Brucellose en Haute-Savoie : le préfet autorise jusqu'à 170 tirs de bouquetins sans test préalable

Suspendus depuis 2019, les abattages de bouquetins vont reprendre au printemps dans le massif du Bargy, en Haute-Savoie, afin de lutter contre la brucellose. Jusqu'à 170 animaux pourront être abattus cette année sans test préalable.

Nouveau tournant dans la lutte contre la brucellose en Haute-Savoie. Le préfet a autorisé, dans un arrêté publié jeudi 17 mars, l'abattage de bouquetins non marqués dans la limite de 170 individus pour l'année 2022, soit la moitié des effectifs du massif du Bargy. Cela implique le tir d'animaux non testés, dont on ignore s'ils sont porteurs de la maladie ou non.

Cet arrêté signe la reprise des tirs de bouquetins en Haute-Savoie alors qu'ils étaient suspendus depuis trois ans sur décision de justice. Le préfet met en avant la persistance de la brucellose parmi les 380 bouquetins du massif du Bargy "malgré l'ensemble des mesures de régulation (…) mises en œuvre depuis 2012". Cette mesure fait suite à la détection d'un cas de la maladie sur une vache d'un élevage à Saint-Laurent en novembre 2021.

Les éleveurs demandent l'éradication de la maladie

Les 235 bovins du cheptel ont été abattus en janvier, conformément à la réglementation, malgré les protestations du monde agricole et des associations de protection de l'environnement. Les éleveurs avaient manifesté pour dénoncer une décision "désuète et injuste", exigeant des mesures fortes de la part de l'Etat pour éradiquer la maladie et "en finir avec l'abattage total des troupeaux laitiers".

"Nous, les éleveurs, sommes en droit d'attendre une action rapide et efficace après ce qu'on a vécu cet automne, estime Bernard Mogenet, président de la FDSEA 74. On souhaiterait que les choses se passent de façon aussi rapide et efficace sur les bouquetins pour éradiquer cette maladie qui fait peser un risque considérable à l'ensemble de nos élevages."

La brucellose est une maladie contagieuse touchant les animaux et pouvant être transmise à l'homme, notamment par la consommation de produits laitiers provenant d'animaux infectés. La France est considérée comme indemne de brucellose depuis 2005, un statut qui conditionne des accords commerciaux. Mais une résurgence a été observée en 2012 dans le massif du Bargy.

Recours en justice contre les abatages

Dans son arrêté, le préfet met en avant le "risque de pertes économiques conséquentes pour la filière agricole" si la bactérie venait à proliférer. Et de s'appuyer sur un rapport émis par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) le 30 novembre, après la détection du cas de brucellose au sein de l'élevage de Saint-Laurent.

Cette étude évalue six scénarii de lutte contre la brucellose dans le massif du Bargy allant de la non-intervention à l’abattage total des bouquetins. Le préfet a suivi, en partie, les recommandations de l'agence. Cette dernière note toutefois une baisse du nombre de cas de la maladie en 2021 dans le massif, provoquant l'incompréhension des défenseurs de l'environnement.

"Le taux d'infection dans la population du Bargy est estimé à 4 %, relève Jean-Pierre Crouzat, vice-président régional de l'association France nature environnement, 96 bouquetins sur 100 sont sains. Il ne faut pas les abattre, cela n'a pas de sens. Il faut capturer, contrôler et euthanasier les animaux séropositifs."

France nature environnement entend lancer un recours juridique pour empêcher les opérations de prélèvements initialement envisagées au printemps. Depuis 2012, au fil des différentes stratégies de lutte contre la brucellose, 489 bouquetins ont été tués.