Pollution électromagnétique : une enquête nationale lancée auprès des éleveurs

Le ministère de l’Agriculture a lancé une enquête cet été pour mesurer l’impact des ouvrages électriques et des antennes-relais sur les animaux d’élevage. Une “bonne nouvelle” mais accueillie avec prudence par les syndicats et éleveurs en Haute-Loire.

Rappelez-vous. Fin 2021, Fréderic Salgues, éleveur en Haute-Loire, vit un véritable enfer avec son troupeau d’une quarantaine de vaches : elles ne s'alimentent plus, produisent moins de lait et s’affaiblissent à vue d'œil. En cause, selon l'agriculteur, l’antenne 4G installée non loin de son troupeau. Même s’il n’est pas démontré scientifiquement que ces antennes sont les causes directes des nuisances observées, les lignes à haute tension et les antennes-relais sont de plus en plus pointées du doigt par les éleveurs comme menace sur la vie de leurs animaux. Pour tenter d’évaluer un potentiel lien entre cette pollution électromagnétique et les troubles parfois constatés sur les animaux, le ministère de l’agriculture a confié au Conseil Général de l’Alimentation, de l’Agriculture et des Espaces Ruraux (CGAAER) une mission d’enquête. Les éleveurs sont invités à répondre à un questionnaire anonyme pour tenter d’identifier d'éventuels liens entre des difficultés observées en élevage et la présence d’antennes téléphoniques.

“C’est du foutage de gueule” 

Pour Frédéric Salgues, ce questionnaire ne fait pas redescendre sa colère. Pour l'éleveur, cette solution n'est qu'un pansement sur une jambe de bois. “C’est du foutage de gueule. On ne laisse pas faire les études et les expertises lorsqu’il y a un problème mais on nous envoie un questionnaire”, fustige l'éleveur. À ce jour, Frédéric Salgues n’a reçu aucune indemnisation face aux préjudices subis. Il demande une réelle solution de la part du gouvernement : “Il faut indemniser les éleveurs quand ce genre de problèmes arrive. Il y a un tas d’éleveurs qui voient leur production baisser de moitié sans comprendre. On ne cherche même pas à comprendre d’ailleurs. Et pendant qu’on tourne en rond, les éleveurs perdent de l’argent”. Pour l'éleveur dans le GAEC de Coupet, il est plus qu’urgent de trouver l’origine de ces phénomènes : “Il y a un problème environnemental qui tue nos vaches, c’est certain. Peut-être, ce n’est pas les antennes relais mais dans un environnement tout va très bien se passer et dans un autre ça explose”.

“C’est le pot de terre contre le pot de fer” 

Pour Anne Rogue, directrice de la FDSEA de Haute-Loire, c’est une “bonne nouvelle” pour le bien-être de l’élevage mais la directrice départementale du syndicat d’éleveurs attend de voir la portée pratique de cette enquête. “On l'accueille avec précaution. On suit les problèmes des ondes électromagnétiques depuis pas mal de mois dans notre département, par rapport à cette exploitation du GAEC de Coupet. On est assez dubitatifs parce que ce ne sont pas les premières enquêtes qui sont faites. Néanmoins, celle-ci a l’air plus complète que les autres. Ce qui nous interroge c’est la portée que pourrait avoir cette enquête. On se rend compte que c’est un combat du pot de terre contre le pot de fer. Le ministère de l’Economie est juge et partie en la matière. C’est très compliqué d’affirmer qu’on va trouver une issue à cette problématique”. Elle regrette que cette enquête n’arrive qu’après de multiples demandes laissées sans réponse :  “Jusqu'à présent on a une fin de non-recevoir. Aussi bien le ministère de l’Economie ou de la Transition Numérique ou même Orange n'ont daigné répondre à nos demandes”. L’enjeu pour Anne Guesdes reste dans l’étude scientifique de l’impact de ces antennes relais. “Ce qu’on demande à l’Etat c’est de faire une enquête dès lors que l’on soupçonne ces antennes relais. On aimerait que les antennes soient installées dans des conditions particulières qu’on aimerait déterminer. Ce qu’on demande au ministère et aux fournisseurs c’est de rechercher les origines de ce dysfonctionnement et d’admettre qu’il y a un dysfonctionnement”

Le questionnaire est disponible jusqu’au 31 août, pour tous les éleveurs dont l'exploitation se situe à moins de 2 km des antennes-relais ou d'installations électriques.