La Chaise-Dieu : un festival de musique classique pour sauver un patrimoine

Abbatiale de La Chaise-Dieu. / © MaxPPP
Abbatiale de La Chaise-Dieu. / © MaxPPP

Sauvegarder le patrimoine est devenu tendance. Il faut résoudre la problématique du patrimoine en danger. La mission confiée à Stéphane Bern contribue à sauvegarder le patrimoine pour attirer les foules. En Haute-Loire, le Festival de La Chaise-Dieu attire les foules pour restaurer son patrimoine.

Par Rodolphe Custos avec Karine Aubry

Ces deux dernières années, la sauvegarde du patrimoine a fait un retour en force sur la scène médiatique en France. Souvent pour le meilleur (Loto du patrimoine), mais aussi parfois pour le pire (incendie de Notre-Dame de Paris). Cette mise en lumière profite aux actions menées discrètement depuis de nombreuses années en faveur du patrimoine. Coup de projecteur sur la restauration de l’abbaye de La Chaise-Dieu, en Haute-Loire, entamée il y a maintenant 53 ans.
 
 


Répondre à ces questions, c’est déjà s’intéresser au passé de cette Casa Déi. Revenons en arrière pour comprendre comment l’abbaye de La Chaise-Dieu est devenue le point d’orgue du Festival de La Chaise-Dieu. Une très belle histoire d’amour entre un grand musicien, Georges Cziffra, et l’une des plus belles abbayes d’Europe, La Chaise-Dieu.
 
 
Monsieur Georges Cziffra et son fils Georges Cziffra Junior lors du premier récital de piano donné à La Chaise-Dieu, le 25 septembre 1966. / © INA
Monsieur Georges Cziffra et son fils Georges Cziffra Junior lors du premier récital de piano donné à La Chaise-Dieu, le 25 septembre 1966. / © INA


En 1966, le pianiste Georges Cziffra séjourne avec son fils Georges Junior chez ses amis, Suzanne et Georges Mazoyer. Le couple leur fait visiter l’ancienne abbaye bénédictine construite entre 1043 et 1378. Située au cœur de la commune de La Chaise-Dieu, en Haute-Loire, l’abbaye à l’architecture gothique comprend un monument d’exception : l’église abbatiale Saint-Robert. L’illustre pianiste d’origine hongroise est séduit par ses vitraux et surtout son grand orgue construit en 1683. Son aspect extérieur est remarquable. Il comprend un grand buffet travaillé, de grands tuyaux de façade, des statues d’anges musiciens qui culminent au sommet de ses grandes tourelles... L’instrumentiste tombe sous son charme.
 


Georges Cziffra, le premier mécène du Festival de la Chaise-Dieu


L’orgue de l’abbatiale de La Chaise-Dieu est magnifique mais en très mauvais état. Georges Cziffra se rend compte qu’il est urgent de le restaurer. Il veut lui redonner sa splendeur passée et fait un pari : organiser un concert pour collecter des fonds et sauver l’instrument de musique. Le Docteur Mazoyer et son épouse Suzanne lui suggèrent d’organiser ce concert en l’abbatiale. Le 25 septembre 1966, le virtuose donne son premier récital de piano sur le site, accompagné de son fils Georges Junior, alors jeune chef de l’Orchestre Colonne (Paris). 2 500 spectateurs assistent à ce premier et unique concert. L’artiste reverse les cachets perçus à la restauration de l’orgue. Le succès ayant été au rendez-vous, l’opération est renouvelée les années suivantes avec la participation de grands maîtres et de jeunes artistes talentueux. Le Festival de La Chaise-Dieu est né !

 


Avec à son petit festival, Georges Cziffra vient donc au secours du grand orgue. Dix ans plus tard, en 1976, l’instrument résonne à nouveau sous les voûtes de l’abbatiale pour la première fois depuis près de deux siècles. Aujourd’hui, le Festival de musique de la Chaise-Dieu participe toujours à la restauration des trésors de l’abbaye mais aussi au projet de restauration et de mise en valeur de l’ensemble abbatial de La Chaise-Dieu, lancé en 2007 par le Syndicat mixte. C’est dans ce cadre que les quatorze tapisseries flamandes, tissées au XVIe siècle et classées au titre des Monuments historiques, ont été restaurées après six années de travail dans un atelier parisien. Elles sont accessibles au public depuis le 13 juillet 2019, dans l’ancienne chapelle Notre-Dame du Collège, au sein de l’abbaye de La Chaise-Dieu.
 
Tapisseries flamandes de l'abbatiale de La Chaise-Dieu tissées entre 1501 et 1518. / © Gérard Rivollier / France 3 Auvergne
Tapisseries flamandes de l'abbatiale de La Chaise-Dieu tissées entre 1501 et 1518. / © Gérard Rivollier / France 3 Auvergne
 

« Chaise-Dieu », un projet ambitieux


Le Syndicat mixte de La Chaise-Dieu, constitué pour la restauration des trésors nationaux de l’abbatiale, se transforme en 2007 en Syndicat mixte de gestion pour porter le projet « Chaise-Dieu ». L’association Festival de La Chaise-Dieu est partie prenante de ce projet, sur le volet culturel en lien étroit avec le festival. En 2017, ce syndicat signe une convention de partenariat avec le Festival de La Chaise-Dieu et la Fondation d’Entreprise Michelin. Il est aussi soutenu financièrement dans son projet « Chaise-Dieu » par l’Etat, la Région Auvergne-Rhône-Alpes, l’Europe et la Fondation du Patrimoine. A terme, les bâtiments composant l’ensemble abbatial (la maison du Cardinal, la chapelle des Pénitents, le Cloître, etc.) auront retrouvés leur état d’origine. Les travaux commencés en 2008 s’achèveront en 2022, date de la réouverture du site dans son intégralité.

 
Travaux Chaise-Dieu
L'abbaye de la Chaise-Dieu est au coeur d'une vaste de restauration. Les travaux ont commencés il y a 8 ans et devraient se poursuivre jusqu.en 2022. L'objectif de ce projet ambitieux est de transformer le site en un espace consacré au patrimoine, à la musique et à l'art. - France 3 Auvergne - Un reportage de : G. Rivollier, E. Brot-Monnier, L. Bortolazzo, A. Cretin
 

Le Festival de La Chaise-Dieu, un pari réussi 


En un demi-siècle, le Festival de La Chaise-Dieu devient une référence internationale en matière de musique classique. Chaque été, à la fin du mois d’août, des dizaines de milliers de personnes viennent assister à cet événement musical majeur qui se déroule dans cette petite commune de 700 habitants. Pour ses 50 ans, en 2016, 25 000 spectateurs ont assisté à 30 concerts, donnés par 1 300 artistes venus du monde entier sur 13 jours de manifestation. Si l’abbaye de La Chaise-Dieu avec son abbatiale demeure l’ancrage du festival, il rayonne désormais dans toute la Haute-Loire, dans le Puy-de-Dôme  et jusque dans la Loire (à Saint-Bonnet-le-Château). C’est un des plus gros festivals symphoniques français de l’année, avec ceux de Saint-Denis et de Besançon Franche-Comté.
 
Galerie photos - Festival de la Chaise-Dieu

Festival de La Chaise-Dieu, un colosse aux pieds d’argile   


En 53 ans d’existence, le petit concert de Georges Cziffra est devenu un immense festival au rayonnement international. Mais, c’est un colosse aux pieds d’argile. En 2016, la Chambre régionale des comptes d’Auvergne-Rhône-Alpes procède au contrôle des comptes et à l’examen de la gestion de l’association Festival de La Chaise-Dieu, pour les exercices 2010-2014. Son budget moyen annuel de 1,8 M€ est financé par les partenaires privés (20%), les subventions publiques (30%) et ses recettes propres (40%). Ce mode de financement lui procure une relative autonomie financière, mais c’est un équilibre précaire reposant sur le mécénat privé. La Chambre régionale des comptes préconise donc que l’association « élabore ses projections budgétaires de sorte de lui permettre de constituer une marge de sécurité, pour faire face à une mauvaise année en termes de fréquentation ou à la défaillance impromptue d’un partenaire privé essentiel ».


Bien que fragile financièrement, le Festival de La Chaise-Dieu est aujourd’hui un élément vital de l’activité économie, touristique, sociale et culturelle du secteur casadéin. Par son existence, sa réussite et sa notoriété, le Festival de La Chaise-Dieu a mis en lumière un site patrimonial exceptionnel et a permis de le sauver.  
 

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