La baisse des aides pour l'achat d'un chauffage au bois inquiète les professionnels de la Haute-Loire

Au 1er avril 2024, les aides gouvernementales baissent de 30 % pour l'achat d'un chauffage au bois. De quoi inquiéter les installateurs de poêles, notamment en Haute-Loire où la ressource en bois est abondante.

Peu à peu les flammes apparaissent. C’est la première flambée. Florence Duarte, installée à Blavozy en Haute-Loire, vient d’investir dans un poêle à bois équipé d’un four. Une nouvelle installation pour venir suppléer son chauffage au gaz. « C’est très agréable », confie-t-elle. « Ça va donner une âme à la maison. Ce sera le centre de la maison où il fera bon vivre. » Florence Duarte espère ainsi réaliser des économies non négligeables sur sa facture de gaz. Elle vise même une certaine autonomie. « J’espère pouvoir m’y retrouver. » Un chauffage au bois permettrait 30 % d’économie par rapport au chauffage gaz.

Comme cette habitante de Haute-Loire, de nombreux Français ont profité des aides gouvernementales pour changer de système de chauffage. Au cours des deux dernières années, plus d’un million ont opté pour le bois.

Avec l'isolation

La crainte, pour 2024, c’est l’essoufflement de cet engouement. Les règles d’obtention des aides accordées par l’Etat changent au 1er avril. Elles vont baisser de 30 % dans la cadre du dispositif MaPrimeRenov’. Leur montant sera de 1000 à 2500 euros selon les revenus pour l'acquisition d'un poêle. Mais surtout elles ne seront versées que dans le cadre de travaux globaux qui doivent comprendre l’isolation et relever la note des DPE (diagnostics de performance énergétique) des logements.

Une « usine à gaz » qui risque de décourager les acheteurs selon Bastien Masson. Il est installateur de poêles à bois à Saint-Julien-Chapteuil en Haute-Loire. Cet entrepreneur a réalisé de gros investissements, aussi bien sur le matériel que le personnel. Il redoute de voir le marché s’effondrer alors que la ressource en bois n'est pas menacée. « La France est le pays où on reboise plus qu’on ne coupe. C’est une erreur de dire qu’on va déforester la France pour chauffer au bois. Au contraire, les poêles sont de plus en plus performants et consomment de moins en moins. »

La Haute-Loire riche de ses forêts

La crainte d’une surconsommation de bois, argument avancé par l’Etat, est d’autant moins comprise en Haute-Loire qu’ici, un quart des habitants possède des bois et peut faire son bois de chauffe soi-même.

C’est justement le cas de Tanguy Côté à Saint-Germain-Laprade. Lui aussi vient d’investir dans un poêle à bois. Un poêle à bois haut de gamme. Il peut brûler aussi bien des bûches que des granulés. Il chauffe toute la maison et est venu remplacer des radiateurs électriques.

« Nous avons la ressource locale qui est peu chère. Avec ma famille, nous possédons des bois. Nous n’avons que les granulés à acheter. »

La concurrence de la pompe à chaleur

Mais son poêle de compétition a coûté 12000 euros. Un investissement conséquent pour lequel il a touché 2000 euros d’aides. « Ces aides m’ont permis d’acheter un poêle d’une gamme supérieure. Sans elles, je me serais contenté d’un poêle basique et je n'aurais pas envisagé l'achat d'un modèle hybride. »

Dans le dispositif 2024 de la MaPrimeRenov’, l’accent est mis sur l’installation de pompes à chaleur « qui consomment de l’électricité », se désole Bastien Masson, l’installateur de poêles. Une énergie davantage taxée et donc plus pertinente pour les caisses de l’Etat, au détriment d’une filière "bois" qui représente plus de 60 000 emplois en Auvergne Rhône-Alpes.