Emeutes à Moirans: des événements "difficiles à oublier"

Alors que Manuel Valls est attendu à Moirans (Isère), retour sur un témoignage très fort, celui du propriétaire de la casse auto et de son épouse directement concernés par les événements violents. Ils ont vu leur outil de travail partir en fumée.

© France 3 Alpes
Sur la RD1085, à l'entrée de Moirans, théâtre principal des scènes d'émeutes qui ont secoué la petite commune le 20 octobre, Christophe et son épouse tentent de remettre en route l'activité de leur société: une casse auto. Ils n'ont plus trop envie de parler aux journalistes: "ça suffit, on a déjà tout raconté, de toute façon ça ne sert à rien de parler. Et puis, on nous a déjà oubliés."

Dans la cour de leur entreprise, il reste encore des débris de vitres brisées, des traces de feu au sol, et à l'intérieur des locaux, l'entrée du comptoir de bois, fracturée, a été rafistolée tant bien que mal avec du scotch et du plastique, "en attendant les expertises".

Au téléphone, les commandes reprennent doucement, une tête de delco, un rétroviseur, une courroie... Certains clients s'attardent un peu pour dire leur soutien, et faire part de leurs encouragements. Pour le couple, l'important c'est de reprendre le travail. 


La peur au ventre

Reprendre le travail, avec la peur au ventre: "Oui, j'ai peur à présent. Peur en rentrant à la maison, peur en revenant ici". Même si elle fait face, difficile pour l'épouse de Christophe d'oublier ce 20 octobre: "J'ai appelé cinq fois la police. Je leur ai expliqué ce qu'il se passait. Ils m'ont dit d'aller fermer le portail. Ils étaient déjà plus d'une dizaine dans la cour, certains cagoulés. C'était impossible à faire! On a jamais vu un uniforme ou un policier à ce moment-là. C'est le Maire qui a fini par nous dégager. C'est lui qui est venu négocier avec les gens du voyage, pour qu'on puisse sortir".

Christophe a lui aussi tenté de négocier. Il les a vus "débouler dans la cour", sans bien comprendre. Ils ont d'abord pris des palettes, des pneus. C'est quand ils s'en sont pris aux voitures qu'il a tenté de protester et de s'interposer. Il a alors écopé de deux coups de poing au visage, et d'un coup de pied aux jambes.

Il n'avait alors plus d'autre choix que de regarder partir en flammes son outil de travail: "On a dit qu'ils n'avaient brûlé que de vieilles voitures", explique encore sa femme, "mais c'est notre gagne-pain, nous vendons des pièces détachées. Ils ont aussi pris des véhicules entreposés qui appartenaient à des clients. Ils ont aussi incendié nos propres véhicules. On a plus de voiture. Il n'y avait pas que des gens de Moirans...."

Je ne pourrai jamais oublier cette journée "


Christophe a porté plainte contre X, démarche obligatoire pour une procédure d'indemnisation. Il a eu envie de porter plainte contre l'Etat "pour sa passivité, et son inaction au moment des faits". "On m'en a dissuadé", confie-t-il, en me disant que ce serait "trop lourd, trop long, trop compliqué et source d'ennuis". Mais "ces deux heures passées à attendre les forces de l'ordre, qui, en arrivant, n'ont rien fait", leur restent en travers de la gorge. "De ma vie, je ne pourrai jamais oublier cette journée", lâche sa femme.

Ce vendredi 6 novembre, Manuel Valls va rendre visite aux victimes. 

"S'il vient, j'ai bien envie de parler avec lui, de le rencontrer, lui dire que la situation est grave", commente Christophe, "j'ai bien peur qu'en France, ce ne soit que le début, j'ai l'impression que ça va péter, on ne peut pas tout laisser passer."

Car à Moirans, on a le sentiment que les événements qui se sont déroulés dans la petite ville n'auraient pas forcément eu lieu "si les choses s'étaient conclues autrement dans l'affaire de l'autoroute A1". La communauté des gens du voyage a donné à cette occasion la fâcheuse impression qu'elle pouvait faire plier les pouvoirs publics.

Les justifications du préfet de l'Isère au lendemain des émeutes, expliquant pourquoi il n'y avait pas eu d'arrestation au plus fort des événements, ont eu du mal à passer.

Jean-Paul Bonnetain avait alors déclaré que les forces de l'ordre s'étaient d'abord attachées à "rétablir l'ordre" et à "produire des preuves d'une qualité irréprochable, à l'encontre des auteurs".

A la veille de la visite de Manuel Valls, aucune interpellation n'a encore été effectuée. 

Note de l'auteur: la rencontre avec Christophe et son épouse a eu lieu le 27 octobre dernier.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
faits divers
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter