Grenoble : un nouveau dinosaure amphibie, proche du vélociraptor, découvert au synchrotron

Montage / © ESRF / P.Jayet
Montage / © ESRF / P.Jayet

Il s'appelle "Halszkaraptor escuilliei", a vécu il y a 75 millions d'années en Mongolie et possède une (grosse) particularité : celle d'être le tout premier dinosaure de cette famille à chasser sur terre comme sous l'eau.

Par Quentin Vasseur avec communiqué

"C'est une sorte d'extraterrestre" confie le paléontologue Paul Tafforeau. Un extraterrestre avec des caractéristiques telles que les scientifiques ont d'abord douté de son authenticité.

C'est pas possible que ce soit un dinosaure, ça doit être un faux !


C'est la raison pour laquelle il a été amené à l'ERSF (European Synchrotron Radiation Facility) de Grenoble pour y être scanné, puis étudié. Aujourd'hui, le synchrotron lève enfin le voile sur l'existence de ce petit dinosaure de la famille des vélociraptors, aux allures de cygne carnivore et vieux de 75 millions d'années.

Vrai fossile ou chimère ?


Un "griffe tueuse" en forme de faucille propre aux vélociraptors, une dentition singulière qui montre un régime à base de viande et de poisson... L'étude révèle de nombreuses surprises ! "On ne s'attendrait jamais à trouver ça sur un dinosaure, et les premières personnes qui ont vu l'étude se sont dit 'c'est pas possible que ce soit un dinosaure, ça doit être un faux !' poursuit Paul Tafforeau.

Il faut dire que le passé tumultueux du petit dinosaure ne plaidait pas vraiment sa cause. Volé par des chasseurs de fossiles en Mongolie, le dinosaure a fait le tour de différentes collections privées avant d'atterrir "entre les mains d'un collectionneur français, qui a très rapidement réalisé que c'était une pièce absolument exceptionelle" raconte le paléontologue belge Pascal Godefroit, avec qui ce collectionneur est entré en contact.


Il est alors "décidé de le confier à l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique pour étude, avant de le rapatrier dans son pays d'origine". Sauf que personne ne peut dire s'il s'agit d'un authentique fossile ou d'un montage de plusieurs os de dinosaures.

Grenoble à la pointe 


C'est là que le synchrotron, à la pointe en matière de paléontologie, entre en scène. Le fossile y est scanné via la microtomographie multi-résolution par rayons X.


Un nom barbare pour une technique que Paul Tafforeau décrit comme "à peu près la même chose qu'un scanner médical, sauf que c'est mille fois plus précis et beaucoup, beaucoup plus puissant et sensible."

Puissant comment ? "On est allés jusqu'à des tailles inférieures au micromètre", soit cinquante fois plus petit que le diamètre d'un cheveu humain.

De surprise en surprise

Alors commencent l'analyse des images, et les surprises se multiplient. Les dents - invisibles de l'extérieur - apparaissent au scanner et on s'aperçoit que le dinosaure en a de deux sortes.

Il avait un régime piscivore


Sa famille - la même que le vélociraptor - "est un groupe qui normalement est exclusivement carnivore" rappelle Vincent Beyrand. Or, "il s'avère que celui-là a des dents qui sont beaucoup plus longues" et "en forme de tube".

Cette dentition montre donc "qu'il avait un régime piscivore" note également Vincent Fernandez. De quoi confirmer "avec les informations anatomiques qu'il passait beaucoup de son temps dans l'eau."

Vincent Fernandez et Vincent Beyrand, paléontologues à l'ESRF, étudiant la répartition inhabituelle
des dents de la mâchoire de Halszkaraptor
Vincent Fernandez et Vincent Beyrand, paléontologues à l'ESRF, étudiant la répartition inhabituelle des dents de la mâchoire de Halszkaraptor

Un "nouveau genre de dinosaure semi-aquatique", donc, comme l'annonce le communiqué de presse du synchrotron, et qui a été baptisé Halszkaraptor escuilliei.

Ce nom lui a été donné en hommage à la paléontologue polonaise Halszka Osmólska, décédée en 2008 et qui a beaucoup contribué à l'étude de dinosaures mongols dans le désert de Gobi. Mais aussi à François Escuillié, qui s'est démené pour obtenir le retour du fossile en Mongolie. 

Et à quoi il ressemble ?


On sait depuis longtemps - n'en déplaise à l'imaginaire collectif  - que les dinosaures portaient des plumes. Le Halszkaraptor ressemble donc "superficiellement à un oiseau, doté d’un long  cou similaire à ceux des cygnes, de bras partiellement modifiés en nageoires et d'autres caractéristiques surprenantes" décrit le communiqué.

En d'autres termes, comme le souligne Paul Tafforeau, "celui-là, mis dans un film comme Jurassic Park, il ferait peur à personne."

Reconstruction du Halszkaraptor par Lukas Panzarin, sous la direction scientifique
d'Andrea Cau. / © Lukas Panzarin et Andrea Cau pour la direction scientifique
Reconstruction du Halszkaraptor par Lukas Panzarin, sous la direction scientifique d'Andrea Cau. / © Lukas Panzarin et Andrea Cau pour la direction scientifique


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