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Le décrochage scolaire touche chaque année plus de 100.000 élèves en France. En 2014, le gouvernement s'était fixé pour objectif de diviser par deux le nombre de jeunes qui quittent l'école sans formation ni projet. A Echirolles, près de Grenoble, un programme unique en son genre a ainsi vu le jour. Mais aujourd'hui, ce dispositif est menacé. 

Raccrocheurs de rêve

Une équipe de France 3 Alpes a suivi pendant 8 mois Kamélia, Sandra, Vanessa, Eddy et Rudy, un groupe d'adolescents en situation de décrochage scolaire. Un beau jour, ces cinq jeunes ont trouvé le courage de pousser la porte de la Mission locale Sud-Isère à Echirolles (Isère). Pour participer à un programme pilote en France: "Le 16-17 en action". 

Se raccrocher à un rêve, ça donne le sourire !
Se raccrocher à un rêve, ça donne le sourire !

Un joli nom pour un programme censé engager une dynamique chez des adolescents. Leur permettre de rêver leur avenir, de s'imaginer un futur, de construire un projet... de vie. Le programme des raccrocheurs de rêve!

Le projet

Le programme a débuté en novembre. Ces jeunes sont suivis de près, au jour le jour, par Benoît et Pauline. Elle est éducatrice. Lui coordonne le dispositif, un programme d'accompagnement global, avec de nombreuses activités, comme la cuisine. Une chance à saisir pour ces jeunes. Ils sont 10 au total qui participent à ce projet unique en son genre.

Ruddy rêve de devenir footballeur professionnel
Ruddy rêve de devenir footballeur professionnel

Parmi eux, Ruddy, 16 ans. "J'ai toujours voulu être footballeur professionnel. Du coup, je n'envisageais rien d'autre. Et puis, arrivé en 3e, il y a eu ce moment où on m'a demandé qu'est-ce que je voulais, quelle orientation? là, aucune idée! Mais vraiment aucune!" 

Avec "16-17 en action", Ruddy commence à s'imaginer un parcours de formation. Il a participé avec les autres à la réalisation d'une superbe exposition photo sur les relations hommes-femmes. L'occasion de réfléchir au couple, à la paternité, bref à comment construire sa vie.

Reportage de Céline Aubert, Nathalie Rapuc et Clémentine Fayolle
Les raccrocheurs de rêve-1
Intervenants : Caroline Rivière Animatrice association L'Office du Goût, Pauline Deswarte Educatrice du programme "16-17 en action", Ruddy Stagiaire du programme "16-17 en action", Kamélia Stagiaire du programme "16-17 en action",

La confiance

Club d'escalade de Saint-Martin-d'Hères, le 10 février. Nous retrouvons Vanessa et Eddy, au terme des trois premiers mois du programme "16-17 en action". Le sport prend une grande place dans ce dispositif.

Comme le dit si bien le moniteur d'escalade: "L'idée c'est de surpasser. Si on arrive à aller en haut, on cherchera ensuite des façons plus difficiles d'y arriver!"


Chaque semaine, ces jeunes participent à une séance de sport. Mais, parmi les 10 stagiaires, nombreux sont les absents. Deux seulement ce matin-là. 

Eddy n'hésite pas à se lancer sur la paroi. Il avance doucement, mais il avance. Avec une certaine appréhension. 


Retrouver confiance en soi, apprendre à faire confiance aux autres, c'est un des buts du programme. L'escalade l'illustre bien. Eddy et Vanessa sont camarades de cordée. Dans le binôme, chacun se soutient et s'assure.

Le moniteur sportif explique: "Je pense que pour tout le monde l'une des grosses difficultés, c'est sortir de sa zone de confort. C'est comme repartir sur des projets. Quand on n'a pas l'habitude de faire du sport, faut se lancer quand même. Parfois, c'est difficile, ne serait-ce que de faire le premier pas."


Eddy a quitté l'école en troisième. Il cherchait un stage en mécanique et ne l'a pas trouvé. Quant à Vanessa, il y a peu de temps elle a décidé de devenir coach sportif.


Deux parcours différents, mais le même décrochage scolaire. Pour ces jeunes, le plus dur c'est le sentiment d'échec. Des mois, quelquefois des années passées à la maison, sans rien au bout.

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Intervenants : Eddy stagiaire du programme "16-17 en action", Jonathan Beranguer Service des sports d'Echirolles, Vanessa stagiaire du programme "16-17 en action"

Le programme "16/17 en action" comporte 4 phases. Dans la prochaine étape, les jeunes vont organiser un voyage à l'étranger. A Turin, en Italie.

Sur les planches

"Vilains, vilains! Soyez vilains", lance Laurence Grattaroly, metteuse en scène de la compagnie Kaléidoscope. Nous sommes dans la salle Pablo Picasso d’Échirolles. Vanessa est là. Sandra aussi. Les deux stagiaires du dispositif 16-17 en action sont en plein échauffement vocal. Voilà quelques jours qu’elles travaillent au sein de la compagnie de théâtre.

Un contrat rémunéré d’un mois pendant lequel elles pourront faire partie de la troupe. "Le raccrochage qu’on fait pour ces jeunes, c’est de leur donner des éléments de voix, de position. Ça sert certes en théâtre lorsque l’on fait une création. Mais on en a surtout besoin toute sa vie", estime Laurence Grattaroly.
© France 3 Alpes
© France 3 Alpes

Vanessa et Sandra ne font pas que participer aux échauffements. Elles touchent également à tous les aspects du métier. Costume, maquillage et même communication ou billetterie. "J’ai envie de faire des choses de mes mains et pas des choses rigides comme de la vente. Faire du chiffre pour faire du chiffre, je détesterais. Ce que j’aime, c’est la créativité", confie Sandra.

Mais pour l’instant, aucune des deux ne veut monter sur scène… Pour l’instant.
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Intervenants: Laurence Grattaroly, metteur en scène de la compagnie Kaléidoscope; Sandra, stagiaire du progamme "16-17 en action"; Logan Lahmanes, comédien professionnel de la compagnie Kaléidoscope


Fin du programme!

Juin, Mission locale d'Echirolles. C'est la fin de l'année scolaire, mais aussi la fin du programme "16/17 en action". Sur les dix jeunes du départ, quatre ont certes quitté l'expérimentation, mais plusieurs ont des projets, et certains ont même réussi à "raccrocher" leur rêve... pourtant le dispositif ne sera pas reconduit!

Pour fêter cette expérience, tous les partenaires se sont retrouvés à la Mission Locale. 16 structures au total ont participé à "16-17 en action". Le planning familial, la compagnie de théâtre Kaléidoscope, le service des sports d'Echirolles, entre autres.

Dans les regards, il y a aussi de la tristesse... car ce sont là des adieux.


Fin mai, le Conseil Régional a annoncé une baisse drastique des subventions pour 2017. L'enveloppe des Missions locales est carrément divisée par deux. En 2014, c'est pourtant la Région qui avait lancé l'appel à projet de "16-17 en action".

Difficile à encaisser après tout le chemin parcouru. Sandra, l'une des stagiaires, a décidé d'interpeller les élus. Pour Benoist, le coordinateur du programme, "elle est la preuve en chair et en os d'une réussite, un exemple de réussite palpable parce qu'elle arrive là où ce pourquoi le dispositif a été créé à la base: un retour à la formation, un retour scolaire".


Grâce au programme, Sandra a en effet trouvé sa voie. Elle se destine au tatouage et aux arts graphiques. Mais avant cela, elle veut passer son bac en intégrant le CLEPT, le Collège-Lycée Elitaire pour Tous de la Villeneuve.

Pour elle, "c'est inadmissible de pas reconduire cette action". "Il y a tellement de jeunes comme moi qui sont paumés et qui savent pas à quoi se raccrocher à quoi que ce soit, pour trouver la volonté il suffit juste d'un déclic, ça peut coûter des sous, mais ça peut donner des résultats magnifiques."

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Pauline Deswarte Intervenants : Educatrice du programme "16-17 en action", Benoist Blanchard Coordinateur du programme "16-17 en action", Sandra Stagiaire du programme "16-17 en action", David Hissette Président Mission locale Sud-Isère, adj à la jeunesse à Pont-de-Claix PS

Après 8 mois, certains des "16-17" ont "raccroché" leur rêve. Eddy cherche un employeur pour passer son CAP mécanique. Kamélia va partir à l'étranger avec Erasmus. Vanessa veut devenir coach sportif. Ruddy a quitté le dispositif mais il espère toujours devenir footballeur professionnel. Quant à Sandra, elle devrait entrer au CLEPT... mais la structure, pionnière dans la lutte contre le décrochage scolaire, est elle aussi menacée par la baisse des subventions.