“On aurait pu y passer” : sept ans après les inondations, ce village d'Auvergne se souvient

En juin 2017, des inondations dévastaient le sud de la Haute-Loire. Des orages très localisés ont déferlé, notamment sur la petite ville de Costaros. Sept ans après, ceux qui ont vécu cette nuit témoignent.

Le 13 juin 2017, des orages meurtriers ont dévasté une partie du sud de la Haute-Loire. Les communes de Costaros, Landos, Le Brignon, Ussel et Goudet se sont retrouvées noyées, les centres-bourgs inondés, les routes complétement détruites. Sept ans après, le maire de Costaros Pierre Gibert (SE) se souvient de cette nuit : “On a eu un gros orage, ce que la météo a appelé après un orage stationnaire. L'eau est tombée et les nuages porteurs d'eau ne se déplaçaient pas. Il est tombé environ 300 litres d'eau par mètre carré. Vous vous rendez compte, ça représente 30 arrosoirs ! Ça a pratiquement duré 2h30, voire 3 heures. Il y avait de l'eau partout. Je suis maire à Costaros depuis 1977 et c'est la première fois qu'on voyait un tel orage. Des orages on en a eu, mais pas de cette ampleur. On n'a pas de rivière. On a tout simplement un petit ruisseau qui traverse le village. Il est à sec environ 80% du temps, mais là, bien-sûr, il était inondé”. En à peine quelques heures, le ruisseau était devenu un torrent. 

On m'a dit "On se noie”

Emmanuel Meunier, responsable des services techniques de la mairie de Costaros, a été immédiatement mobilisé pour porter secours aux sinistrés : “Le soir des inondations, j'étais parti, on avait fini la journée et j'étais rentré chez moi. On voyait que le temps était menaçant. D'un coup j'ai eu un coup de téléphone. Je n’ai pas compris au début. On m'a dit "On se noie”. J’ai compris que ça venait de Costaros.” Il se rend immédiatement sur les lieux, tant bien que mal : “Je suis vite venu, j'ai eu des difficultés pour passer parce qu’il y avait de l'eau partout. Avec mon collègue, on a pris le tractopelle et puis on a fait le tour de la commune, voir les gens, ceux qui étaient inondés. On allait voir si on pouvait leur rendre service. Mais bon, il y avait de l'eau de partout, on ne pouvait pas faire grand-chose. Après, je suis descendu sur la route d'Ussel, il y avait des gens qui s'étaient coincés avec une voiture. La voiture était partie, l'eau l'avait embarquée et les gens étaient coincés sur un talus. Alors, je suis allé les chercher tant bien que mal avec le tractopelle. Je me suis débrouillé pour les sortir de là où ils étaient coincés.”  Il se souvient avoir eu de l’eau jusqu'à la taille, entre 90 cm et 1 mètre par endroits. 

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Images d'archives des inondations en Haute-Loire en 2017. ©France 3 Auvergne / INA

Face au déluge, Emmanuel Meunier finit par quitter les lieux : “On est resté avec mon collègue jusqu'à 4 heures du matin. On a fait le maximum. On était passé chez les gens qui étaient inondés, on a donné un coup de main pour déblayer un peu, et puis tout le monde a fini par partir. Ce n'était pas la peine, il restait encore de l'eau.” Dès le lendemain, il ne peut que constater les dégâts : “Sur la place du marché, il y avait des gravats partout. On a commencé à déblayer. Au niveau de la décharge, il y avait un trou immense. D'ailleurs, quand je suis passé sur la route, pour aller chercher les gens coincés sur le talus, il y avait l'eau qui passait par-dessus la décharge. Peut-être 5 min après, tout est parti d'un coup sur la route et on aurait pu y passer. On aurait pu y laisser la vie parce que ça a tout emporté. Ça avait fait un trou sur la route, il n’y avait plus qu'un sens de passage. Sur la route d'Ussel, en descendant de la gendarmerie, il y avait un morceau de la route qui était parti.” 

Pourtant, les inondations en Haute-Loire ne sont d'ordinaire pas légion, comme on le voit sur cette carte :

La décharge endommagée

Selon l’édile Pierre Gibert, les dégâts étaient très importants : “La commune est toute petite en superficie, donc les dégâts se sont essentiellement concentrés au niveau de la place du marché et sur la voirie. Le gros problème, c'est qu'on avait une ancienne décharge qui avait été végétalisée depuis 1990, ça faisait 27 ans. Elle a été réouverte et ça nous avait posé beaucoup de problèmes parce que cette décharge communale était un peu sauvage. À l'époque, il n'y avait pas de système de collecte des ordures ménagères, et il y avait des plaques avec de l'amiante. Il a fallu trouver un bureau d'études capable d'apprécier les dégâts. Ensuite, recruter une entreprise qui puisse traiter le problème d'amiante en plein air. Tout est rentré dans l'ordre maintenant. C'est un mauvais souvenir.” A cause de la pente et du ruissellement, les déchets déterrés s'étendaient sur plus de deux kilomètres.    

Réparer les dégats

Les dégâts ont aussi affecté les logements de la commune, se souvient Pierre Gibert : "Chez les particuliers, il y a eu des garages, des caves inondées, des voitures accidentées, des maisons du rez-de-chaussée inondées, mais c'était assez limité, finalement. C'est surtout au niveau communal, les places qui ont été vraiment endommagées, la voirie communale...” Alors, une fois l’orage passé, Pierre Gibert s’en souvient, il a fallu se retrousser les manches : “On a repris toutes les places, toute la voirie avec. On a fait la réhabilitation de la décharge en faisant des des travaux qui permettent, en cas d'orage semblable ou de crue semblable, de pouvoir absorber sans dégâts.” 

À l'époque, les services de l'État ont été réactifs puisque dès le lendemain, il y avait un préfet qui avait été nommé pour venir s'occuper du dossier.

Pierre Gibert, maire de Costaros

Heureusement, Costaros a bénéficié de la solidarité de l’Etat, des collectivités et de ses voisins, pour couvrir les coûts astronomiques des réparations : “On a eu pour 500 000€ de dégâts. Tout ça n'était pas assuré, parce que c'était des biens qui n'étaient pas assurables. On a eu des aides, la Région nous avait donné 35%, le Département 20%, l'État 30%. Il y avait aussi des collectivités qui avaient donné un peu d'argent, des 4 coins de France, ça représentait 5%. En autofinancement, on a eu à peu près 10%. Les sénateurs, députés, élus de la région, du département, tout le monde est venu très rapidement constater les dégâts et nous aider. On a eu également de la solidarité au niveau départemental pour la réhabilitation des voiries, notamment des communes du département. Par exemple, la commune de Montfaucon nous a envoyé un camion avec 2 ouvriers pendant 2 ou 3 jours pour nous aider à reprendre la voirie.” Il salue un élan de solidarité des autres communes du département. 

On disait qu'à Costaros, on ne se noierait jamais. Et puis c'est arrivé.

Emmanuel Meunier, responsable des services techniques de la mairie de Costaros

Emmanuel Meunier se souvient avoir collaboré avec des travailleurs venus d’autres départements : “On a eu de la chance parce que la mairie de Cussac a envoyé ses équipes pour nous aider à nettoyer une fois qu'on a eu fini la place du marché. Après, on s'est attaqué aux chemins parce que les chemins étaient défoncés partout. On a remblayé grossièrement.” Il a fallu adapter certains systèmes, précise-t-il : "Ils ont refait une partie de la nationale pour dégager les eaux de pluie et des égouts. Ils ont mis de gros tuyaux. C'est une bonne chose qui a été faite. On ne sait jamais, on ne sait pas si ça va arriver de nouveau. Nous, on disait qu'à Costaros, on ne se noierait jamais. Et puis c'est arrivé.” 

La crainte de nouvelles inondations

La commune de Costaros a cependant évité le pire, selon son maire : “En amont du village, on a ce qu'on appelle une zone humide. À l'époque, elle a joué son rôle puisqu'elle a stocké beaucoup d'eau et évité qu’il y ait davantage d'eau qui arrive d’un coup dans le village.” Le lac du Péchay a sauvé le village, confirme Emmanuel Meunier : “Heureusement qu'on l'a eu parce qu'il y aurait eu beaucoup plus de dégâts dans Costaros”. Mais ces intempéries, d’une violence inouïe, ont laissé des cicatrices et Pierre Gibert a ordonné des aménagements pour éviter que le pire ne se reproduise : “On a toujours cette crainte. Le problème, c'est que devant de telles chutes d'eau, on est impuissant, on ne peut pas faire grand-chose. Au niveau du village, on a procédé à la démolition de bâtiments de façon à ce que l'eau se stagne moins dans le milieu du village.” Il se rappelle avec émotion qu’un jeune agriculteur de 27 ans avait trouvé la mort dans la commune voisine du Brignon lors de ces inondations, en voulant prêter main-forte à des sinistrés.