VIDÉO. Coronavirus : à Grenoble, l'hymne au confinement par l'orchestre de percussions brésiliennes la BatukaVI

Chaque semaine, les jeunes musiciens danseurs de cet orchestre de percussions brésiliennes des quartiers de la Villeneuve de Grenoble et Échirolles, postent une vidéo collective confinée. La dernière "Batuk Covid Song" invite les habitants à rester chez eux.
 
© BatukaVI
Les paroles du Batu’Covid Song sont dénuées de toute ambiguité :
 

Ne glande pas, non, rentre chez toi, ouais,
N’joue pas solo, prends le philo
L’Corona, non, l’transmets pas, ouais
Fais pas l’dingo, vas-y molo !


Posté le week-end dernier sur le facebook et la chaîne youtube de la BatukaVI, orchestre de percussions brésiliennes porté par une soixantaine d’enfants des quartiers populaires de la Villeneuve de Grenoble et d’Echirolles, cet hymne "uppercut" a été écrit à plusieurs mains et chorégraphié par 25 enfants et ados confinés chez eux depuis le 17 mars.
 
Batu'Covid Song Week 4 : COVID Back Home !

"Cette chanson s’adresse aux gens trop sociables du quartier, qui sortent beaucoup trop dehors. C’est le moment de rentrer chez soi pour se protéger et protéger les autres. Le but c’est de ne pas surcharger les hôpitaux, que les soignants puissent aussi rentrer chez eux et se reposer !" explique Kim 16 ans, qui a co-écrit cette chanson.

Sa copine Shaïna, 16 ans également, a chorégraphié le morceau en s’aidant de l’application de vidéos musicales Tik Tok, très en vogue chez les ados. "Je me suis inspirée de gestes en ligne pour créer une chorégraphie que j’ai ensuite envoyée aux copains et copines. Ils l’ont reproduite chez eux devant leur portable. Avec la BatukaVI on a l’habitude du tempo, de danser au rythme de nos percussions brésiliennes."

Porté par l’association Afric’Impact, la BatukaVI essaime depuis dix ans ses morceaux festifs, alliage de samba et de reggae, et sa joie communicative auprès du public. Du Burkina Faso à Rio, de l’Italie à New-York, et partout en France, la troupe enchaîne les tournées, les stages et les prestations à un rythme effréné.
 
Alors forcément, le confinement est une drôle d’épreuve pour un collectif habitué à se retrouver plusieurs fois par semaine et à tisser du lien. "Ces petites vidéos nous permettent de garder ce lien. L’épidémie nous a touchés de plein fouet" explique Willy Lavastre, le fondateur de la BatukaVI. "La deuxième édition des 24 heures de notre Carna’light, carnaval avec 14 marionnettes géantes lumineuses fabriquées près de la région de Wuhan, en Chine initialement prévue les 13 et 14 mars et reporté au 19 et 20 juin, ne pourra pas se tenir, pas plus que notre participation à la Fête des Tuiles du 6 juin, annulée par la Ville de Grenoble."

Suspendus également un voyage au Sénégal prévu pendant les vacances de Pâques ainsi qu’une participation très attendue cet été aux J.O. de Tokyo.

Mais Willy Lavastre relativise. D’autant qu’il revient de loin. Avec six enfants de la BatukaVI, il a été touché par le Covid 19 doublé d’une pneumopatie. Le virus l’a mis à plat pendant deux semaines. "Le pouls qui s’accélère à 140 pulsations, les globules qui saturent, une toux insistante et l’impossibilité de marcher…c’est une maladie très étrange."

Cet ancien nageur de haut niveau échappe de peu à l’hospitalisation et se remet doucement. Pas étonnant qu’il ait tenu à ponctuer la vidéo du Batu Covid Song de photos de soignants. "J’ai choisi de l’illustrer avec des images de blouses blanches issues de différentes régions françaises. J’ai même glissé au montage la photo de Stacy Kovaks, une amie médecin new-yorkaise qui dirige la célèbre batook Fogo Azul et qui est sur le front de l’épidémie aujourd’hui."
 
Au-delà du double message de soutien aux soignants et de l’invitation à rester chez soi, ces petites vidéos font du bien aux jeunes artistes, isolés chacun chez soi. "La BatukaVI c’est notre deuxième famille, appuie Lina 13 ans. On a l’habitude de se retrouver au pied des immeubles, on fréquente les mêmes collèges… Vu qu’on est privés de répétitions et de voyages, ces vidéos nous permettent de rester ensemble."

La jeune collégienne, qui s’accroche à ses cours de quatrième, reste inquiète pour l’avenir "Quand je vois de ma fenêtre des jeunes qui jouent au foot, comme si de rien n’était, j’ai peur que le confinement dure encore plus longtemps et qu’on ne puisse pas reprendre rapidement une vie normale."
 
 
 
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