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Tuerie de Chevaline : y-a-t-il une piste roumaine ?

En continuant de creuser la piste du différend familial, des appels téléphoniques entre la Roumanie et le frère d'une des victimes britanniques de la tuerie de Chevaline intriguent les enquêteurs. Mais le procureur de la République d'Annecy reste circonspect.
Eric Maillaud lors d'une rencontre informelle avec la presse, le 24 juin.
Eric Maillaud lors d'une rencontre informelle avec la presse, le 24 juin. © AFP
"Il y a eu des appels téléphoniques passés depuis le téléphone du frère de Saad al-Hilli vers la Roumanie. Une commission rogatoire internationale a été adressée à la Roumanie il y a plusieurs mois", reconnait Éric Maillaud, avant d'ajouter : "Cette commission rogatoire a été en partie exécutée. Pour l'instant, ça ne donne rien", en précisant que les numéros composés n'avaient pas pu être identifiés.

Un différend entre frères ?

Saad al-Hilli et son frère Zaid étaient brouillés depuis de nombreux mois à propos de l'héritage de leur père, portant sur plusieurs millions d'euros. L'hypothèse du différend familial est une des pistes privilégiées par les enquêteurs depuis le début de l'affaire. Zaid al-Hilli n'a pas pu être interrogé sur ces appels téléphoniques car il bénéficie toujours du statut de témoin en Grande-Bretagne et non de celui de suspect. "On sait qu'il y a des connexions téléphoniques avec la Roumanie mais on ne sait pas qui était au bout du fil ni pourquoi les appels étaient passés", a résumé M. Maillaud.

Les différentes pistes

Le 5 septembre dernier, Saad al-Hilli, Britannique d'origine irakienne de 50 ans, sa femme Iqbal, 47 ans, et sa belle-mère Suhaila al-Allaf, 74 ans, de nationalité suédoise, avaient été retrouvés morts, tués de plusieurs balles dans la tête. Sylvain Mollier, un cycliste de la région, probable victime collatérale, gisait à côté de leur véhicule.

Les circonstances de la tuerie semblent à première vue peu compatibles avec le travail d'un professionnel: trop de douilles tirées, une victime collatérale et deux survivantes potentiellement témoins (les deux filles al-Hilli: Zainab, 7 ans, et Zeena, 4 ans). En novembre, l'hypothèse d'un "tueur à gages low-cost venu des Balkans", avait été évoquée par M. Maillaud, avec maintes précautions.

 Deux testaments incompatibles 

Le procureur a cependant assuré que ces appels vers la Roumanie n'avaient "strictement rien d'une piste sérieuse". "C'est simplement qu'on ne peut rien laisser dans l'ombre. Cela fait partie des masses de données que l'on récolte mois après mois", a-t-il ajouté. "Il n'y a pas de piste roumaine", a abondé une source proche de l'enquête. "Ce n'est pas parce qu'on travaille avec un pays qu'il y a une piste sérieuse. Sur cette affaire, on travaille avec une quinzaine de pays", a assuré une autre source proche de l'enquête.

Le différend entre Saad et Zaid à propos de l'héritage de leur père porte lui sur plusieurs millions d'euros, en argent, en biens et en immeubles. Figure notamment un compte en Suisse créditeur de 780.000 livres sterling (environ 917.000 euros). 

Décédé en 2011 en Espagne, le père de Saad al-Hilli avait laissé deux projets de testaments "qui ne sont pas compatibles", selon le procureur. Le premier, rédigé semble-t-il sous l'influence de Zaid, déshéritait complètement Saad.  Le deuxième, qui aurait été écrit après une explication entre les deux frères, rétablissait un partage équitable de la fortune paternelle.

L'entourage familial

Les enquêteurs s'intéressent par ailleurs à la famille d'Iqbal et à l'héritage de sa mère Suhaila, dont le mari est décédé, a aussi indiqué le procureur, confirmant une information du Parisien/Aujourd'hui en France. "On s'intéresse à tous les membres de la famille, quels qu'ils soient", a-t-il souligné.

Enfin, l'appel à témoins lancé fin avril pour retrouver les occupants d'un 4x4 gris, conduite à droite, qui aurait été vu sur les lieux du crime, n'a pour le moment pas apporté d'élément déterminant, selon une source proche de l'enquête.
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