Municipales 2020. “Place aux jeunes” : dans son village de Haute-Loire, madame le maire ne se représentera pas

Annie Auzard (SE), maire sortante de Lamothe (Haute-Loire), pense aux lendemains des municipales. Sa retraite politique sera sportive. / © J. Doumeng / France 3 Auvergne
Annie Auzard (SE), maire sortante de Lamothe (Haute-Loire), pense aux lendemains des municipales. Sa retraite politique sera sportive. / © J. Doumeng / France 3 Auvergne

Dans le village de Lamothe, en Haute-Loire, aux prochaines élections municipales, le maire sortant ne sera pas réélu. Et pour cause : Annie Auzard a décidé de ne pas se représenter. Quelle vie après deux mandats de maire ? Pour elle, le jour d’après c’est déjà demain. Portrait.
 

Par Jérôme Doumeng

A Lamothe (Haute-Loire), petite commune de 874 habitants, madame le Maire ne se représente pas. Après plus de trente ans d’engagement politique, elle préparait le terrain depuis plusieurs mois. Si bien qu’en mars prochain, son nom n’apparaîtra pas sur la liste unique portée par son premier adjoint. Pour Annie Auzard (SE), qui restera comme la première femme élue maire de Lamothe, l’heure des loisirs à temps plein est enfin venue.
 

Madame le maire change de braquet



A l’horizon 2026, elle ne se voyait pas finir un troisième mandat d’affilée à l’âge de 80 ans, Annie Auzard a donc fait sienne la formule consacrée : « Place aux jeunes » ! Les trente et une dernières années de sa vie, madame le Maire, les a consacrées à la mairie de Lamothe (Haute-Loire). Deux mandats de conseillère municipale, un mandat d’adjointe et deux mandats de maire plus tard, elle a saisi l’occasion pour tenter une échappée. Digne d’un peloton cycliste serait-on tenté d’écrire, au pays de Romain Bardet. Attendre le bon moment pour changer de braquet. « J’avais préparé la sortie et je me suis assurée que derrière moi, un adjoint prendrait le relais ». Comme sur un vélo, on vous dit ! Pneus dégonflés, sous des cartons, le sien l’attend depuis longtemps au fond du garage. Un vélo fait sur mesure, offert par ses collègues, le jour de son départ à la retraite. Après douze ans d’oubli, cette ancienne professeur des écoles va pouvoir enfin le ressortir: « Jusqu’à 2008, je marquais toutes mes sorties, j’effectuais 6000 km par an, je sortais parfois avec Christiane (la mère de Romain Bardet) que j’avais bien du mal à suivre, surtout dans les côtes ». Cette année-là, à défaut d’un maillot tricolore, c’est donc d’une écharpe trois couleurs dont elle a hérité.

« Aucun président de la République n’a résisté, ils ont tous moisi ! »

Le long cordon rectiligne bordé de platanes ferait d’ailleurs un bien joli final d’étape à Lamothe. Cette cité dortoir qui depuis son promontoire et son château vieux de neuf siècles regarde Brioude, distante d’à peine six kilomètres. Dans la « Grande Rue » en pente, qui fend ce village médiéval, c’est l’heure de pointe. A midi, un défilé de voitures rompt le silence des rues désertes, avec son lot de maisons à vendre et de commerces à reprendre. Seul, le soleil semble tenir compagnie à Marcelle, lamothoise de quatre-vingt-quatre printemps. Aujourd’hui encore, sur le pas de sa porte, Madame le maire sera l’une des rares à lui faire la causette. « On se sent isolés ici, c’est le désert ! Surtout depuis que la seule boulangerie est fermée. Quand les gens font les courses, vous voyez du monde, les gens vous parlent, on échange un mot, là, plus rien ! » regrette-t-elle. Jusqu’en 2000, Marcelle voyait aussi passer sous sa fenêtre, les administrés se rendre à l’ancienne mairie voisine, sise dans une dépendance du château. Annie Auzard d’expliquer : « Il a fallu en partir car cela devenait insalubre. L’obscurité, et surtout l’humidité. Pour les personnels, les bureaux étaient exigus et les photos des présidents n’y résistaient pas. Tous, sans exception, ont fini par moisir dans leur cadre ! » s’en amuse l’édile. Aujourd’hui l’ancienne mairie est devenue résidence secondaire, propriété d’un couple de néerlandais. « Vous êtes encore toute jeune, alerte, guillerette, moi, je vous regretterai ! ». Marcelle tente de remotiver l’élue. En vain. Madame le maire tente, elle, comme elle peut, de réprimer quelques larmes. Sans plus de succès.

« Je ne ferai pas du tricot près de la cheminée ! »

Mais Annie Auzard n’est pas du genre à s’attarder sur les épreuves de la vie. Elles les affrontent dans l’action et l’ouverture au monde. Et son rôle d’élue lui a offert bien des occasions de ne pas être tentée par le repli sur soi. Si bien que, demain, quand il s’agira de céder sa place, madame le Maire, comme une profession de foi, l’assure d’un ton ferme et définitif : « Je ne ferai pas du tricot près de la cheminée ! ». D’ailleurs, dans le coffre de sa voiture, elle a fait de son sac de sports son viatique. Toujours le pied levé pour partir sur les chemins comme celui de St Jacques de Compostelle (qui passe par Lamothe), ou comme ceux empruntés par les deux clubs de marche auxquels elle regrette de ne pas pouvoir être plus assidue. D’ailleurs, aujourd’hui, ses amis marcheurs sont encore partis sans elle, car retenue pas une énième réunion entre élus pour dessiner les contours d’un nouveau parc d’activités à Lempdes-sur-Allagnon (Haute-Loire). Juste le temps pour la première magistrate de se caler une séance de remise en forme dans une salle de sports de Brioude. A peine trente minutes pour s’activer sur un tapis de marche et sur un…vélo, bien sûr. « A partir d’avril, je pourrai en user sans modération. J’ai besoin de rencontrer des gens de toutes générations, ça permet de rester jeune dans la tête ». On ne saurait mieux dire.

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