Elections Métropole de Lyon 2020 : ce qu'il faut retenir du débat entre les candidats diffusé sur France 3

Publié le Mis à jour le
Écrit par Renaud Gardette
Suivez le débat des élections de la Métropole de Lyon, mercredi 11 mars à partir de 21h05 avec nos 6 invités.
Suivez le débat des élections de la Métropole de Lyon, mercredi 11 mars à partir de 21h05 avec nos 6 invités. © P. Desmazes / AFP

Le débat des élections métropolitaines à Lyon mercredi 11 mars avec nos 6 invités a été marqué par les rumeurs d'alliance entre Gérard Collomb et Les Républicains. Comment justifier l'anneau des sciences? Andréa Kotarac parle de "logements et d'écoles poubelles". Le candidat LR attaque Eric Piolle.

Revivez les moments forts du grand débat des élections de la Métropole de Lyon avec nos 6 invités, interrogés par Olivier Michel et Paul Satis de France 3 Rhône-Alpes, Mathilde Imberty de France Info, et Francis Ziegelmeyer, directeur du Progrès - Rhône.
 


Quels accords entre les candidats?


Existe-t-il un accord secret entre LREM et la droite lyonnaise ? Ce sont des rumeurs lancées hier par Georges Képénékian. Première question donc à nos vinvités, directement concernés: cette rumeur est-elle fondée ?

Gérard Collomb (LREM): "Lancer cela à 3 jours du scrutin, c'est inepte. La rumeur est infondée. Il n'y a aucun accord."

- Il n'y a pas d'accord possible entre vous entre les 2 tours ?

Gérard Collomb : "Il n'y a aucun accord qui a pu être passé. Peut-être les accords après notre débat seront-ils passés entre quelques-uns d'entre nous ?"
 

"Tordre le cou à la rumeur"


François-Noël Buffet (Les Républicains): "Cette rumeur est persistante. Elle est très ancienne. Il faut savoir tordre le cou à la rumeur."
 

"On n'est pas à Koh-Lanta"


Avec le RN par contre, aucun accord ne semble possible. Andréa Kotarac réagit : "Nous on souhaite gouverner, c'est le principal, avec les habitants et les citoyens. On a d'un côté des alliances soupçonnées, de l'autre la même chose. Comme dit Rachida Dati, on n'est pas à Koh-Lanta. C'est un irrespect vis-à-vis des habitants."
 

L'anneau des sciences


Gérard Collomb et François-Noël Buffet s'accordent sur un point, la réalisation de l'anneau des sciences.

On en parle depuis 30 ans, 15 km à construire, sur une dizaine d'années, entre 3 et 6 milliards d'euros. Mais est-ce une "autoroute écologique" comme l'affirme Gérard Collomb? 

Gérard Collomb : "aujourd'hui faute de bouclage du périphérique, les voitures passent par les voiries de surface, elles polluent, elles provoquent des nuisances. On voie bien sur les quais, les 115.000 véhicules par jour. Il faut trouver une solution."

- On en parlait dans les années 90, pourquoi ça n'a pas été fait depuis 30 ans?

Gérard Collomb: " moi je l'ai lancé, avec David Kimelfeld d'ailleurs. Il n'y a pas très longtemps il était encore pour. A Madrid, ils avaient une autoroute qui passait dans la ville, ils l'ont enterrée. Au-dessus ils ont planté une forêt de pins, çà c'est écologique."

Bruno Bernard (EELV) fait une objection: "Madrid reste une des capitales les plus polluées. Le projet a coûté 10 milliards d'euros. Madrid est en difficulté financière". 

David Kimelfeld était favorable au projet, il se dit contre aujourd'hui: "Aujourd'hui le problème des gens, ce sont les embouteillages. C'est un effet sur la qualité de vie. Et la dégradation de la qualité de l'air. Il faut un plan de mobilités sur 10 ou 20 ans. Il faut des bus express, avec des parkings relais. Nous pouvons le faire dans les 2 - 3 ans. Un anneau des sciences, c'est 6 ou 8 ans. Il ne répondra pas aux problématiques. Il faut un péage de transit."
 

"Un enfant de CP le sait"


Bruno Bernard insiste pour offrir une alternative à la voiture aux 59 communes de la métropole pour réduire la pollution: "Un périphérique nous empêcherait de faire un développement massif des transports en communs, et des tramways à l'est. Notre objectif est de diminuer la pollution. Quand on a fait la rocade est dans les années 90, elle a été immédiatement saturée. Un enfant de CP le sait: quand on fait une route, c'est pour mettre des voitures, et ça créé de la pollution."


Pour le candidat LR François-Noël Buffet, il faut le faire:  "Je n'ai jamais été opposé au principe du périphérique. Je crois à une certaine forme de contrainte. Il faut développer les transports en commun. Que n'avez-vous pas fait pendant ce mandat ? 2 stations de métro! Pas plus. Je me suis battu pendant 20 ans pour la prolongation de la ligne B du métro. Il faudra faire cet ouvrage. Mais je suis en désaccord sur le tracé actuel."
 

"On a remonté dans le temps!"


Renaud Payre: "J'ai l'impression d'être dans le débat de 1995. On a remonté dans le temps! C'est un projet passéiste, qui ne répond plus du tout aux enjeux de notre époque. C'est un aspirateur à voitures. Notre objectif est de faire baisser la pollution. On n'a pas assez investi dans les transports en communs. Nous proposons 2 lignes de métros aériens, qui seront un périphérique en transports en commun."

Andréa Kotarac : "Nous sommes favorables à l'anneau des sciences, sous 2 conditions: qu'il soit accompagné d'un contournement ferroviaire. Il faudrait aussi revoir le tracé. Et enfin comment allons-nous faire une zone souterraine longue sans bouchons?"


François-Noël Buffet rappelle la nécessité de développer du train à l'ouest de Lyon et d'autres lignes de métro.

David Kimelfeld insiste sur le coût et la durée du projet, en plaidant pour des parkings relais, et la sécurisation des transports.

Bruno Bernard (EELV) rappelle le coût du périphérique nord, 1 milliard d'euros, avec 60.000 véhicules par jour. La ligne D du métro avec 280.000 voyageurs par jour aurait elle-aussi coûté 1 milliard d'euros: "Dans les 24 premiers mois du mandat, nous pourrons augmenter de 20 % l'ordre des bus, pour rentrer dans toutes les communes après 21h., faire des sites propres. Après nous ferons du tramway, des télécabines sur l'est et un plan métro à plus long terme".
 

"Mettons 4 milliards aujourd'hui"

 


Pour Renaud Payre, l'anneau des sciences est un projet qui "n'est pas finançable".

Gérard Collomb reprend ses notes et annonce un coût de 3 milliards 280 millions hors taxes. "Mettons 4 milliards aujourd'hui" précise-t-il. "J'ai les chiffres de l'époque, je n'ai pas les nouveaux, on pourra les actualiser." Le maire de Lyon promet des recettes de péage. "Mais çà permet de réduire la circulation sur les quais du Rhône. M. Buffet a raison, c'est une série de projets."

Encore une fois Gérard Collomb vante les mérites du candidat LR. Selon lui, l'anneau des sciences sera rentable en 2030: "Il va nous rapporter 10 millions d'euros par an" promet-il.
 

Renaud Payre rappelle le mouvement des gilets jaunes qui réclament des transports en communs et propose 2 lignes de métro, et un réseau express régional, un "RER à la lyonnaise".

François-Noël Buffet veut prolonger la ligne E.

David Kimelfeld veut prolonger et créer de nouvelles lignes de métro, en doublant le budget du Sytral.

Pour Andréa Kotarac, l'urgence est la sécurité des transports en commun. Il propose le prolongement de la ligne A vers l'est jusqu'à l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry, et un transport fluvial.

Gérard Collomb rappelle qu'il va justement continuer le vaporetto.

 

Le développement économique est-il compatible avec l'écologie ?



Bruno Bernard (EELV), voulez-vous une politique de décroissance ?

"Je suis chef d'entreprise. L'écologie et l'économie sont compatibles. L'écologie donne du sens à l'économie. Notre projet est créateur d'emplois. On va faire 10.000 logements isolés par an, c'est 200 millions d'euros de travaux, c'est de l'économie locale, et ça marche aussi dans les déchets. On peut créer 5.000 emplois dans le zéro déchet. Cette vision portée par Gérard Collomb est obsolète."


Renaud Payre: "Les enjeux climatiques, c'est une formidable opportunité pour notre économie. Nous allons développer des services en matière de bio-déchets, de lutte contre les passoires énergétiques. D'ici 2028 nous serons contraints d'y faire face. Le modèle macroniste de Gérard Collomb, c'est donner à ceux qui ont déjà beaucoup, et comme par magie les autres s'enrichiront."
 

David Kimelfeld veut faire de Lyon "la capitale européenne des énergies renouvelables".
 

Andréa Kotarac propose d'agir sur le bilan carbone des entreprises, et un fonds d'accès de 30 millions d'euros pour les jeunes agriculteurs, dédié aux terres agricoles de la Métropole. "On va multiplier les réseaux de producteurs locaux, ce sera créateur d'emplois." Il ajoute la végétalisation des façades, les consignes de verre comme en Suisse ou en Autriche. "C'est porteur d'emplois" dit-il. 

 

L'attaque de François-Noël Buffet contre Eric Piolle


Le candidat LR dresse un portrait très négatif du maire de Grenoble, actuellement le seul maire EELV de France:

François-Noël Buffet : "L'attractivité économique est fondamentale. Je suis hostile avec l'écologie punitive, celle qui contraint et qui va vers la régression. Si le modèle c'est monsieur Piolle (Maire EELV de Grenoble), qui perd de l'entreprise, qui a un budget en catastrophe, qui a un niveau de délinquance extraordinaire, et dont l'immobilier est en baisse de 4 %, çà n'est pas mon modèle. Nous sommes dans un moment de refondement du modèle économique."

"Evidemment" dit Gérard Collomb. Encore une fois il se montre tout à fait d'accord avec le candidat LR. 

Bruno Bernard (EELV) réagit : "M. Buffet, je comprends que vous racontiez n'importe quoi sur Grenoble, plutôt que parler de votre bilan à Oullins, où vous avez endetté la ville. Les habitants de Grenoble, ils donnent 40% dans les sondages, et ils sont très contents. Sur l'écologie, la Métropole est le premier acheteur sur le territoire. Nous voulons modifier notre politique d'achat, avec un schéma d'achat responsable avec des clauses environnementales beaucoup plus fortes qu'aujourd'hui."
 

Le logement

 

La Métropole devrait compter 150.000 habitants de plus d'ici 10 ans. Peut-on créer davantage de logements sociaux? 1 habitant sur 2 est locataire. Doit-on encadrer les loyers? 

Renaud Payre: "Pour moi c'est oui. il faut un encadrement. Quand vous voyez qu'un couple d'enseignants ne peut plus vivre dans une grande partie de la ville de Lyon, qu'une grande partie des familles sont obligées d'aller vivre en-dehors de la Métropole, bien-sûr qu'on encadre les loyers, comme le permet la Loi Alur."

Andréa Kotarac: "Non je ne suis pas favorable. La première urgence, c'est les étudiants." Il propose 10% des logements sociaux réservés aux étudiants les plus précaires. Il veut également aider les femmes battues en les éloignant "du danger, elles et leurs enfants".
 
 

"Des écoles poubelles" : un dérapage ?


Le candidat RN a joué la carte de la formule choc, mais sans préciser de commune ni de quartier précisément.

Andréa Kotarac : "La sécurité c'est primordiale en matière de logement. Il faut associer l'école et le logement. On ne peut pas avoir des communes avec des écoles poubelles, et des logements poubelles. Il faut permettre à certaines communes comme certains maires l'ont fait notamment à Vaulx-en-Velin, des écoles d'excellence, des spécialités, qui permettent de rendre la fierté aux habitant."

Olivier Michel (France 3 Rhône-Alpes) le reprend: "Vous vous rendez-compte de l'importance des mots? Ce ne sont pas des mots anodins pour les gens qui habitent ou qui vont dans ces écoles-là."

Andréa Kotarac: "Ce sont des parents d'élèves que j'ai rencontrés. Ils m'ont dit - on est dans une école poubelle, parce qu'on subit le quartier, on se sent assignés à résidence, on ne peut plus sortir. Il faut redonner de la fierté à ces gens-là."

 

"Il faut produire du logement."



David Kimelfeld veut encadrer Air B'n'b, et se dit contre l'encadrement des loyers. Il envisage 50.000 logements supplémentaire, "un choc de l'offre" dit-il.

Bruno Bernard veut, lui, encadrer les loyers avec une brigade spécifique pour repérer les logements insalubres, en contrôlant aussi les prix de vente en imposant des prix de sortie aux bailleurs pour les classes moyennes. 

"Il faut produire du logement, 20% de logement supplémentaire" affirme Gérard Collomb. Encore une fois il félicite François-Noël Buffet: "On peut partager un certain nombre d'idées" dit-il au bord de l'énervement, sous le regard amusé de Bruno Bernard.

Renaud Payre:
"Nous sommes favorables à la construction de nouveaux logements. Nous construirons 6.000 logements sociaux par an."

Andréa Kotarac affirme qu'il y a 99% de ressortissants étrangers dans l'hébergement d'urgence. 
 

Les invités

 

 

LREM : Gérard Collomb, 72 ans


Le maire sortant de Lyon (il est maire depuis 2001) n'est pas candidat à la mairie mais vise la direction de la métropole. Il en était le président en 2001 et jusqu'à sa nomination en tant que ministre de l'Intérieur en juillet 2017. A son retour en 2018, il est réélu maire de Lyon, mais n'a pas récupéré la présidence de la Métropole, dirigée par son ancien dauphin David Kimelfeld. La confiance était rapidement fendue entre les deux hommes. Et c'est finalement Gérard Collomb qui a obtenue l'investiture de LREM pour les élections métropolitaines.

 

Divers Centre : David Kimelfeld, 58 ans


Le maire du 4e arrondissement de Lyon a pris la tête de la métropole de Lyon au moment du départ de Gérard Collomb au Ministère de l'Intérieur en juillet 2017. L'ancien infirmier, et dirigeant d'entreprise dans le transport, est resté à son poste au retour de son ancien mentor à la Mairie de Lyon. Il est maintenant candidat à sa propre succession. David Kimelfeld n'a pas été investi par LREM. 
 

EELV : Bruno Bernard, 49 ans


Né à Sainte-Foy-lès-Lyon, Bruno Bernard vit à Villeurbanne depuis 1991. Il a travaillé comme salarié dans la décontamination, avant de créer son entreprise de désamiantage. Il s'engage en politique en 2002 avec EELV, puis devient responsable local à Villeurbanne, puis secrétaire régional, et intègre la direction nationale du parti en 2016.
 

RN : Andrea Kotarac, 31 ans


C'est le benjamin de la course à la Métropole. L'ancien conseiller régional de La France insoumise a rejoint le Rassemblement Nationale juste avant les dernières Européennes, sidérant dans la foulée ses proches et anciens camarades. Il a été désigné tête de liste du Rassemblement National pour tenter de remporter la métropole. Le jeune homme se dit passionné par la vie politique depuis ses 15 ans. 
 

Gauche Unie : Renaud Payre, 44 ans


Directeur de Sciences-Po Lyon depuis 2016, Renaud Payre est le candidat de la Gauche unie (Parti Socialiste, Parti Communiste, Générations, Place Publique, Nouvelle Donne, GDS, Citoyens Insoumis et Manufacture de la Cité). Cet agrégé de science politique a participé à la création du GRAM (Groupe de Réflexion et d'Action Métropolitaine) aux côtés de la maire du 1er arrondissement Nathalie Perrin-Gilbert. Un mouvement qu'il a quitté en 2018 après de profonds désaccords. Il se présente pour la première fois à une élection.
 

Les Républicains : François-Noël Buffet, 56 ans


Maire d'Oullins pendant 20 ans jusqu'en 2007, François-Noël Buffet est sénateur du Rhône depuis 2004. En 2014 le sénateur, avocat de profession, était candidat face à Gérard Collomb sous les couleurs de l'UMP pour la présidence du Grand Lyon. La Métropole lyonnaise n'a plus été conquise par la droite depuis la fin du mandat de Raymond Barre en 2001: à l'époque, la Métropole s'appelait la Communauté Urbaine de Lyon, la COURLY.
 

Les autres listes présentes


100 % citoyen : Eric Lafond, 48 ans
 

Engagé dans la politique bénévolement, Eric Lafond, ancien du Modem est de chaque élection locale ou presque à Lyon depuis 2001. Centriste, il a monté le Mouvement "100 % citoyen". Après un rapprochement avec Denis Broloquier, maire sortant du 2e et candidat à la mairie de Lyon, c'est lui qui a été désigné candidat à la métropole. Il est directeur d'une ONG intervenant sur le marché du travail des personnes peu ou non qualifiées : le PASS.


Lutte Ouvrière : Olivier Minoux, 50 ans


Olivier Minoux est ouvrier dans la chimie et candidat Lutte ouvrière. En 2012 et 2017 il a participé à la campagne des législatives pour LO dans la 11e circonscription de Lyon. Il est également candidat aux municipales à Lyon, dans 8 des 9 arrondissements.
 

Deux élections distinctes

 
Pour rappel, et pour la première fois, deux élections auront lieu dimanche 15 mars pour le premier tour, les élections municipales, pour savoir qui sera le maire de Lyon, et les élections métropolitaines, pour élire, le même jour, le président de la Métropole de Lyon. 
 

 

 

 

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