Des œufs de dinosaures livrent leurs secrets au synchrotron de Grenoble, en Isère

© Crédit Argoud ESRF
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Pourquoi les dinosaures sont-ils devenus des géants ? Une question à laquelle les paléontologues pourront répondre bientôt grâce au Synchrotron de Grenoble. En ce début d'année 2017, durant 4 jours et 4 nuits, ils ont scanné une collection de fossiles rares venus tout droit d'Argentine.

Par Anne Hédiard

En tout, 30 oeufs de dinosaures ont été étudiés, ainsi qu'un squelette complet d’un bébé dinosaure et du crâne fossilisé d’un jeune Mussaurus patagonicus, un dinosaure herbivore primitif, de la famille des sauropodes, ancêtre des dinosaures géants, qui a vécu il y a environ 200 millions d’années, durant le Trias supérieur.

Des fossiles de dinosaures étudiés au Synchrotron de Grenoble


Ces précieux fossiles ont, pour la première fois quitté l'Argentine, pour être passés au puissant scanner de l'ESRF, le synchrotron européen de Grenoble.


L’objectif : mieux comprendre le développement et la croissance relativement méconnus du Mussaurus et découvrir pourquoi les dinosaures sont devenusdes créatures géantes.

Des fossiles venus d'Argentine

© Crédit Argoud ESRF
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C’est dans les années 1970, dans la formation géologique El Tranquilo, un endroit désertique du centre de la Patagonie, que des paléontologues ont découvert le squelette complet d'un bébé dinosaure, appelé par la suite Mussaurus (pour sa taille semblable à celle d’une souris) patagonicus.

Ce n’est que 30 ans plus tard qu’une équipe de scientifiques, dirigée par Diego Pol, est retournée sur ce site pour chercher de nouveaux fossiles.

Le premier fossile trouvé par Diego Pol a été un nid contenant plusieurs oeufs. Comme il l’explique, « le sentiment de trouver quelque chose d'unique est absolument fantastique ».

Mais Diego et son équipe ont eu une belle surprise : le site comprenait 80 oeufs, mais aussi des crânes et des squelettes de Mussaurus juvéniles. Le site semblait avoir accueilli une colonie reproductive, où les dinosaures adultes gardaient les plus jeunes.

Parmi les oeufs trouvés, certains étaient recouverts d’un sédiment dur mais un oeuf était fissuré en deux et les paléontologues ont pu apercevoir des os d'embryon à l'intérieur.


Le synchrotron : une opportunité unique pour les chercheurs


Les paléontologues argentins avaient essayé de faire une tomographie conventionnelle dans leur laboratoire, mais la qualité était insuffisante pour distinguer les différentes formes et espérer voir l’intérieur du fossile.

« C'est un cas classique en paléontologie parce que la densité des os fossiles est très proche de celle du sédiment, et pour pouvoir surmonter ce problème, le synchrotron est idéal. » explique Vincent Fernandez, paléontologue à l’ESRF.

Pour le paléontologue Diego Pol, chercheur à l’institut CONICET, au Musée Feruglio de paleontology, à Trelew, en Argentine, l’ESRF est un nouvel espoir.

Les puissants rayons du synchrotron vont pouvoir apporter de nombreuses réponses à la question de la croissance du Mussaurus, mais aussi mieux comprendre l’évolution des dinosaures en général, et en particulier, la transition des sauropodomorphes aux sauropodes.

« Il n'y a jamais eu autant de fossiles de la même espèce, à des stades différents ; c'est une opportunité scientifique vraiment unique ».

Malgré tout, les résultats des recherches ne seront pas connus avant plusieurs années.


Reportage Aurélie Massait, Nathalie Rapuc et Eric Achard

Oeufs dinosaures scannés au synchrotron CEA
Intervenants : Diego Pol Paléontologue à l'Institut Conicet, Musée de Trelew ; Vincent Fernandez Paléontologue au Synchrotron européen de Grenoble (ESRF)


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