Bivouac, déchets, patous : des agents recrutés dans l'Oisans pour aider les randonneurs à bien se comporter en montagne

La communauté de communes de l'Oisans a recruté des agents de sensibilisation au milieu montagnard pour faire face à l'afflux de touristes sur ses sites emblématiques, notamment sur le plateau d'Emparis et le plateau des lacs du Taillefer. Enjeu : concilier fréquentation et préservation des espaces.
Des randonneurs campent en pleine journée sur le plateau des lacs dans le massif du Taillefer. Le bivouac est toléré, uniquement la nuit et à condition de respecter certaines règles.
Des randonneurs campent en pleine journée sur le plateau des lacs dans le massif du Taillefer. Le bivouac est toléré, uniquement la nuit et à condition de respecter certaines règles. © Bernard Clouet

Ils étaient plus de 20 000 durant l'été 2020 à se rendre sur le plateau des lacs dans le massif du Taillefer, et jusqu'à 500 par week-end à s'agglutiner autour du lac Fourchu dans l'Oisans. Des randonneurs qui avaient besoin de fraîcheur et d'évasion, sortir des villes et retrouver les grands espaces.

Mais les randonneurs, qu'ils soient novices ou qu'ils viennent régulièrement en montagne, ne sont pas toujours très respectueux des espaces sensibles dont ils viennent profiter. 

Déchets, piétinement, feux inappropriés : la hausse de la fréquentation engendre un certain nombre de mauvaises pratiques que les communes de montagne entendent combattre en faisant preuve de pédagogie et d'éducation.

Dans l'Oisans, deux agents de sensibilisation au milieu montagnard ont ainsi été recrutés pour cet été 2021. La communauté de communes a souhaité mettre en place cette expérimentation, d'ordinaire réservée aux parcs et espaces Natura 2000.

Leur mission : faire de la prévention mais aussi de l'animation nature.

"Pour que les personnes adhèrent à la protection de ce milieu, il est important qu'elles le comprennent et qu'elles l'apprécient", explique Lucie Gonzalez, l'une de ces nouvelles recrues.
 

Le lac Fourchu dans l'Oisans.
Le lac Fourchu dans l'Oisans. © Cécile Mathy


La montagne en partage

"On a conscience qu'on a un public qui est nouveau depuis plusieurs années, qui vient en montagne -ce qui est très chouette en soi- mais il y a besoin d'avoir un accompagnement pour expliquer que c'est un espace en partage", poursuit la jeune femme. 

En partage, notamment, avec le pastoralisme. A Ornon, au départ de la randonnée qui monte vers le lac Fourchu, elle rappelle donc quelques consignes à un groupe de marcheurs :

"Il y a des marmottes là-haut, mais il y a aussi des troupeaux. Donc, il faudra être vigilant par rapport aux chiens de protection qui sont présents. Vous connaissez les comportements à adopter face aux patous ?", lance-t-elle aux randonneurs.
 

Accepter et respecter la présence des patous

Quelques réponses fusent. Et l'agent de sensibilisation renchérit : "les chiens vont s'approcher de vous, venir en aboyant, ça peut faire un peu peur mais c'est leur comportement normal puisque vous êtes potentiellement une menace. Ils vont venir pour vous identifier. Il faut les laisser faire et rester calme. On attend que les chiens s'apaisent, ça peut prendre 5-6 minutes et quand ils retournent vers leur troupeau, vous pouvez continuer votre randonnée", explique Lucie Gonzalez.
 

durée de la vidéo: 01 min 57
Opération de sensibilisation dans l'Oisans


Après 800 mètres d'ascension, le groupe et les deux agents rejoignent le plateau des lacs. Ils découvrent des places de feux, stigmates de comportements pourtant prohibés. 

"Le problème de ces feux, c'est qu'ici, on a une période de végétation qui est très très courte, qui dure trois à quatre mois. Et l'été, quand on fait des feux la végétation n'a pas le temps de se développer. Une place de feu, ça stérilise le sol et la végétation met des dizaines d'années à revenir", indique Colas Durand, lui aussi agent de sensibilisation dans l'Oisans cet été.

"Le bivouac, ce n'est pas du camping"


Les randonneurs qui montent pique-niquer ici ou camper ont en effet tendance à oublier que le bivouac est toléré sous certaines conditions. "Le bivouac, ce n'est pas du camping", confirme Colas Durand.

"C'est l'autorisation de s'arrêter pour la nuit quand on est en itinérance, du coucher du soleil au lever du soleil. Il y a une tolérance entre 19h et 9h du matin. Le but c'est de laisser le moins de traces possibles, donc on n'abandonne pas de déchets, on ne fait aucun feu. Pour faire ses besoins, on récupère le papier toilette dans un petit sac poubelle parce qu'ici, en haute montagne, les matières organiques se dégradent très très très lentement. Les micro-organismes sont actifs très peu de temps dans l'année et si tout le monde fait ça, on va avoir du papier toilette partout dans la nature"

Sur le site, des cordelettes ont vu le jour pour baliser les sentiers. Une manière de montrer la voie au public et éviter les piétinements intempestifs de zones humides comme les tourbières. 
 


 

Sensibiliser plutôt que "mettre la montagne sous cloche"

"Je pense que la montagne, on ne va pas la mettre sous cloche. Elle est accessible à tous. Par contre, c'est vrai que les habitants qui n'ont jamais vu autant de population ont une inquiétude", réagit Nicole Faure, maire d'Ornon et vice-présidente de la communauté de communes de l'Oisans en charge de l'environnement. 

C'est donc pour éviter de nouveaux conflits entre riverains, usagers de la montagne et touristes venant en masse que les collectivités locales tentent d'éduquer les randonneurs. "On va attendre la fin de la saison pour faire un bilan", ajoute l'élue, pour voir si cette mesure expérimentale a vocation à être renouvelée.

Il faudra attendre le mois de septembre pour évaluer la portée de ces missions de sensibilisation et voir si cet été 2021, qui enregistre déjà une hausse de 20% des réservations en montagne, aura permis de concilier fréquentation soutenue et respect de la nature.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
montagne nature environnement randonnée