Déconfinement : la reprise des enchères en Auvergne et des prix à la hausse

Après deux mois à l'arrêt, la salle des ventes d'Aurillac est pleine à craquer d'objets qui seront proposés prochainement / © W.Goolen
Après deux mois à l'arrêt, la salle des ventes d'Aurillac est pleine à craquer d'objets qui seront proposés prochainement / © W.Goolen

Quasiment à l’arrêt pendant le confinement, les affaires reprennent peu à peu dans les salles des ventes en Auvergne. Elles s’adaptent aux contraintes sanitaires. Et surrise, les prix sont plutôt à la hausse !
 

Par Marie Morin

Pendant le confinement, les commissaires-priseurs auvergnats ont adopté deux stratégies différentes. Les premiers ont tout arrêté, les seconds ont organisé des ventes exclusivement sur internet. « On a mis tout le personnel au chômage partiel, explique maître Philippe Casal, commissaire-priseur au Puy-en-Velay, et on a effectué des ventes entièrement dématérialisées pendant le confinement. C’est de la vente en live sans public. J’ai vendu mobilier et objets d’art au mois de mars et toutes collections, timbres, monnaies, cartes postales… en avril. »

A Vichy aussi, Maître Etienne Laurent spécialisé dans la vente d’instruments de musique a souhaité poursuivre sur internet. Au tout début du confinement, il a réalisé une vente en live sur le web alors que son équipe était chez elle. « J’ai fait une vente complètement confiné ! J’ai fait tout seul ! » raconte-t-il. Pendant deux jours, il a jonglé entre les écrans d’ordinateurs et les téléphones. « Notre clientèle internationale nous a suivi. Habituellement on vend 95% de notre vente, là on a vendu aux alentours de 70%. C’est un résultat correct vu les conditions ! »
 

Confinement rime avec temps et argent !

Pari gagné donc pour ces commissaires-priseurs puisque ces ventes en période de confinement ont remporté un franc succès ! Le taux de fréquentation des sites d’enchères a bondi, tout comme celui du nombre de personnes connectées à une vente en ligne.  « En moyenne, en temps normal, on a 200-250 personnes en live plus les gens du public. En avril, pour la première vente, on était à plus de 750 personnes et pour la deuxième à plus de 900 ! se réjouit Maître Philippe Casal. Les gens s’ennuyaient ! En plus ils n’avaient pas dépensé le moindre sou dans les boutiques donc ils avaient des moyens et du temps ! »

Les prix aussi se sont envolés et la plupart des objets sont partis à des prix plus élevés qu’espéré en temps normal. « Il y avait très peu de ventes en France et tous les gens étaient confinés, deux éléments qui ont fait qu’il y avait un intérêt accru sur les ventes à ce moment-là et ça a un peu faussé la donne » estime Maître Philippe Jalenques commissaire-priseur à Clermont-Ferrand. Lui a préféré mettre son activité entre parenthèse le temps du confinement. « Le mois d’avril est un mois où on a fait zéro. Il n’y a pas eu du tout d’activité. Au mois de mars, j’avais fait une vente le 14 mars juste avant le confinement. C’était une vente mobilière assez importante qui avait permis de faire que le mois de mars ne soit pas catastrophique d’un point de vue financier. »
Même temps mort dans la seule étude du Cantal. Maître Wilfried Goolen a placé ses salariés en chômage partiel et n’a réalisé aucune vente. « On gagne notre vie en faisant des inventaires dans le cadre de succession ou de partage et en faisant des ventes aux enchères. Pendant le confinement c’était impossible. Le chiffre d’affaire est tombé à zéro. »
 

A Huis-clos ou presque

Et puis comme pour tout le monde le 11 mai est arrivé avec son lot de préconisations sanitaires. Et comme pour tout le monde les choses ont repris un court pas tout à fait normal… D’une manière générale, les commissaires-priseurs vont privilégier la vente en live sur internet. C’est d’ailleurs comme ça que s’est déroulée la première vente aux enchères post-déconfinement à Aurillac, le 19 mai dernier. « C’était spécial parce que c’était une vente sans public, » explique Maître Goolen. Chacun derrière son ordinateur, vendeur comme acheteurs et les enchères montent sur les écrans au fur et à mesure que les lots défilent. « Ca n’est pas très rigolo ! confie Maître Wilfried Goolen. Vous parlez pendant trois heures tout seul  à une caméra, il n’y a pas d’interaction avec le public… quand vous êtes face à une salle vous avez des gens qui réagissent : épatés, étonnés, qui font des commentaires… Ca créé une espèce d’émulation.  Il y a de la vie ! »
Sentiment partagé par Maître Etienne Laurent à Vichy. Le 14 mai, il a mené une première vente d’objets d’art sans public depuis la fin du confinement. « C’est une ambiance particulière, c’est très bizarre. On est tout seul ou presque pendant cinq heures, les interactions sont limitées aux plateformes de live… »

Mais c’est encore la solution la plus simple pour respecter les gestes barrière, notamment la distanciation sociale. Dans un premier temps, pour leur réouverture, les salles des ventes n’étaient autorisées à accueillir que 10 personnes maximum, personnel inclus. « Le gouvernement tâtonne. Si on compte le commissaire-priseur, les clercs qui travaillent à l’étude et les manutentionnaires, on est déjà minimum à 5 personnes… ça veut dire qu’on avait le droit de faire rentrer 5 clients… C’est pas terrible pour faire une vente ! » souligne Maître Goolen à Aurillac.
Désormais, le seuil autorisé est calculé en fonction de la surface de chaque salle des ventes. Il faut pouvoir réserver un espace de 4m2 par personne. « Mais attention, ça n’est pas vraiment la taille de la salle qui compte, c’est 4m2 libres ! Or nous, les salles sont occupées par l’exposition de la vente qu’on n’a pas pu faire en mars… ça réduit le nombre de personnes qu’on va pouvoir faire entrer » précise Maître Sylvie Dagot dont l’étude est située à Montluçon.

Les consignes sont tout aussi strictes pour les expositions qui précèdent les ventes. « La majorité du public ne pourra pas forcément voir tous les objets qui seront mis en vente désormais. Ça sera moins facile que d’habitude, » estime Maître Philippe Jalenques. Tous les objets ne sont pas dignes d’être exposé et des photos suffisent. « Par exemple quand il s’agit de petites liquidation judiciaire ou de succession, » précise Maître Jalenques. Pour ceux qui présentent plus d’intérêt, les expositions ont lieu sur rendez-vous ou à des heures bien précises avec filtrage à l’entrée, dans un sens de circulation définit à l’avance, avec masque, gants et stylos apportés par le public. Pour sa première vente post-confinement, Maître Etienne Laurent explique : « On avait fait des expositions privées. Les gens prenaient rendez-vous et venaient par demi-heure voir les objets. »

Une organisation lourde et longue en termes de gestion estime Maître Philippe Casal au Puy-en-Velay. « D’habitude, on ouvre pour les visites, les gens entrent, regardent… on fait la vente sur place et c’est enlevé immédiatement. Là je vais être obligé de filtrer à l’entrée pour les visites, d’organiser la vente en dématérialisé à l’étude avec peu de personnes et il faudra retourner faire un enlèvement échelonné. » Mais encore une fois le but est de protéger tout le monde, personnel des études comme acheteurs et limiter la propagation du covid19. « Les directives changent tous les jours. On n’est pas en sécurité. Je ne veux pas mettre mon personnel en péril. On fait tout ce qu’on peut pour redémarrer au plus tôt mais on avait besoin de se retrouver, » estime Maître Sylvie Dagot qui organise sa vente initialement prévue en mars, le 30 mai prochain.
 

De belles affaires en perspective

 Avec la fin du confinement, le nombre de ventes aux enchères devrait se multiplier dans les prochaines semaines avec de petites pépites insolites et de beaux objets d’arts. A Montluçon Sylvie Dagot remet le nez dans sa collection d’objets d’art qu’elle proposera à la fin du mois. « On a un peu oublié ce qu’il y a, c’était il y a deux mois ! On a plein de bijoux sympa, beaucoup d’argenterie, on a des objets militaires… j’ai l’impression de redécouvrir un trésor ! »
 A Clermont-Ferrand, une belle vente de tableaux se prépare : « 3 tableaux de Bernard Buffet, 1 tableau de Vlaminck, des tableaux de peintres assez célèbres… énumère Maître Philippes Jalenques. Il y a aussi un peu de mobilier design, art déco et du 20e siècle, notamment un lampadaire de Dupré-Lafon. Ce sont  des objets très tendance aujourd’hui qui seront vendus en même temps que les tableaux puisqu’on tourne autour du 20e siècle. »

Quoiqu’il en soit, le calendrier des ventes est complètement chamboulé. Parfois de quelques semaines, parfois de plusieurs mois ! A Vichy par exemple, début juin, c’est le rendez-vous des amateurs d’instruments de musique. « Ce sont des ventes qui se jouent avec des gens qui se déplacent jusqu’à Vichy, qui viennent de Corée, du Japon, des Etats-Unis… Donc on l’a recalée début décembre, » détaille Maître Etienne Laurent.
 

Des clients dans les starting-blocks

Malgré tout, les signes sont plutôt encourageants pour la reprise mais personne ne crie victoire. Globalement la vente se porte bien, les objets se vendent bien, à de bons prix. « Les ventes pendant le confinement ont très bien marché. Pour notre première vente, on était dans les repères normaux et même pas mal. Ca devrait être plutôt bien dans un premier temps avec peut-être derrière un coup de bambou… on est quand même sur un marché un peu accessoire… donc les conséquences économiques de cette crise pourrait bien avoir des conséquences sur le marché de l’art » considère maître Etienne Laurent.
« Je pense que tout ce qui est de qualité, de référence, de bonne signature va faire le prix du marché d’avant le confinement » estime Maïtre Philippe Jalenques à Clermont-Ferrand. «Ce qui vaut très très cher vaut encore plus cher… parce que c’est ce que faisaient les vieilles familles italiennes à la Renaissance… un tiers de leur fortune en argent, un tiers en immobilier et un tiers en objet d’art. Les objets d’art peuvent être un placement pour mettre de l’argent de côté si vous n’avez pas confiance dans les banques ou si vous pensez que le système va s’effondrer. Donc ce qui est rare va valoir encore plus cher qu’avant, » confirme Wilfried Goolen à Aurillac.  

D’autant que le public semble montrer des signes d’impatience ! « Je suis moins catastrophiste que les pouvoirs publics. J’ai le sentiment que le téléphone sonne, les gens sont là, il n’y a pas une peur comme en 2008, » raconte Maître Philippe Casal au Puy-en-Velay. Constat partagé par sa consoeur de Montluçon Sylvie Dagot. « Le contact avec les gens manque. Les petites ventes courantes du samedi matin… Je suis sur la place où il y a le marché, les commerçants que je revoie me demandent quand est-ce que je recommence les ventes ! »  










 

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