Pourquoi une conférence nationaliste au Puy-en-Velay fait polémique

Samedi 7 janvier, le collectif antifasciste Rafalh organise un rassemblement devant la préfecture du Puy-en-Velay. Il dénonce la tenue d’une conférence par une figure nationaliste dans une librairie ponote.

C’est un rassemblement sous haute-tension qui a lieu ce samedi 7 janvier à 16 heures devant la préfecture du Puy-en-Velay. Organisé par le collectif antifasciste Rafalh, il devait initialement se tenir devant la librairie des Arts enracinés, mais suite à un arrêté préfectoral, le rassemblement a changé de lieu. Si la manifestation est organisée, c’est pour protester contre la venue dans cette librairie d’Yvan Benedetti, figure de l’ultradroite, et de son avocat Pierre-Marie Bonneau. Un membre du collectif antifasciste Rafalh explique : « Yvan Benedetti a un CV long comme le bras de condamnations pour antisémitisme, appel à la haine. Il vient proférer son discours dans les rues du Puy-en-Velay et c’est ce qu’on lui reproche  Il y a un historique qui remonte à l’ouverture de la librairie. Ce qui nous pousse à faire un rassemblement aujourd’hui c’est qu’une fois encore la librairie des Arts enracinés invite Yvan Benedetti et prône des idées d’extrême-droite néofascistes et ultranationalistes aux yeux de tous, en  centre-ville du Puy-en-Velay. Rien ne se passe ».

Une programmation jugée sulfureuse

Ce n’est pas la première fois que le collectif dénonce la programmation de la librairie des Arts enracinés. Le membre du collectif poursuit : « Cette venue n’est pas tolérable. La dernière fois, le 27 août, on s’était mobilisés contre la conférence d’Hilda Lefort, qui est l’anagramme d’Adolf Hitler. Le thème de la conférence était : la hiérarchie raciale et le racisme bien compris. Il y a un mois et demi, il y avait un journaliste qui faisait une conférence sur Alexandre Douguine, un théoricien russe ultranationaliste qui prône l’extermination des Ukrainiens ». Il insiste : « La personne qui tient la librairie brandit la liberté d’expression. Il y a des choses qui se passent dans cette librairie qui sont passibles de la loi. Le racisme et l’antisémitisme sont punissables par la loi. Là, ça se passe au Puy-en-Velay et il n’y a rien qui bouge. Quand ça bouge, ce n’est pas contre la librairie mais contre le rassemblement antifasciste. Le préfet ne choisit pas de faire fermer la librairie ou de faire interdire la conférence, il choisit de tracer un périmètre d’interdiction de la manifestation ».

Un service d'ordre mis en place

Le membre du collectif espère qu’il n’y aura pas de débordements en marge de la manifestation de ce samedi : « On met en place un service d’ordre. Il n’y a jamais eu de débordements dans le cadre des rassemblements du Rafahl. Mais vous savez comment ça se passe : il y a un point de rendez-vous à 16 heures, c’est fini à 17 heures et ensuite, on ne va pas surveiller les gens ». Maxime Sanial est le collaborateur et conjoint de la gérante de la librairie. Il justifie l’organisation de cette conférence tenue par Yvan Benedetti : « Je le connais personnellement et il a des choses à dire. Comme j’avais prévu une conférence avec Pierre-Marie Bonneau qui est son avocat, et comme c’est la tradition chez les nationalistes de se déplacer en janvier et de faire des galettes des rois, j’ai proposé d’en faire une chez moi. Je pense que c’est quelqu’un qui a des choses à dire ».

Eviter les affrontements

Pour Maxime Sanial, les condamnations passées du conférencier ne le gênent pas : « Ce n’est pas la première personnalité publique à avoir été condamnée pour des délits de presse. C’est même fréquent. Eric Zemmour a été condamné pour délit de presse et cela ne l’a pas empêché d’avoir une tribune sur CNews et de se présenter à la présidentielle. Quand on est une personnalité connue et exposée, cela fait partie des choses qui arrivent ». Il espère lui aussi qu’il n’y aura pas de débordements : « La manifestation est interdite dans un large périmètre autour de la librairie. On craint des conséquences plus qu’un jour ordinaire mais on ne cherche pas du tout la bagarre. Dans les personnes qui viendront, il y aura surement des hommes qui feront rempart si jamais on était attaqués. J’espère que cela n'aura pas lieu, comme pour les trois précédents rassemblements. Normalement le dispositif prévu par la préfecture devrait être suffisant pour éviter les affrontements ». Pour Maxime Sanial, sa programmation n’est pas sulfureuse. Il plaide pour la liberté d’expression : « Est-ce un appel à la provocation de tenir une conférence chez moi ? Non, je ne pense pas. Les appels à la provocation sont faits par le camp d’en face. J’estime que défendre ces idées est un droit voire un devoir en France ». Le mouvement des jeunes socialistes, Le mouvement générations S, le parti communiste français, la CGT, Sud éducation, FSU 43, l’Union syndicale Solidaires, RESF 43 et l’union communiste libertaire du Puy ont apporté leur soutien au collectif Rafalh.