Julien Maigne, ce député de Haute-Loire qui s'était élevé contre la politique coloniale de Jules Ferry

Après la mort de Georges Floyd, une vague de manifestations a traversé de nombreux pays pour dénoncer le racisme mais également le colonialisme. En Haute-Loire en 1885, le député Julien Maigne avait lui aussi mené un combat pour l'égalité des peuples. 
 
Julien Maigne, député de Haute-Loire de 1849 à 1885, faisait partie de ceux qui se sont opposés à la politique coloniale de la France.
Julien Maigne, député de Haute-Loire de 1849 à 1885, faisait partie de ceux qui se sont opposés à la politique coloniale de la France. © Assemblée nationale 2020
C'est une petite phrase qu'il faut chercher dans les archives des grands discours de l'Assemblée nationale. Mais c'est une phrase qui montre que l'air du temps ne justifie pas tout et qu'une époque ne peut pas se résumer à l'ordre établi. 

Dans son discours prononcé à la Chambre des députés le 28 juillet 1885 sur les fondements de la politique coloniale, Jules Ferry argumente son propos. Pour lui, l’expansion coloniale répond à trois ordres d'idées : des idées économiques, pour faire face au protectionnisme des Etats Unis d'Amérique, des idées politiques et patriotiques, afin de renforcer l'influence de la France dans le monde et enfin, des idées de « civilisation ». C'est en argumentant ce dernier point qu'il fait les frais du courroux auvergnat. 
 

Vous osez dire cela dans le pays où a été proclamé les droits de l'homme!" Julien Maigne


Pour Jules Ferry, « il faut parler plus haut et plus vrai » dit-il. « Il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures » lâche-t-il alors, provoquant une vague de rumeurs sur les bancs d'extrême gauche. Une voix s’élèvera au-dessus des autres, celle de Julien Maigne : « Vous osez dire cela dans le pays où ont été proclamés les droits de l'homme ! » 


Ce n'est pas la première fois que le député auvergnat a montré son opposition à la politique coloniale de la France. Dans sa biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889, on apprend que peu de temps avant, Julien Maigne a voté contre les crédits de l'expédition du Tonkin, suite d'opérations militaires françaises afin de poursuivre l'expansion coloniale en Asie du Sud-Est. L'expédition était menée sous l'impulsion du chef de gouvernement Jules Ferry. Elle a provoqué une crise politique et la chute de ce dernier en mars 1885. 


Farouche militant d'extrême gauche, ce brivadois né en 1816 fait partie des nombreux oubliés de l'Histoire. En tout et pour tout, une rue porte son nom à Brioude et un monument qu'il partage avec Amédée Saint-Ferréol célèbre sa mémoire sur la Place Eugène Gilbert de la même ville. Grand adversaire de la politique opportuniste, son penchant révolutionnaire alors que Napoléon III est au pouvoir le conduira à la déportation en 1849, suite à l'affaire du 13 juin et la tentative de constitution d'un gouvernement révolutionnaire avec ses petits camarades du groupe d'extrême-gauche la Montagne, peut-on également lire dans sa biographie. 


Il prend à nouveau part aux affaires publiques à la fin de l'Empire, lorsqu'il est élu en 1876. De nouveau député siégeant à l'extrême gauche, il se porte en faveur de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, pour la liberté absolue de réunion, d’association et de presse. Son dernier combat sera de lutter contre l'ambition colonialiste de Jules Ferry. 
 
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