En Auvergne, avec la crise du COVID 19, des EHPAD peinent davantage à remplir leurs établissements

Décès liés au COVID 19, peur du virus, simple turn-over…  Depuis la crise, certains EHPAD d’Auvergne ont des places disponibles dans leurs structures et doivent rassurer les familles.

Depuis la crise sanitaire du COVID 19, l'attente est moins longue que d'habitude pour trouver une place dans un EHPAD en Auvergne. (Photo d'illustration)
Depuis la crise sanitaire du COVID 19, l'attente est moins longue que d'habitude pour trouver une place dans un EHPAD en Auvergne. (Photo d'illustration) © Jean-Marc LOOS/MAXPPP

« D’habitude nous avons une grande liste d’attente car les places libérées partent vite dans notre établissement, plus accessibles sur le plan financier, mais en ce moment il n’y pas d’attente. Au contraire nous avons encore 21 lits disponibles ! » témoigne Bruno Ogeix, cadre de santé à l’EHPAD L’Ombelle de Maringues (Puy-de-Dôme). Un constat inhabituel qui, selon lui, est sans aucun doute lié à la crise sanitaire. La maison de retraite médicalisée dans laquelle il travaille a particulièrement été impactée par le virus du COVID 19. Il détaille en toute transparence : « Nous avons eu un cluster au sein de notre EHPAD, le variant anglais a touché 84 de nos résidents en février et nous avons malheureusement perdu 18 résidents. Si nous avons très vite pu contrôler la situation et limiter les pertes humaines, notamment en repérant très vite l’origine du cluster puis grâce aux vaccins, il nous reste plus de chambres disponibles que d’habitude. Surtout que certains de nos résidents sont encore hospitalisés dans un état très critique. » Un constat établi aussi par de nombreux autres établissements avec qui Bruno Ogeix est en contact.

« C’est les chaises musicales dans les structures »

Julie Harrau, adjointe de direction de la maison de retraite Le Lys de Pavonis à Vichy (Allier), acquiesce et explique que la crise sanitaire a pu avoir des conséquences sur les établissements même lorsque les résidents n’ont jamais été touchés par le virus. Elle détaille : « Notre structure privée n’a eu aucun cas de COVID 19, mais les places libérées par des établissements publics qui ont été touchés, impactent forcément notre demande ! Car les places sont moins onéreuses dans le public. » Bruno Ogeix, en relation avec d’autres maisons de retraite du département, a pu lui aussi observer une concurrence plus marquée cette année entre les établissements : « Il y a parfois 70 places de disponibles dans certains EHPAD publics du département que je ne citerais pas et qui ont même dû fermer un service. Déjà qu’il y a beaucoup d’établissements dans la région, cette année les demandes des familles se font précieuses ! ».

Sandrine Gonzalez, assistante sociale à l’Hôpital de Thiers (Puy-de-Dôme) qui accompagne les familles dans leurs démarches en EHPAD, en a fait aussi le constat. Elle explique faire face à une situation exceptionnelle : « D’habitude, pour trouver une place à une famille, ça peut prendre des semaines. Là, les démarches sont très fluides, que ça soit en EHPAD public ou en EHPAD privé. Les familles ont beaucoup plus de choix partout. »

« Une situation exceptionnelle délicate  »

Si la majorité des EHPAD de la région contactés reconnaissent avoir « plus de places disponibles que d’habitude » dans leur structure, rares sont ceux à vouloir s’exprimer sur le sujet. Soit ils n’établissent pas de lien avec la crise sanitaire, soit ils précisent que leur établissement a eu la chance d’« échapper au virus », comme le souligne la maison de retraite Le Cèdre à Pont-du-Château (Puy-de-Dôme), qui explique n’avoir eu « aucun décès lié au COVID 19 ou aucun cluster » et évoque un « roulement plus ou moins habituel ». Pour Bruno Ogeix, s’il existe des établissements « plus chanceux que d’autres », beaucoup ne souhaite simplement pas communiquer sur la pandémie « pour rassurer familles et futurs résidents. » 

Rassurer les familles

Bruno Ogeix précise qu’aux décès et hospitalisations s’ajoutent aussi parfois les craintes des familles : « On pouvait surtout sentir les angoisses pendant la deuxième vague quand les familles ne pouvaient pas rendre visite aux résidents. C’est déjà difficile de mettre un proche dans un EHPAD, mais pendant la crise c’est encore plus dur. »

Julie Harrau explique que la vaccination a été cruciale pour rassurer les familles et retrouver une « vie un peu plus normale ». Bruno Ogeix acquiesce : « Nous avons vacciné la majorité de nos résidents et les visites sont de nouveau autorisées depuis que nous avons pu rouvrir notre établissement le 22 mars dernier. Nous communiquons beaucoup avec eux et nous avons constaté que les craintes se sont apaisées. » Il précise que l’accompagnement ne doit pas se limiter au vaccin et doit commencer dès la constitution du dossier et ce malgré la crise. Il détaille : « Notre établissement organise par exemple des visites guidées lors de l’inscription pour que les familles puissent découvrir l’environnement où évoluera leur proche. Cela nous rajoute parfois beaucoup de travail, mais pour nous c’est essentiel de les rassurer surtout après ce que nous avons traversé. Et le travail de notre psychologue est aussi fondamental pour ça. »

Alors malgré les places encore disponibles au sein de son établissement, Bruno Ogeix est confiant : « Les lits se remplissent petit à petit, nous devons nous adapter à la situation exceptionnelle c’est tout. L’essentielle c’est surtout de pouvoir garantir la sécurité de nos résidents et leur assurer la vie sociale qu’ils méritent ! », conclut-il.

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