décidé de changer de société de distribution. »

"Mes administrés étaient désespérés"

Dans le Puy-de-Dôme, même constat pour le président de l’AMR et maire de Murol Sébastien Gouttebel : « La moitié n’ont rien eu ou partiellement. Mes administrés étaient désespérés. Je l’ai d’ailleurs indiqué dans le procès-verbal du dépouillement. Il n’y a pas que dans les communes rurales d’ailleurs, les grandes villes aussi sont touchées. Il y a eu un énorme couac ». Pour lui, cette défaillance a touché davantage les électeurs les plus âgés : « Les anciens ont l’habitude de préparer à tête reposée leurs bulletins. Ils étaient désemparés, avaient de grandes interrogations. Ce n’est pas normal. Dans une vraie démocratie, on doit tout recevoir en temps et en heure ». Pour lui, ce phénomène est loin d’être à la marge et a pu contribuer à l’abstention. « Des communes entières n’ont rien eu. J’ai entendu que le ministre de l’Intérieur allait convoquer la société de distribution. »

"Il y en a qui m’ont dit que s’ils ne les recevaient pas, ils n’iraient pas voter"

Pourtant, Sébastien Gouttebel estime que cette absence de plis électoraux chez des électeurs n’est pas suffisante pour justifier le fort taux d’abstention : « Il y en a qui m’ont dit que s’ils ne les recevaient pas, ils n’iraient pas voter, mais ça ne justifie pas l’abstention record. Quand on n’a qu’un tiers des Français qui se déplace, il faut se poser des questions. Ça m’inquiète. Ça pose la question de la légitimité des élus. Je ne suis pas convaincu que ceux qui ont reçu les professions de foi étaient moins exaspérés », regrette Sébastien Gouttebel, pour qui il n’y a pas forcément de lien de cause à effet entre l’absence des plis et l’abstention record. Pour rappel, le taux d’abstention dans le Puy-de-Dôme s’élève à 63,89%.

Des dysfonctionnements signalés

En Haute-Loire, Michel Arcis, président de l’AMR et maire du Monastier-sur-Gazeille, a contacté la préfecture pour signaler ces dysfonctionnements : « Effectivement, dans pas mal de communes, on a rencontré ce problème. C’est assez général. D’ailleurs, à notre niveau, on a invité les autres maires à se signaler auprès de l’association et de la préfecture de la Haute-Loire. » Selon lui, nombreux sont ceux qui ont signalé leur mécontentement auprès de leur édile : « Les gens sont assez remontés, ils nous disent que ce n’est pas normal. Effectivement, c’est aberrant, ce n’est vraiment pas bien organisé. » Pour Michel Arcis, nombreux sont ceux qui étaient perturbés par le fait que les élections départementales et régionales soient simultanées : « Certains étaient déstabilisés par ces deux élections en même temps, ils ne comprenaient pas très bien. Effectivement, on peut regretter l’absence de plis électoraux qui n’a pas aidé à clarifier les choses. » Il espère désormais que le prestataire en charge de la distribution « va prendre les choses avec plus de sérieux ».

"C’est carrément du sabotage"

Le président de l’AMR de l’Allier, Jean-Louis Périchon, est, lui, très remonté : « Cette situation est lamentable. J’ai cru comprendre que c’est la société de distribution qui était à l’origine de ces manquements. Même si La Poste fait des erreurs, cette société a vraiment fait n’importe quoi, j’ai entendu parler de paquets de professions de foi abandonnés. C’est une société privée, ils cherchent la rentabilité. » Dans sa commune de Montaigu-le-Blin, certains plis électoraux sont arrivés lundi matin. « Bien sûr que ça contribue à l’abstention. C’est carrément du sabotage. Il y a eu tellement d’erreurs que certains candidats ont distribué eux-mêmes leurs professions de foi. Bien-sûr, il y a d’autres canaux de communication mais c’est le seul moyen d’adresser nominativement le matériel ».

Pour lui non plus, ce constat n’est pas suffisant pour justifier le fort taux d’abstention. «  Il y a un intérêt moindre pour ce type d’élection. Bien sûr, les plis mal parvenus ont joué leur rôle », indique Jean-Louis Périchon. De son côté, il a fait remonter le problème en préfecture et a assuré « encourager les maires à faire connaître les dysfonctionnements rencontrés ». Il espère désormais que les plis du second tour seront rapidement délivrés et que ce deuxième scrutin ne sera pas « entaché » par des difficultés similaires au premier.

Adrexo et La Poste sommés de remédier au problème

Gérald Darmanin a sommé lundi Adrexo et la Poste, les deux prestataires pour l'acheminement de la propagande électorale, de prendre "toutes les mesures afin de rétablir un service normal" pour le second tour des régionales et départementales. Dans un communiqué, le ministre de l'Intérieur a expliqué les avoir convoqués au ministère lundi matin "à la suite des dysfonctionnements inacceptables liés à la qualité de l'acheminement de la propagande électorale du premier tour des élections départementales et régionales".

Une obligation de résultats

"A court terme", il "leur a rappelé l'obligation de résultats qui les liait" et leur a "demandé expressément de garantir que de tels dysfonctionnements ne se reproduisent pas pour le second tour" dimanche prochain. Il les a "enjoints de prendre toutes les mesures afin de rétablir un service normal". Le ministre a ajouté que les deux prestataires "communiqueront directement afin d'apporter toutes les réponses légitimement attendues par les élus et candidats, ainsi que par nos concitoyens". Ils "proposeront d'ici ce soir des mesures fortes pour améliorer très concrètement l'information des électeurs", a poursuivi M. Darmanin. Il a prévenu enfin que "tous les enseignements des erreurs commises seront tirés au lendemain du second tour de ces élections". La Poste et Adrexo avaient remporté l'appel d'offres du ministère concernant la distribution des professions de foi des candidats. 

Gérald Darmanin entendu mercredi par le Sénat

La commission des Lois du Sénat a annoncé lundi l'audition mercredi matin du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin sur les "difficultés d'organisation majeures" du premier tour des élections départementales et régionales. "De nombreux électeurs n'ont pas été rendus destinataires des professions de foi des candidats; des bureaux de vote n'ont pu accueillir pendant toute la durée d'ouverture du scrutin les électeurs désireux d'accomplir leur devoir civique", relève la commission des Lois dans un communiqué au lendemain du premier tour des élections, marqué par une abstention record. Elle souhaite en particulier entendre le ministre sur "les mesures qu'il entend prendre en vue de l'organisation du second tour". Le second tour des élections départementales et régionales aura lieu dimanche 27 juin.

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