28 médecins de l'hôpital d'Annecy démissionnent de leurs fonctions administratives : “c'est un premier avertissement”

Manifestation à Paris, le 14 novembre 2019. / © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Manifestation à Paris, le 14 novembre 2019. / © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Mercredi 5 février, 28 médecins de l'hôpital d'Annecy Genevois ont démissionné de leurs fonctions administratives. Leur geste s'inscrit dans le cadre de la mobilisation nationale "contre la gestion financière de l'hôpital public", avant une nouvelle journée de manifestation vendredi 14 février.

Par Sophie Marechal

"C’est un premier avertissement. Nous avons quitté nos responsabilités de service. Mais si nous n’obtenons pas une réponse satisfaisante, nous irons plus loin", promet le docteur Renaud Chouquer, chef de service démissionnaire de l'unité de réanimation et de déchocage du centre hospitalier d'Annecy. 

Ils sont 28 à avoir démissionné de leurs fonctions administratives, mercredi 5 février au soir, à l'hôpital d'Annecy, en Haute-Savoie. Parmi eux, chefs de service, mais aussi responsables de pôles d'activités médicales ou encore représentants médicaux élus en commission. 


"On n'est pas une usine !" 

Les services de cardiologie, infectiologie, néphrologie et dialyse, réanimation, gastro-entérologie et les pôles soins critiques, femme-mère-enfant, santé-publique et cancérologie ont été touchés par ces démissions. Malgré tout, les médecins l'assurent, les patients ne souffriront pas de la situation, qui ne les touche pas directement. 

A l'origine de cette action coup de poing : "la gestion financière de l’hôpital public". "On ne veut plus cautionner le système actuel, dans lequel on doit produire des actes plutôt que de soigner les gens, martèle Renaud Chouquer, délégué du syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes réanimateurs élargi. Cela engendre une perte de sens du travail des soignants et c’est très insidieux. Les gens sont dégoûtés. On n’est pas une usine !"
 

Les 28 médecins de l'hôpital d'Annecy ont répondu à l'appel du collectif inter-hôpitaux, qui recense à cette heure plus de 600 démissions dans toute la France.
 
"Ce qu'on a obtenu en novembre dernier [la reprise d'une partie de la dette de l'hôpital public, des primes et des rallonges budgétaires, ndlr], c'est une bouffée d'oxygène. Mais c'est loin d'être suffisant ! s'insurge le docteur Renaud Chouquer. Aujourd'hui, nous demandons une réforme de la gouvernance hospitalière, une amélioration de nos conditions de travail et une augmentation des salaires, surtout pour les personnels soignants non-médicaux."


"Les soignants sont en grande souffrance"

Car, d'après le délégué syndical, la situation à l'hôpital public n'est plus tenable. "Il ne se passe pas une journée sans qu'un soignant n'éclate en pleurs. Les soignants sont en grande souffrance. Ils sont épuisés ou ils souffrent d'un management toxique. Surtout, ils sont très frustrés et n'ont pas l'impression de pouvoir faire leur travail correctement", déplore-t-il.
 

Il y a quelques semaines, le collectif inter-hôpitaux d'Annecy avait d'ailleurs publié une vidéo où le personnel se mettait en scène afin de demander plus de moyens.
 

Le collectif inter-hôpitaux planifie également une journée de mobilisation nationale, vendredi 14 février, pour "déclarer son amour à l'hôpital public". Les soignants de l'hôpital d'Annecy seront de la partie. 
 

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