A Saint-Marcellin, le Bateau ivre, "une pépite dans son jus" acquise par la mairie pour en faire un joyau du patrimoine

La maison datant des années 1950 est classée aux Monuments historiques depuis 2007, labellisée Patrimoine du XXe siècle. Elle recèle notamment une grande fresque en céramique de Vera Székély. La commune de Saint-Marcellin, en Isère, vient de l'acquérir. Reste à la restaurer.

Des centaines de personnes passent devant cette maison chaque jour, sans la voir. Il faut dire que de l'extérieur, elle ne paye pas de mine cette bâtisse aux murs blancs et au toit plat, conçue sur un seul niveau. La végétation est débordante, le portail un peu rouillé.

Rien ne laisse penser, en apparence, que la maison est classée aux Monuments Historiques, depuis 2007. Hormis, peut-être, le panneau "patrimoine du XXe siècle" sur l'un des murs extérieurs.

"Elle est dans son jus", concède Raphaël Mocellin, le maire de Saint-Marcellin, impatient de nous faire découvrir cette demeure singulière que la commune vient de préempter pour 200 000 euros.

On se demande ce qu'elle peut bien cacher.
 


L'oeuvre d'un collectif d'artistes

La maison, baptisée "Le Bateau Ivre", en référence au poème d'Arthur Rimbaud, a été construite au début des années 1950, par l'architecte Louis Babinet. Mais c'est à trois artistes que l'on doit sa conception : le peintre André Borderie, et le couple Pierre et Véra Székely. Les propriétaires, un couple de Saint-Marcellin, leur avait donné carte blanche pour imaginer leur futur cocon.

"Ce qui la rend unique, c'est l'interprétation de ces trois artistes. D'autant que c'est leur seule réalisation en commun, comme une parenthèse exceptionnelle", s'émerveille Nicole Nava, adjointe au maire en charge de la culture.

Tout est parti d'un plan dessiné à la main par Pierre Székely, et que l'on retrouve dans le hall de la maison, gravé dans la pierre.

On y distingue des formes arrondies, fusionnant petit à petit pour ne faire qu'un.
 


Une maison organique, "biologique et cellulaire"


"Vous avez les quatre stades de création et de conception de la maison. C'est un embryon", explique Frédéric Domenge, directeur de l'action culturelle à Saint-Marcellin.

"Là, ça représente à l'origine la maison et le jardin qui s'unissent, c'est un tout. Et puis, vous avez une délimitation, là où nous sommes [ndlr : dans le hall], un percement qui délimite les espaces de nuit des espaces de jour, et puis un point central, la cheminée". 

On ne va pas se mentir, le plan de la maison est conceptuel. C'est "une philosophie de l'habitat"

"C'est vraiment une conception organique, biologique, c'est une conception de l'habitat où la cellule familiale se retrouve dans une cellule qui associe le jardin et la maison", renchérit Frédéric Domenge. "On est dans une idée de respiration, de communication entre intérieur et extérieur".

Et, "comme dans la nature", les formes arrondies sont partout : dans les hublots choisis pour faire office de fenêtre, dans ces triangles aux angles ronds percés dans le plafond pour laisser passer la lumière, dans ces petits téléscopes colorés qui traversent les murs dans la pièce de vie. 

"Ce sont des courbes, mais qui ne sont pas parfaites. Il n'y a pas d'angles droits, ce qui fait référence à cette sensation organique. Il n'y a pas d'angles dans une cellule et on retrouve ces formes cellulaires dans les pierres choisies pour la cheminée ou dans le jardin".

 


La fresque de Véra Székely, pièce maîtresse de la maison

A l'intérieur, la maison recèle une pièce magistrale : une immense fresque en céramique conçue et posée par l'artiste Véra Székely. 

"On a découvert dans cette maison des choses magnifiques et notamment cette oeuvre en céramique faite par Véra Székely", indique le maire. 

"C'est une pépite que l'on vient de découvrir à Saint-Marcellin, une maison atypique, avant-gardiste. Nous allons essayer de constituer une fondation avec les enfants Székely pour essayer de conserver ce site parce qu'il est magique. C'est comme si vous trouviez un Picasso ou des plans de Le Corbusier, on est dans le même style donc on veut sauvegarder et transmettre aux jeunes générations ce bien-là qui appartient maintenant à la collectivité".

La commune a fait jouer son droit de préemption avant tout pour que la maison ne soit pas vendue en pièces détachées à des collectionneurs. "Les Américains sont friands de l'art de Székely. L'un de ses canapés s'est vendu 400 000 euros".

La municipalité ambitionne de commander des copies du mobilier pour que la maison retrouve l'aspect qu'elle avait en 1956.
 


1 million d'euros de budget

Mais avant de révéler ce trésor caché, il faudra beaucoup d'huile de coude et des mois de travaux. 800 000 euros vont être nécessaires pour réhabiliter la maison, en sus des 200 000 euros déboursés pour acheter la maison.

"Un coût supporté à 80% par l'Etat, la région et le département", assure Raphaël Mocellin qui espère l'ouvrir au public d'ici à la fin de son mandat.

La commune envisage également de créer un parcours patrimonial qui relierait notamment la maison à la piscine municipale, où se trouve une autre oeuvre en céramique de Véra Székély.
 

 

 

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