En Isère, les restaurants peuvent rouvrir pour les ouvriers du BTP, mais n'espèrent aucun gain financier

La préfecture a autorisé la signature de conventions entre restaurateurs et entreprises de BTP pour que les ouvriers puissent manger leur déjeuner dans les restaurants, toujours fermés, du département. Un moyen pour les restaurateurs de retrouver du sens, mais pas de gonfler leurs recettes.

"Des ouvriers qui galèrent dans le froid chaque midi, et qui se retrouvent dans des algécos ou dans leurs camions pour manger... Niveau mesures sanitaires, on est complètement à l'ouest." Ces images, Gaëtanne Besson-Chavant ne voulait plus les voir. L'Union des métiers des industries de l'hôtellerie (Umih) de l'Isère, dont elle est directrice, a donc engagé une demande auprès de la préfecture, avec la Chambre de commerce et de l'industrie (CCI), la CPME ou encore la Chambre des métiers et de l'artisanat.

Une demande à laquelle vient d'accéder la préfecture de l'Isère : désormais, et grâce à une convention disponible sur le site de la CCI, les restaurateurs isérois pourront accueillir dans leurs salles, toujours fermées au grand public, des ouvriers du BTP, ainsi que des artisans d'extérieur.

Une mesure que peuvent uniquement autoriser les préfets, à laquelle le gouvernement avait ouvert la porte courant janvier, en réponse aux protestations des restaurateurs : "Ils nous laissaient fermés, mais ils ouvraient des salles des fêtes pour les ouvriers", s'indigne Gaëtanne Besson-Chavant. 

 

Une victoire symbolique pour les restaurateurs...

La convention signée est stricte. Un restaurant ne pourra accueillir que les ouvriers d'un même chantier (même s'ils sont d'entreprises différentes), et devra se conformer aux règles sanitaires en vigueur dans la restauration collective : une table ne peut accueillir que quatre personnes par table, avec un mètre (ou une paroi protectrice) entre chaque place, tandis que le restaurant ne peut dépasser une jauge d'un client pour 8 m². Sans être synonyme de réouverture au public, ces conventions "montrent que les restaurateurs sont responsables", estime Gaëtanne Besson-Chavant.

Mais au-delà du gain symbolique, qu'est-ce que les restaurateurs ont à y gagner ? "Rien !", balance Danièle Chavant, la présidente de l'Umih 38 et restauratrice à Bresson, dans le Sud grenoblois. Pour elle, "ça donne un sens à nos vies" :

Ca fait des mois et des mois que nos employés sont sur leurs canapés devant leurs feuilletons américains, c'est limité comme horizon. Et là, ils sont contents de se retrouver.

Danièle Chavant, présidente de l'Umih 38

Pour elle, "passer toutes les Fêtes sans nos clients, ç'a été très dur. Je l'ai mal vécu. On est bien avec nos clients, les repas de familles, d'entreprises, les échanges. On partage." Alors retrouver un peu de convivialité, même sans bénéfice financier, c'est déjà un pas de géant pour la restauratrice. Car n'être ouvert "que le midi, cinq jours par semaine pour quelques ouvriers" ne risque pas de gonfler les recettes des restaurateurs isérois.

 

... sans bénéfice financier

Pour Danièle Chavant, "c'est comme le "à emporter" : à part des restaurants qui ont vraiment accéléré cette activité, ça ne rapporte pas" :

Si le patron cuisine et que sa femme sert, ça ne coûte pas très cher en investissement salarial. Dans mon cas, le chef vient avec le second et le pâtissier pour faire 30 plats à emporter le week-end, et nos clients sont contents et très solidaires. Mais la comptable me regarde d'un air de dire : "Mais pourquoi vous faites ça ?"

Danièle Chavant, présidente de l'Umih 38 et restauratrice

Pour l'instant, il est encore impossible d'estimer combien de restaurants isérois se placeront à la disposition des ouvriers du BTP, en attendant une ouverture au grand public à plus long terme. Une chose est sûre : ce nombre "ne sera pas énorme", prédit Danièle Chavant. 

La ministre déléguée chargée de l'Industrie Agnès Pannier-Runacher a par ailleurs assuré que "le gouvernement veillera à ce que ces établissements se nourrissent des mêmes aides que les autres restaurants encore fermés" et puissent donc toucher les euros du fonds de solidarité, lors d'une session de questions au gouvernement le 26 janvier, nous apprend La Montagne. Dissipant ainsi une crainte de nombreux restaurateurs : qu'ils travaillent plus pour gagner moins.

 

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