DÉCRYPTAGE. Élections législatives : ce qu'il faut retenir des résultats du premier tour en Isère, Savoie et Haute-Savoie

Participation record, RN au plus haut, camp présidentiel en difficulté... Dans les Alpes du Nord comme à l'échelle nationale, le 1er tour des élections législatives a rebattu les cartes. Mais la situation est très contrastée selon les territoires. Voici ce qu'il faut retenir des résultats dans chaque circonscription en Isère, Savoie et Haute-Savoie.

Ce premier tour des élections législatives a été marqué par une participation record dans les Alpes : 71,03 % en Isère, 71,10 % en Savoie et 68,77% en Haute-Savoie.

Dans nos trois départements, les électeurs se sont déplacés en masse et les urnes ont livré leur verdict, très contrasté selon les territoires. Si la Haute-Savoie demeure fidèle aux sortants, la Savoie sera le théâtre d’une belle bataille. L’Isère, elle, devrait être tiraillée entre gauche et extrême-droite.

En Haute-Savoie : la prime aux sortants 

Traditionnellement, le département est le plus légitimiste des Alpes du Nord. Une vérité pas démentie à l’issue de ce premier tour des Législatives. Certes, le Rassemblement national se qualifie au second tour dans les six circonscriptions et vire même en tête dans trois d’entre-elles. Mais, dans l’ensemble, les députés sortants s’en sortent bien : Virginie Duby-Muller (LR) dans la région d’Annemasse, Véronique Riotton (Renaissance) autour de Rumilly et Annecy mais aussi Antoine Armand (Renaissance) dans la région d’Annecy et des Aravis parviennent même à se hisser en tête. Pour eux, la réélection devrait être plutôt facile.

Une tâche relativement aisée également pour Anne-Cécile Violland (31,1 %) dans le Chablais. Devancée de 700 voix par le candidat RN / LR Quentin Taieb (32,1 %), la députée sortante (Horizons) pourra compter sur le désistement en sa faveur de Jean-Baptiste Baud, le candidat de l'union de lagauche, arrivé troisième (23,5 %), ainsi que sur les 7 % de voix récoltés par la candidate divers droite Chrystelle Beurrier.

Situation similaire dans la 6e circonscription, celle du Mont-Blanc. Malgré ses 800 voix de retard sur le candidat RN / LR Charles Prats (36,2 %), le député sortant (Renaissance) Xavier Roseren (34,7 %) va pouvoir compter sur le retrait du candidat de gauche arrivé troisième (22,2 %). Le suspens ne devrait donc pas être insoutenable…

C’est, en revanche, dans la troisième circonscription que les choses s’annoncent les plus compliquées pour la députée sortante. Christelle Petex (LR - 32,4 %) est nettement devancée par le maire de Saint-Jeoire-en-Faucigny, Antoine Valentin, représentant de l’alliance entre le RN et LR (39,7 %). Près de 5.000 voix séparent les deux candidats et, ici, il n’est pas certain que les reports de voix du candidat insoumis (24 %) se fassent suffisamment pour laisser espérer à Christelle Petex une réélection.

 

En Savoie : une seule bataille à suspens

Cette prime aux sortants, la Savoie en a également fait un principe. Au point que les réélections de Jean-François Coulomme (LFI - 36,9 %) dans la région de Chambéry et des Bauges ainqi que celle d’Emilie Bonnivard (LR - 40,9 %) en Maurienne semblent acquises même si les candidats arrivés en troisième position ne se désistaient pas et que des triangulaires se confirmaient.

Une situation à peine moins confortable pour le Républicain Vincent Rolland, député sortant de la Tarentaise et du Beaufortain. Arrivé en tête avec 800 voix d’avance sur le RN (36,8 % contre 35,2 %), il devrait pouvoir compter sur un probable désistement de la candidate socialiste, arrivée troisième avec 23 %.

La vraie bataille, en Savoie, se jouera donc dans la première circonscription : celle d’Aix-les-Bains, de la Chautagne et de l’Avant-pays. Un territoire qui est le fief de Marina Ferrari, actuelle secrétaire d’Etat (MoDem) en charge du Numérique. Arrivée en seconde position avec 600 voix de retard (35,2 %) sur sa concurrente et prédécesseure Typhanie Degois (LR / RN - 36,2 %).

Ici, la capacité et la volonté des électeurs de gauche de faire barrage à l’extrême-droite sera déterminante. La candidate communiste Christelle Granata a annoncé qu’elle ne se maintiendrait pas.

Mais ses électeurs auront-ils l’envie d’arbitrer cette bataille entre une figure de la majorité et une ancienne députée « En Marche » devenue la figure de proue de l’extrême-droite ?

En Isère : la bipolarisation

En Isère, le RN sera présent au second tour dans l’ensemble des 10 circonscriptions. Et ici, les sortants ont été malmenés. En particulier ceux issus de l’ancienne majorité présidentielle. À commencer par le plus médiatique d’entre-eux : Olivier Véran. Dans la circonscription la plus favorable à Emmanuel Macron, l’ancien ministre de la Santé est devancé de sept points par un jeune candidat Insoumis, Hugo Prévost.

Scénario bien plus compliqué encore pour les trois députées de la majorité élues jusqu’alors dans le nord de l’Isère. Dans la région de Vienne, Caroline Abadie semble en fâcheuse posture avec une troisième place (20,5 %), loin derrière la candidate écologiste Cécile Michel (24,5 %) et très loin derrière la candidate LR / RN Hanane Mansouri (40 %).

Idem pour Marjolaine Meynier-Millefert (10e circonscription) qui accuse 2000 voix de retard sur la candidate insoumise Joëlle Richol. Toutes deux étant très nettement distancées par le candidat RN Thierry Perez (42,8 % soit deux fois plus de suffrages que la députée sortante). Mais ici, la députée sortante n’entend pas forcément se retirer. Elle semble estimer être encore la mieux placée pour faire barrage à l’extrême-droite et annonce des discussions, sans doute très animées, avec les autres forces politiques républicaines du territoire.

Une situation que vivra très vraisemblablement aussi sa collègue MoDem de la 9e circonscription (Voiron, Tullins, Saint-Marcellin). La députée sortante Elodie Jacquier-Laforge, arrivée troisième, n’accuse que 500 voix de retard sur sa rivale de gauche, Sandrine Nosbé (28 % contre 27,3 %). Toutes deux sont toutefois loin derrière la candidate RN (34 %). Les discussions promettent d’être houleuses et les décisions, difficiles.

Le RN en position de force, donc. Spécifiquement dans l’extrême nord du département. La 6e circonscription, fief d’Alexis Jolly depuis 2022, a confirmé ce dimanche son ancrage à l’extrême-droite. Le sortant recueille 47,6 % des voix. La gauche est à seulement 20,9 %. La candidate de la majorité présidentielle, arrivée troisième, est éliminée et n’appellera pas à voter pour sa rivale insoumise

Le RN en tête également dans la Bièvre et le Roussillonnais où le député sortant Yannick Neuder (LR - 27.6 %) est très clairement distancé par Benoît Auguste (42,1 %). La bataille s’annonce âpre.

Le nord de l’Isère est toujours plus favorable à l’extrême-droite : le parti de Marine Le Pen pourrait remporter, à l’issue du second tour, trois à quatre nouvelles circonscriptions. A l’inverse, le sud du département penche toujours plus à gauche.

Les candidats du Nouveau front populaire font carton plein : Olivier Véran (1ère circonscription) menacé par un jeune insoumis inconnu, Elisa Martin (LFI) largement en tête dans la 3e circonscription malgré ses ennuis judiciaires ou encore Marie-Noëlle Battistel (PS) qui caracole en tête dans la 4e circonscription (Trièves, Matheysine et Vercors) avec 42,5 % devant le RN (32,1 %).

Sans oublier, bien sûr, les deux sortants écologistes qui devraient être réélus sans difficulté : dans la 2e circonscription, Cyrielle Chatelain affiche près de 12 points d’avance sur le RN. Dans la 5e (Belledonne, Chartreuse, Grésivaudan), Jérémie Iordanoff compte lui six points d’avance sur le RN (36,4 % contre 30,8 %) et pourra bénéficier du retrait en sa faveur du candidat Renaissance (20,5 %).

Voilà qui pourrait donc donner, dès le 7 juillet, un département littéralement coupé en deux avec, au nord de Voiron, une Isère très à droite et, au sud, une autre Isère nettement plus marquée à gauche. Une ligne de démarcation qui serait, là-aussi, une forme de tradition plus que jamais respectée en Isère.

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