Crise économique : un habitant sur huit, en Auvergne-Rhône-Alpes, était déjà touché par la pauvreté avant la Covid19

Tous les habitants d'Auvergne-Rhône-Alpes ne sont pas égaux face à la crise : la pauvreté augmente davantage dans les métropoles. Saint-Étienne étant l’une de celles où elle grimpe le plus fortement. Une situation que la Covid19 et ses conséquences ont probablement aggravés, selon l'Insee.
 

Illustration à Lyon , le 30 décembre 2020 . Un bénévole de la Croix-Rouge française donne un soupe chaude a une personne sans abris.
Illustration à Lyon , le 30 décembre 2020 . Un bénévole de la Croix-Rouge française donne un soupe chaude a une personne sans abris. © Le Pictorium/Maxppp

L'étude, réalisée sur 5 ans par l'Insee en Auvergne-Rhône-Alpes, entre 2013 et 2018, montre qu'un habitant sur huit est touché par la pauvreté. "Une proportion ayant peu évolué depuis 2013, mais que la crise sanitaire actuelle pourrait augmenter", expliquent Jean Geymond et Aline Labosse, les auteurs de cette étude pour l'Insee. La pandémie de la COVID-19 pourrait logiquement avoir fortement accentué ces données.

En Aura, 12,7 % des personnes vivent sous le seuil de pauvreté

Dans la région, ce sont ainsi 12,7 % des personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté, malgré un contexte économique plutôt favorable. La pauvreté touchait ainsi, en 2018, près d’un million d’habitants dans la région. Parmi eux, quatre sur dix résident au sein de ses métropoles.

© Insee

Et pourtant ... La région connaît toujours le 3e plus faible taux de pauvreté derrière les Pays de la Loire et la Bretagne. 

Auvergne-Rhône-Alpes est notamment favorisée par un niveau de vie élevé et une croissance économique forte. Entre 2013 et 2018, le niveau de vie médian des habitants de notre région a augmenté de 8,4 %, atteignant 22 480 euros par an. Ce montant est supérieur de 7,7 % au niveau métropolitain.

Cette croissance concerne d'ailleurs l’ensemble des départements de la région, de + 6,8 % pour le Puy-de-Dôme à + 10,7 % pour la Haute-Savoie.

Forte augmentation de la pauvreté dans les métropoles

Entre 2013 et 2018, les métropoles de la région, à l’instar des autres métropoles françaises, ont vu leur pauvreté augmenter plus fortement. Une aggravation de 1 point pour les métropoles de Lyon et de Grenoble... et 2 points pour celles de Clermont-Ferrand et Saint-Étienne. Cette dernière compte 19 % de personnes pauvres.

© Insee Aura

Cette augmentation affecte toutes les tranches d’âge, mais deux catégories sont particulièrement touchées : les moins de 30 ans et les 50–59 ans. Situées aux extrémités d’entrée et de sortie du marché du travail, elles sont plus vulnérables.

Si tous les types de ménage sont concernés par cette hausse, les foyers d’une seule personne – homme comme femme – sont davantage touchés. Dans les métropoles, ils correspondent -plus qu’ailleurs- à une population d’étudiants ou de jeunes travailleurs aux situations précaires.

La part des élèves et étudiants parmi la population en âge de travailler croît plus vite dans les métropoles. La proportion des 15–29 ans y est nettement plus élevée que dans le reste du territoire.

Une évolution contrastée en fonction des départements

La pauvreté en Haute-Savoie, déjà faible, s’est amenuisée. Dans l’Ain et en Savoie, elle reste contenue.

En revanche, la Loire, le Rhône, le Puy-de-Dôme, et dans une moindre mesure l’Isère, connaissent une hausse de leur taux de pauvreté, entraînée par celle de leur métropole.

Enfin, dans les territoires ruraux, la pauvreté diminue peu (Drôme, Ardèche), modérément (Haute-Loire) ou beaucoup (Cantal).

En revanche, l’Allier enregistre une légère hausse, affichant dès lors le taux de pauvreté le plus élevé des départements de la région.

Des évolutions nettement plus favorables hors métropoles

Les territoires ruraux accueillent en effet des populations plus âgées que celle des métropoles, souvent moins exposées à la pauvreté.

Dans le Rhône hors Métropole, la pauvreté stagne ainsi entre 2013 et 2018, à près de 9 %, soit 7 points de moins que dans la Métropole de Lyon.

La situation est la même dans la Loire, en Isère et dans le Puy-de-Dôme, où la pauvreté dans le reste du département est largement inférieure à celle de leur métropole (8 points d’écart dans la Loire, par exemple).

© Insee Aura

Cantal et Haute-Loire : une baisse... mécanique de la pauvreté

Le Cantal et la Haute-Loire sont les départements ayant connu la plus importante baisse de leur taux de pauvreté dans la région sur la période 2013-2018, respectivement − 1,8 point et − 0,8 point.

Cela résulte principalement de la baisse du nombre de personnes en âge de travailler, parmi lesquelles se trouvent les populations les plus touchées par la pauvreté.

Cette chute est donc davantage la conséquence d’un vieillissement de la population que d’une réelle dynamique économique, tendance confirmée par la part élevée et grandissante des pensions et retraites dans le revenu des habitants.

Allier, Drôme et Ardèche sont les départements les plus touchés

L’Allier, la Drôme et l’Ardèche sont les départements où la pauvreté est la plus prégnante, mais elle évolue peu entre 2013 et 2018.

Le taux de pauvreté est en hausse de 0,5 point dans l’Allier, le maintenant en haut du classement régional (15,5 %). À l’inverse, il diminue respectivement de 0,5 et 0,4 point en Ardèche et dans la Drôme.

Leur situation reste cependant fragile, du fait de l’importance du chômage des jeunes, avec des taux de pauvreté restant respectivement les 4e et 3e plus élevés de la région.

Le département de l'Allier est le plus concerné par la pauvreté en Auvergne Rhône Alpes, avec un taux de 15.5% (Illustration : centre-ville de Moulins)
Le département de l'Allier est le plus concerné par la pauvreté en Auvergne Rhône Alpes, avec un taux de 15.5% (Illustration : centre-ville de Moulins) © PHOTOPQR/LA MONTAGNE/MAXPPP

Une pauvreté plus basse dans le Genevois français

La pauvreté en Haute-Savoie baisse entre 2013 et 2018, passant sous la barre des 9 %, et restant, année après année, le plus faible taux départemental de France. Cette évolution tient au niveau de vie très élevé de la population (1er département hors Île-de- France), de surcroît en forte hausse (2e plus forte croissance sur la période).

Les nombreux travailleurs frontaliers bénéficient du marché de l’emploi suisse offrant des revenus en moyenne plus élevés. Même les populations plus fragiles sont moins touchées par la précarité.

Les familles monoparentales, nombreuses en Haute-Savoie, ont ainsi le plus faible taux de pauvreté à l’échelle nationale (19 % en 2018, 11 points de moins qu’en France métropolitaine), de même que les moins de 30 ans (12 % contre 22 %).

"Les habitants de l'Ain, et notamment du pays de Gex, s'en sortent mieux face à la pauvreté, notamment en raison de leur proximité avec la frontière", expliquent les auteurs de cette étude
"Les habitants de l'Ain, et notamment du pays de Gex, s'en sortent mieux face à la pauvreté, notamment en raison de leur proximité avec la frontière", expliquent les auteurs de cette étude © France TV

Ain et Savoie : une situation géographique bénéfique

Limitrophes de ce département, l’Ain et la Savoie tirent également parti de cette situation. Entre 2013 et 2018, leur taux de pauvreté évolue peu, restant inférieur à 11 %, grâce notamment à un faible chômage.

Dans l’Ain, le nord-est du département, et tout particulièrement le Pays de Gex, bénéficie des mêmes avantages apportés par le travail frontalier, et le quart sud-ouest profite des importantes opportunités d’emploi qu’offrent le Rhône et la Métropole de Lyon.

La Savoie bénéficie d’une importante activité touristique dans les massifs montagneux, ainsi que de la proximité d’aires à la forte dynamique d’emploi : Annecy (Haute-Savoie), proche d’Aix-les-Bains, et Grenoble (Isère), à proximité de Chambéry.

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
social économie